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Danse. Le regard humble et puissant d’Oona Doherty sur Belfast et sur notre société

Danse. Le regard humble et puissant d’Oona Doherty sur Belfast et sur notre société
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Hard To Be Soft – A Belfast Prayer, création de Oona Doherty, est d’une puissance vitale qui éveille notre appétence à dépasser et déplacer les stéréotypes qui nous assaillent.

En association avec l’Atelier de Paris / Centre de développement chorégraphique national, le théâtre de la Bastille accueille quatre chorégraphes jusqu’au 18 avril. Shira Eviatar, Oona Doherty, Nina Santes et Simon Mayer interrogent dans leur création les rapports entre les corps et les traditions.

Hard To Be Soft – A Belfast Prayer est l’une des dernières pièces de Oona Doherty. Composée de quatre tableaux, dits épisodes, cette création est un miroir de la réalité sociale de l’Irlande du Nord et plus particulièrement de sa capitale. Oona Doherty utilise des fragments sonores enregistrés à la volée dans les rues ou bar de Belfast. La pièce tend parfois vers un documentaire où la danse serait l’expression d’une sensibilité indicible. Ce soir-là, sur le plateau du théâtre de la Bastille, les clichés volent en éclat ; l’esthétique est renversante et remplie d’humilité ; et l’engagement physique et émotionnel des corps est d’une rare puissance.

Une transcendance du réel

Le premier et le dernier épisodes sont des solos de Oona Doherty sur un mixage de voix enregistrées et de musique sacrée. La gestuelle est remarquablement précise, utilisant parfois les codes du hip-hop.

Sa danse véhicule aussi bien une certaine tension qu’un art de la transmission ; les bribes de voix, les cris ou dialogues enregistrés traversent son corps pour ressurgir dans la salle. Elle tend alors une ligne puissante entre les sensations traversées, vécues lors des prises de sons et le présent de la représentation.

Elle devient de fait un médium sensible, partageant simplement par un prisme subjectif une certaine vision de sa ville, posant peut-être aussi plus largement un certain état du monde.

Des stéréotypes dépassés

Les épisodes deux et trois débutent par l’enregistrement d’une conversation en anglais. La salle est plongée dans le noir, seule la traduction sur l’écran est visible. Le premier enregistrement est un dialogue entre filles sur les attentes d’une certaine société vis-à-vis de leur apparence et de leur corps. Une fois l’enregistrement terminé, les plein feux sont actionnés : une dizaine de jeunes filles débarquent sur le plateau.

Avec leurs vestes hautes en couleur, elles entament une chorégraphie qui pourrait être issue d’un clip de la célèbre Beyoncé. Les codes sont pourtant déjoués, les interprètes — des danseuses amateures qui ont travaillées avec Oona Doherty lors de sa résidence à Briqueterie CDCN du Val-de Marne — s’amusent à tordre une image de la féminité que la société tente de leur imposer. Oona Doherty puise aussi dans le folklore des danses irlandaises, utilisant notamment ses rondes ou ses pas, et même dans la danse classique pour cette chorégraphie. En revanche toute forme est toujours déconstruite, montrant ainsi qu’il n’existe pas une seule voie, un seul exemple à suivre, mais une multitude de singularités.

L’épisode trois débute par un dialogue entre un père et son fils. Ils sont en désaccord sur leurs choix de vie respectifs, l’un habitant à la ville, l’autre étant resté à la campagne. Deux hommes, torses nus, commencent alors une lutte chorégraphiée. Le dispositif scénique, avec une vidéo projetée en fond de scène, est moins lisible. Cependant le stéréotype du mâle alpha est aussi déplacé ; de ce combat apparaissent finalement l’amour et la tendresse, de la tension jaillit le reflet d’une tentative de compréhension mutuelle.

Cette création de Oona Doherty est d’une puissance vitale qui éveille notre appétence à dépasser et déplacer les stéréotypes qui nous assaillent. En livrant humblement sa vision sur sa ville natale, elle s’engage dans une danse politique et sensible qui, aujourd’hui plus que jamais, semble nécessaire.

Vincent PAVAGEAU

 



SPECTACLE : Hard To Be Soft – A Belfast Prayer

Création : octobre 2017 – The MAC Belfast International Arts Festival
Durée :
50 min
Public : à partir de 12 ans
Conception et chorégraphie : Oona Doherty
Avec Oona Doherty, Sam Finnegan, John Scott, Emy Aguirre, Clémentine Babin, Chloé Boisseuilh, Maëlle Cirou, Chloé Gaudin, Sarah Murcia, Lalasoa Randriantsainarivo, Shanez Sanaa & Sokhna Sall
Création sonore et musique : David Holmes
Décor et création lumières : Ciaran Bagnall
Assistante création lumières : Sarah Gordon
Construction décor : Peter Lorimer
Photographie et film : Luca Truffarelli
Projections : Jack Phelan

Crédits photographiques : Luca Truffarelli

00 Oona Doherty ©Luca Truffarelli



OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Spectacle vu le 8 avril au théâtre de la Bastille, Paris.

  • Du 8 avril au 12 avril : théâtre de la Bastille – Paris
  • Du 9 au 14 juillet : HAU1 à Berlin (Allemagne)

Toutes les dates : tournée

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