En juin dernier, le collectif de hip-hop “Espace de rue” fêtait son installation à l’Espace des arts (EDA), scène nationale de Chalon-sur-Saône. Créée par Rachid Kassi, directeur artistique de la compagnie Tout Simplement Nous (TSN), Nicolas Royer, directeur de l’EDA, et Géraud Malard, son secrétaire général, une formation professionnelle publique de hip-hop, reconnue par le ministère de la Culture, est en passe de voir le jour. Une première en France.

Ce cursus d’un an prépare les jeunes danseurs à intégrer le monde professionnel. Il est porté par le conservatoire à rayonnement régional de danse et musique, le théâtre du Grand-Chalon et l’Espace des arts, en partenariat avec le service jeunesse de Chalon-sur-Saône, l’Abattoir, et le Centre national des arts de la rue et de l’espace public.

Le collectif “Espace de Rue”

Les quatre-vingt-dix mètres carrés de studio, en rez-de-chaussée de l’EDA et ouverts sur l’extérieur, devaient initialement devenir un espace librairie, avant un changement de direction au début de l’année 2020. C’est avec l’arrivée de Nicolas Royer à la tête de la structure, et dans le cadre de son projet de développement des cultures urbaines, que ces locaux ont finalement été mis à disposition du collectif.

Une formation est en cours d’agrément. « Le diplôme est reconnu par le ministère de la Culture puisqu’on a fait venir une inspectrice pour le délivrer. Depuis, il n’existe toujours pas dans les textes officiels, mais on nous a autorisés à le délivrer, explique Robert Llorca, directeur du conservatoire du Grand-Chalon (CRR). À force de travailler ensemble – la compagnie TSN, l’Espace des arts et le conservatoire –, nous avons constaté que nos jeunes, même une fois le diplôme du conservatoire en poche, partaient parfois sans trouver d’autres formations derrière. On s’est donc décidé à créer cette formation. »

Cette année d’enseignement pose ainsi les premières pierres de la formation professionnelle publique en hip-hop, née du constat qu’il n’existait pas auparavant de diplôme spécifique pour cette catégorie de danseurs, comme c’est le cas en danse contemporaine, en jazz et en classique : « Aujourd’hui, un danseur hip-hop en-dehors de Chalon est voué à être autodidacte, constate Géraud Malard. Il peut se former au contemporain ou faire des écoles privées, mais dans le domaine public, il n’y a rien. » Qui va doux va loin : l’équipe débute par de petites promotions, entre dix et douze élèves, permettant un accompagnement personnalisé.

Se former à l’interprétation

Un cursus de 1 200 heures annuelles a été établi avec l’expertise du chorégraphe Olivier Lefrançois, lequel, comme le souligne Rachid Kassi, responsable de la formation, a beaucoup travaillé sur la question de la transmission du hip-hop. Au programme : un entraînement régulier de danse hebdomadaire et des chorégraphes en résidence à l’Espace des arts ou invités, qui interviennent au sein de la formation.

« On a repris le tronc commun de l’enseignement en conservatoire, précise Rachid Kassi. On continue d’avoir des cours théoriques sur l’histoire, la culture et l’expression corporelle, avec en plus des cours pour savoir comment monter sa propre compagnie. »

Il faut y ajouter une formation au travail d’interprète. « J’ai vraiment l’intuition, pour être du côté professionnel dans les champs de la création, de la production et de la diffusion du spectacle vivant, que trop souvent les danseurs de hip-hop sont pénalisés sur les questions d’oralité et de théâtralité, poursuit le responsable de la formation. Quand vous faites le conservatoire national supérieur, on vous forme à cela. On souhaite qu’un danseur de hip-hop puisse être aussi bien armé qu’un danseur contemporain. »

« Il faut pouvoir aller sur la dalle »

Pointus dans leur discipline et – dans l’idéal – tout terrain, les danseurs doivent être, à la sortie, en mesure de monter leur propre compagnie, de participer à la création de spectacles et de s’inscrire dans un réseau.

L’intégration de cette formation au sein de l’Espace des arts n’équivaut cependant pas à une annexion de la culture hip-hop par le monde de l’opéra, qui en gommerait ses caractéristiques. « Les danseurs gardent la spécificité de cette culture fondamentale, confirme Rachid Kassi. Nous retrouvons ce double engagement : d’une part, il y a le travail de création, sur les plateaux, avec un chorégraphe et son écriture de la danse bien particulière, dont le danseur est l’interprète ; d’autre part, il y a l’espace du “battle”, l’espace du danseur où c’est lui le chef… Il faut pouvoir aller sur la dalle et improviser. »

« C’est dans l’ADN de Chalon »

La culture hip-hop a fait histoire dans la cité de Nicéphore Niépce. « Il y a un bain local, c’est dans l’ADN de Chalon », remarque Robert Llorca. Rachid Kassi confirme : « Il n’y a pas une telle concentration, aussi bien de compagnies que de “crews” dans d’autres villes. » Et Géraud Malard d’ajouter : « Ici, on a un “battle” annuel de huit cents places, complet chaque année. La place des danseurs de hip-hop est inversement proportionnelle à la taille de la ville, car nous ne sommes pas une métropole régionale. »

Cette culture locale a vu émerger des artistes aujourd’hui reconnus. « De nombreux danseurs sont sortis d’ici, comme Kader Attou, Mourad Merzouki ou le metteur en scène de la compagnie Pockemon Crew et champion du monde Riyad Fghani. C’est un Chalonnais ! », rappelle Rachid Kassi.

Le foyer d’artistes ne s’est pas développé par hasard, puisque le conservatoire de la ville fut parallèlement précurseur dans la promotion de ces pratiques artistiques. « C’est non seulement le premier diplôme professionnel et public de hip-hop, mais il y a une dizaine d’années, la ville de Chalon était déjà la première en France à intégrer une formation de danse hip-hop dans son conservatoire », se remémore le directeur artistique de la compagnie TSN.

Si cette ville de Saône-et-Loire, au cœur de la région Bourgogne-Franche-Comté, est connue dans le monde du spectacle vivant pour son festival des arts de la rue, “Chalon dans la rue”, la culture hip-hop a naturellement trouvé sa place dans ce foyer artistique de cultures urbaines. Fortement développée depuis dix ans, de l’intégration d’un cursus au conservatoire de danse à la création de la toute première formation professionnelle publique à l’Espace des arts, la danse hip-hop non seulement se hisse au même rang que les trois catégories de danse reconnues institutionnellement, mais s’intègre aussi pour la première fois dans une structure labellisée de création, de production et de diffusion du spectacle vivant.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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En savoir plus : Formation professionnelle danseur hip-hop
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Rachid Kassi, Robert LLorca et Géraud Malard (© Morgane Macé / Profession Spectacle)

Rachid Kassi, Robert Llorca et Géraud Malard (© Morgane Macé / Profession Spectacle)



Source photographique à la Une : Pixabay