Chronique des confins (29)

Wianney Qolltan’

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Un jour, une écriture – Le confinement porte en lui-même une intimité, une profondeur dont peuvent se saisir les écrivains et les écrivaines, notamment de théâtre et de poésie. Nous les avons sollicités, afin qu’ils offrent généreusement leurs mots, leur écriture des confins… Derrière l’humour qui inonde les réseaux sociaux, il y aura toujours besoin d’une parole qui porte un désir, une attente, un espoir, du sens.

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Prévenue par Top annonce, dès le 1er jour : une pigeonne inspecte la terrasse.
Est-ce que je respecte bien les prescriptions ?
Bon, on dirait que ma conduite lui convient.  (Je ne marche pas à plus de 80 km/h dans l’appartement)
Du coup, elle s’installe dans une jardinière, s’y allonge comme dans un bain moussant-manque plus que le gel douche-et là, elle d’habitude si volatile, nous couve quelque chose, avec 2 œufs sur le plat d’un tapis de brindilles molletonnées.
Un ange passe.
C’est le mâle incarné.
Il prend le relais, -nous partageons les taches- dit-il

Et là, j’apprends.

La patience. La fidélité. L’abnégation.

Ces oiseaux-là ont le sens des priorités.

Toute la journée en couveuse, sans bouger, « on becquetera après », disent-ils, « là, on est occupés. On a besoin de rien, tu peux y aller. »

Aller où ?

A l’intérieur ?

A l’essentiel ?

Voilà. Ils sont là. A l’abri.

Confinés.

Ont-ils l’air de se plaindre ?

Non. Ils ont l’air de pondre. Surtout elle.

Du coup, je ne peux plus aller sur la terrasse. C’est leur lieu, le moindre mouvement intempestif leur donne des ailes, et les petits, qui ont crevé leurs oeufs à Pâques, ont besoin de se sentir protégés.

Je me retire donc dans mes appartements. Confinement dans le confinement, pour eux, oui, je sens que je peux y arriver.

Le tout petit chez moi appelle au calme intérieur, ce n’est pas de refus, plié en 4 je peux facilement être mis au placard.

D’autant plus qu’un couple de rossignols vient d’élire domicile dans ma salle de bain.

Le nid se porte bien, merci, et ils s’ébrouent joyeusement-ne vous dérangez pas, je ne fais que passer.

Je vis dans ma maison close, mais en ouvrant la fenêtre de mes habitudes, j’ai pu entendre ce matin, à 5 heures, une conversation chantée à capella entre merles consentants.

Plénitude, émerveillement absolu face aux gazouillis virtueusement timbrés.

On va peut-être commencer à vivre ?

Wianney QOLLTAN’

Poète et dramaturge

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Photographie de Une : autoportrait minot torréfié (crédits : Wianney Qolltan’)

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