Départements et intercommunalités s’engagent de plus en plus en faveur d’une coopération culturelle née sur le terrain, en lieu et place d’une politique diffusionniste par le haut. Tel est l’enseignement du premier rapport du laboratoire LUCAS.

Le premier rapport d’étude du Laboratoires d’usages culture(s) – arts – société (LUCAS), intitulé De la coopération culturelle à la culture de la coopération, vient de paraître. Ce travail de recherche-action est mené par trois organisations : la Fédération des arts vivants et départements (FAVD), qui regroupe des organismes départementaux de développement territorial du spectacle vivant et des conseils départementaux partenaires, le Bureau des Possibles et Villes Innovations, en lien avec les laboratoires de recherche du SOPHIAPOL (Paris Nanterre) et du CEPEL (Montpellier).

Ateliers, design des politiques culturelles, enquêtes de terrain… Pourquoi départements et intercommunalités s’engagent-ils de plus en plus pour une coopération culturelle ?

La création du LUCAS

Financé par le ministère de la Culture, l’Assemblée des départements de France (ADF), l’Assemblée des communautés de France (ADCF) et la Fédération des arts vivants et départements (FAVD), le budget du LUCAS est de 100 000 euros. L’objectif de ce laboratoire est de faire l’état des lieux de la coopération entre départements et intercommunalités dans le domaine des politiques culturelles.

Claudy Lebreton, président de la FAVD, qui compte une trentaine d’adhérents, préside un comité de pilotage composé notamment des universitaires Emmanuel Négrier, Emmanuel Wallon et Philippe Teillet, ou encore d’Yves-Armel Martin et de Raphaël Besson, respectivement fondateur du Bureau des Possibles et directeur de Villes Innovations.

Les départements ont été sollicités pour être partie prenante de cette étude sur la coopération. « Parmi les départements ayant répondu à l’appel à projet, quatre départements ont été retenus dans le premier cercle : la Haute-Loire, la Nièvre, le Val-d’Oise et le Haut-Rhin, explique Claudy Lebreton. Six départements appartiennent au deuxième cercle, à savoir le Calvados, l’Ardèche, le Finistère, le Loire-Atlantique, la Mayenne et la Meuse, avec un panel d’intercommunalités de l’ensemble de ces départements. »

Les rapports entre intercommunalités et départements en matière de coopération culturelle intéressent le ministère de la Culture car le budget de ce dernier (3,690 milliards d’euros) est inférieur à celui des intercommunalités et des départements. « Les départements consacrent 1,214 milliard d’euros à la culture, tandis que les villes de plus de 3 500 habitants et les intercommunalités ont dépensé 7,812 milliards d’euros », relève Claudy Lebreton. Ce dernier investissement financier serait d’ailleurs supérieur à celui des régions et des DRAC, d’après les sources de l’Observatoire public de la culture de l’année 2019

Bâtir une culture de la coopération

La coopération est fondée sur huit piliers : extension du cadre de coopération, ingénierie coopérative, action culturelle ancrée dans les territoires, transformation des institutions culturelles et des modes de faire, reconnaissance des tiers-intercesseurs, nouveau récit de l’action culturelle et artistique, évaluation collective de la valeur des externalités coopératives et engagement politique.

La lecture publique, l’éducation artistique et culturelle et le spectacle vivant sont les trois premiers secteurs concernés par les coopérations avec les intercommunalités. Les démarches de coopération culturelle engagées par les départements avec les autres politiques départementales, concernent en premier lieu les politiques éducatives et sociales.

Au cours des « Open Labs » menés de février à juin 2020 dans les quatre départements, les représentants des institutions publiques culturelles ont moins cherché à construire un programme par le haut, dans une vision dite diffusionniste et élitiste de la culture, qu’à co-construire, à partir de la demande des acteurs territoriaux. Pour Claudy Lebreton, qui fut maire socialiste de Plénée-Jugon (Côtes-d’Armor) de 1977 à 2001, il a fallu construire cette culture de la coopération, car les politiques culturelles ont trop longtemps été pensées à partir de l’offre.

« Avant, quand des compagnies venaient nous demander des subventions au Conseil général, c’était nous qui décidions, confirme-t-il. Aujourd’hui, les citoyens veulent participer à la politique culturelle. Pour la première fois, l’État se remet en question, confronté à ce que font les collectivités territoriales. Avant 2015, les départements étaient peu présents ; aujourd’hui, ils font de plus en plus la démarche d’aller vers les citoyens. »

Ce changement de paradigme n’est évidemment pas sans faire penser aux droits culturels qui visent, selon la définition courante inscrite dans la loi française, à faire reconnaître le droit de chaque personne à participer à la vie culturelle, de vivre et d’exprimer sa culture et ses références, dans le respect des autres droits humains fondamentaux.

Des méthodes innovantes ?

Si le rapport pointe les limites de la coopération – tel le fait qu’elle puisse être le cheval de Troie de la culture managériale ou encore que les acteurs ne parviennent pas véritablement à faire  »œuvre commune » –, la démarche est jugée inédite, par Claudy Lebreton, dans l’histoire des politiques culturelles.

« Les départements et les intercommunalités s’engagent de plus en plus pour la coopération, insiste-t-il. Il y a quelques jours, le Pas-de-Calais nous a contacté car ils sont intéressés par la méthode LUCAS ; on va être leur prestataire. On a un rôle d’intercesseur avec le Parlement et l’État. » Cette coopération, qui ne doit pas être réduite à la seule pratique d’une mutualisation de moyens, engage les acteurs sur un temps long.

Les méthodes déployées ont été bien perçues par les participants, comme en témoigne Frédérique Janand, directrice de l’établissement public de coopération culturelle RESO dans la Nièvre. « J’ai trouvé très intéressants les ateliers de design des politiques publiques associant des personnes d’horizons professionnels différents, témoigne-t-elle. Tout comme la construction d’une persona fictive, permettant de traduire ce qui est ressorti d’entretiens menés sur le terrain. Une méthode centrée sur les besoins des usagers. »

Un laboratoire vivant dans la Nièvre

Au cours de ces laboratoires ouverts, une première phase de formation permettait aux participants de prendre en main les outils d’observation. La deuxième phase correspondait à une résidence d’immersion pour les aider à détecter les problématiques liées au territoire. La troisième et dernière était consacrée à la co-construction des projets.

Dans la Nièvre, l’atelier a réuni quarante-sept participants, avec la présence d’agents des collectivités et de l’État, de bénévoles et de salariés d’associations sociales ou culturelles, de responsables de structures culturelles, d’artistes et de représentants du monde de l’entreprise et de l’artisanat.

Promouvoir les modes de faire participatifs, au sein desquels les acteurs publics sont des facilitateurs d’actions culturelles co-écrites, est donc l’ambition du LUCAS. Cette initiative engagée pour une culture de la coopération privilégie la trans-sectorialité et l’horizontalité, afin de décloisonner la culture, pour en faire la clef de voûte de projets politiques embrassant les enjeux sociétaux.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

.