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« Et si on ne se mentait plus ? » – Vaudeville et biopic réunis au Lucernaire !

« Et si on ne se mentait plus ? » – Vaudeville et biopic réunis au Lucernaire !

Créé par la compagnie Les Inspirés lors du dernier festival d’Avignon, Et si on ne se mentait plus ? vient de débarquer au Lucernaire pour en ouvrir la saison. Cette libre adaptation des mémoires de Sacha Guitry nous offre une très jolie fenêtre sur le monde littéraire de la Belle Époque, mettant en scène l’amitié de cinq personnalités marquantes du début du XXe siècle : Jules Renard, Tristan Bernard, Alfred Capus, Lucien Guitry et Alphonse Allais.

Du bistrot au cabinet d’écriture en passant par le salon de l’homologue de Sarah Bernhardt, Lucien Guitry, ces personnages hauts en couleur s’entrechoquent et s’embrassent avec humour et intelligence, pour le plus grand plaisir du spectateur.

Remarquable travail d’écriture

Le travail d’écriture d’Emmanuel Gaury et de Mathieu Rannou – également interprètes des rôles de Lucien Guitry et Alphonse Allais – est une belle réussite. Les déjeuners hebdomadaires qui réunissent chaque jeudi nos cinq protagonistes, de 1896 à 1901, forment la trame de la pièce. Monologues et autres rencontres informelles s’intercalent pour donner à ces jeudis l’épaisseur de malentendus, de sentiments et intentions cachés, pour asseoir en somme les mensonges qui sous-tendent l’amitié entre ces figures. Le genre du vaudeville y fait son apparition avec le traditionnel quiproquo, entre adultère et intrigues pécuniaires.

On relèvera une réelle efficacité théâtrale, soutenue avec humour et finesse par de nombreuses références aux écrits des quatre auteurs. Les citations se mêlent avec fluidité, servant le comique et le relief de chacun des personnages. On est heureux de rencontrer Alphonse Allais et son absurde plein d’acuité : « On ne sait plus quoi inventer pour tuer le temps ! », déclare-t-il lorsqu’il se laisse apprendre qu’ils sont passés à l’heure d’hiver et qu’il est ainsi à l’heure au déjeuner. On voit évoluer un Lucien Guitry subtil, à la fois dandy mondain et ami fidèle, ou encore un Jules Renard aux prises avec sa fébrilité et ses exigences. En somme, c’est une réelle invitation à nous plonger ou replonger dans ces figures et leurs œuvres, et notamment les holorimes d’Allais, remarquablement intégrés à la pièce !

La mise en scène de Raphaëlle Cambray, pensée autour de trois espaces – le bistrot « L’absinthe », le salon de Lucien Guitry et le bureau de Jules Renard –, porte aussi efficacement sa trame. Elle réussit, à l’appui du jeu formidable des cinq comédiens, à nous plonger dans la réalité de ces artistes de la Belle Époque. L’énergie et la générosité de ces derniers nous accompagnent jusqu’au salut final, qu’un fin mot d’esprit de Maxence Gaillard (Jules Renard) vient conclure.

Amitié et mensonge, cœur ou prétexte de la pièce ?

Le mensonge en amitié fait l’objet de l’essentiel de l’action scénique. Comme le rappelle Alfred Capus – Nicolas Poli – à propos de ses acolytes à la fin de la pièce, « s’ils n’étaient pas là, le reste aurait moins de saveur », et Tristan Bernard – Guillaume d’Harcourt – en guise de conclusion : « Le mensonge est le sel de l’amitié ». Cela ordonne l’ensemble des ambitions et actions qui se déploient sous nos yeux.

Cependant, l’exploration de cette réalité reste malheureusement superficielle, au profit de la farce et du biopic. Il faut dire que l’ambition de la pièce pourrait paraître colossale : donner à voir des personnages avec leur densité historique, faire la part belle à leurs œuvres, déployer un sentiment aussi profond qu’exigeant tel que l’amitié, provoquer le rire dans un hommage au genre du vaudeville…

C’est donc la légèreté qui l’emporte, défendue par l’ensemble des personnages d’ailleurs, exception faite de Jules Renard tendu par son exigence de vérité – même si, à y regarder de plus près, rien n’est simple, puisque celui qui fait confiance à l’amitié ne sera pas l’auteur de l’Écornifleur mais bel et bien celui qu’on surnomme Divan le Terrible, Lucien Guitry, l’irrésistible dandy.

Il ne faut pas attendre de cette pièce ce qu’elle ne peut donner, à savoir une exploration théâtrale de la tension entre amitié et vérité. Nous rions, et c’est déjà beaucoup. Le désir de rencontrer plus intimement ces figures est bien réel, nous laissant en surcroît une pointe de tendresse pour ce quintette amical.

Pauline ANGOT

Cie Les Inspirés - Et si on ne se mentait plus ? (crédits : Yann Buisson)



Spectacle : Et si on ne se mentait plus ?
  • Création : 2015
  • Durée : 1h
  • Public : à partir de 8 ans
  • Texte : Emmanuel Gaury et Mathieu Rannou, d’après les mémoires de Sacha Guitry
  • Mise en scène : Raphaëlle Cambray
  • Avec : Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury, Guillaume d’Harcourt, Nicolas Poli, Mathieu Rannou
  • Costumes : Margot Déon et Leslie Pauger
  • Décors : Catherine Bluwal
    Lumières : Marie-Hélène Pinon
  • Musique et son : Jean-Marc Istria
  • Compagnie : Les Inspirés
  • Diffusion : Patricia Moreno au +33 6 14 30 60 91 et morenopatricia8@gmail.com

Crédits photographiques : Yann Buisson (sauf mention contraire)

En téléchargement


OÙ VOIR LE SPECTACLE ?

Spectacle créé à l’espace Roseau à Avignon en juillet 2018, vu au Lucernaire en septembre 2018.

  • 29 août au 11 novembre : Lucernaire (Paris)
    • Mardi au samedi : 18h30 / Dimanche à 15h.

Pour être tenu informé des prochaines dates : tournée.

Cie Les Inspirés - Maxence Gaillard, Emmanuel Gaury, Guillaume d’Harcourt, Nicolas Poli, Mathieu Rannou (crédits : Steven Herteleer)

Crédits : Steven Herteleer.



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