Le metteur en scène et scénographe Dominique Pitoiset dévoile les grandes lignes de son projet pour l’opéra de Dijon, alors que le monde artistique est toujours aux prises avec la crise sanitaire. Une période qu’il juge à la fois « passionnante » et « effrayante » tant les enjeux artistiques, écologiques et politiques sont nombreux. Rencontre.

Le metteur en scène et scénographe Dominique Pitoiset a pris la succession de Laurent Joyeux en janvier dernier à la tête de l’opéra de Dijon, établissement conventionné “Théâtre lyrique d’intérêt national”.

Conscient des enjeux liés à la crise sanitaire, le nouveau directeur prend les rênes de cette structure qui est constituée de deux entités : l’auditorium et le grand théâtre. Quels sont les grands projets sur la table et comment contribuer à son rayonnement tout en traversant la tempête ? Un défi de taille que compte bien relever Dominique Pitoiset, en favorisant les partenariats de proximité et la transversalité.

Une carrière internationale

Dominique Pitoiset © Mirco Magliocca

Dominique Pitoiset © Mirco Magliocca

Co-créateur du festival Théâtre en mai et directeur du théâtre national Dijon-Bourgogne en 1996, Dominique Pitoiset est alors le plus jeune directeur de centre dramatique du réseau. « Depuis, j’ai été metteur en scène associé du théâtre national de Bretagne, avant de passer plusieurs années en Italie en tant que metteur en scène associé au festival Verdi à Parme et au théâtre Stabile de Turin, énumère-t-il. J’ai ensuite dirigé le théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, suis devenu le responsable de la chaire de scénographie et de dramaturgie de l’Académie des beaux-arts de Venise, puis ai pris la direction de plusieurs écoles supérieures d’art dramatique avant d’enseigner à Dresde et à Berlin. »

Alors qu’il est metteur en scène pour le théâtre et l’opéra au sein de sa propre compagnie de production, un choix de vie motive son retour dans sa ville d’origine. Il est imposé par François Rebsamen, maire PS de Dijon, comme directeur de l’opéra de la ville en remplacement de Laurent Joyeux, sans aucun débat ni le traditionnel concours de recrutement. Rien qui effraye cependant l’intéressé, concentré sur les enjeux liés à la situation actuelle. « La période est passionnante, c’est un peu paradoxal de le dire, puisqu’elle est également effrayante, explique-t-il. Passionnante, car il faut repenser le temps d’après la crise sanitaire que nous traversons, en particulier sur les questions de l’écologie, des droits culturels et d’une plus juste répartition de la subvention publique dans les établissements culturels de création situés en province. »

Projets transfrontaliers et partenariats de proximité

L’agrandissement de la région Bourgogne-Franche-Comté fait de Dijon une capitale régionale transfrontalière avec la Suisse, offrant selon lui des perspectives intéressantes. « La Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, mais elle est concernée par les dispositifs d’Europe créative et les crédits FEDER, constate Dominique Pitoiset. Il nous faut nous pencher sur ces questions. »

Des partenariats seront mis en place avec les lieux labellisés de la métropole dijonnaise, mais aussi à l’échelle nationale, notamment dans les secteurs de la professionnalisation des carrières artistiques et musicales, avec entre autres l’opéra de Paris, l’ESM, la Haute école de musique de Genève ou encore le conservatoire national de Lyon.

Dans le projet du nouveau directeur, les lieux conventionnés implantés sur le territoire régional seront également associés à la programmation de l’opéra. Des collaborations sont ainsi envisagées avec l’Espace des arts de Chalon-sur-Saône, la scène nationale de Besançon, la Cité de la voix à Vézelay ou encore le théâtre Edwige-Feuillère à Vesoul. « Dans ce contexte de pandémie il est plus complexe de faire intervenir les réseaux longs, reconnaît-il. Il faut optimiser les solidarités sur des circuits plus courts. »

Vers l’obtention d’un nouveau label ?

L’opéra de Dijon, qui bénéficie depuis 2017 de l’appellation “Théâtre lyrique d’intérêt national”, voit sa convention, interrompue fin 2020,  renouvelée. « Que nous continuions de voguer sous pavillon conventionné, c’est bien, confirme Dominique Pitoiset. Est-ce que nous évoluerons en direction d’un label d’opéra national ou est-ce que les temps prochains seront ceux d’une crise sociale importante qui ne le permettra pas ? Nous verrons. Mais nous sommes résolus à travailler au développement de cette belle maison qu’est l’opéra de Dijon. »

Et d’ajouter qu’une telle évolution passe aussi par un autre projet demandant à être pensé de nouveau, celui de l’orchestre. « La fusion des deux orchestres régionaux, l’orchestre Victor-Hugo de Besançon et l’orchestre Dijon-Bourgogne, a échoué, laissant ces deux phalanges au milieu du gué, avec des moyens trop réduits, déplore-t-il. C’est un problème pour notre opéra car, sans une relation forte avec un orchestre, il est difficile d’aller bien loin. Cette question devrait revenir au centre des préoccupations. »

Le grand théâtre ouvert à la transdisciplinarité

Une première tranche de travaux de réhabilitation du grand théâtre est prévue ce printemps. « Un des aspects important du projet que j’ai déposé est la reconsidération du grand théâtre, qui était quasiment fermé ces dernières années, détaille Dominique Pitoiset. Sa programmation devrait être plus foisonnante ces prochaines années et permettre de partager des initiatives artistiques avec des structures comme le centre de développement chorégraphique national, le centre dramatique national, la Minoterie et d’autres acteurs culturels. Je souhaite également ouvrir nos programmes aux nouveaux cirques, à quelques titres de jazz et de musiques du monde. Le théâtre lyrique d’intérêt national restera la colonne vertébrale de nos activités avec l’opéra, la musique symphonique, les ensembles baroques et les concerts de musique de chambre. »

Dominique Pitoiset voit dans la transdisciplinarité un garant de la pérennité de l’opéra. « Pour préserver ce que l’on appelle la musique savante, il faut s’ouvrir sur d’autres formes, de manière beaucoup plus transversale, insiste-t-il. C’est une manière de la protéger en ouvrant ses lieux et son image à d’autres publics. » Un appel à candidature vient par ailleurs d’être lancé afin de définir la nouvelle charte graphique de l’opéra de Dijon.

L’opéra de Dijon se présente comme une figure de proue parmi les lieux culturels du territoire de Bourgogne-Franche-Comté. C’est dire tout l’enjeu du projet que Dominique Pitoiset, nommé pour trois ans, souhaite porter pour le territoire, à l’heure où la crise sanitaire continue de sévir.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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Crédits photographiques : Mirco Magliocca