La 9e édition du festival les Beaux Bagages, prévue du 16 juillet au 29 août prochain au Creusot, prévoit une programmation intense : 15 000 personnes sont particulièrement attendues lors des Escales Rugissantes (16-18 juillet).

Ambitieux et confiant, le directeur des affaires culturelles de la ville du Creusot, Philippe Berthaud, se donne l’objectif d’accueillir 15 000 personnes le temps d’un week-end, lors des Escales Rugissantes (au lieu de 30 000, les années précédentes). Fort d’une expérience de vingt ans dans le milieu, il fut entre autres co-directeur du festival Viva Cité, à Sotteville-lès-Rouen, qui est avec Chalon dans la rue, Aurillac et les Accroche-Cœurs à Angers, l’un des plus grands festivals d’arts de la rue en France.

Rencontre avec un passionné qui, depuis son arrivée il y a un an et demi, souhaite apporter une nouvelle impulsion à la culture dans cette ville de 22 000 habitants, à la fois rurale et industrielle, en pleine cœur de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Un format remanié

Le festival des Beaux Bagages, qui avait originellement lieu l’été, a changé de format depuis sa précédente édition : « Il durait tout l’été, avec un spectacle quasiment chaque semaine, confirme Philippe Berthaud. J’ai proposé à la municipalité de le transformer pour en faire un voyage artistique et culturel durant toute l’année, avec trois temps forts au cours de l’été. »

Ces temps forts sont pensés comme des escales : les Folles Escales, centrées sur la musique, les Escales Vagabondes, qui s’articulent autour des arts de rue, tout comme les Escales Rugissantes, plus intenses, qui s’étalent sur deux jours et demi. Celles-ci forment un festival à part entière, avec une quinzaine de compagnies programmées et une trentaine de spectacles durant le week-end. « Les Beaux Bagages ont lieu juste après les Zaccros d’ma rue à Nevers et juste avant Chalon dans la rue, permettant aux festivaliers de faire tout un périple au travers des arts de rue ! », s’enthousiasme-t-il.

« S’approprier l’acte artistique »

Philippe Berthaud (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Philippe Berthaud (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

« Ce qui est important, c’est la rencontre entre une population et des artistes, explique Philippe Berthaud. Le moyen de la provoquer est de faire participer la population à la création des spectacles, de telle sorte que le festival ne dure pas seulement deux jours et demi, mais toute l’année. »

Certaines compagnies viennent en effet trois à six mois avant la manifestation pour mener ce travail : « Les gens peuvent s’approprier l’acte artistique et cela permet de faire venir le plus grand nombre possible de participants. »

Les lieux de la ville comme la Nef, la Halle Patrimoniale et les gymnases sont mis à disposition pour ces temps de création : « Nous recevons par exemple la compagnie de l’Homme debout, avec laquelle on va travailler ces trois prochaines années sur un spectacle qui fera intervenir des marionnettes géantes, que les habitants vont construire. »

La programmation, entièrement gratuite, propose également un spectacle de feu, avec la compagnie La Salamandre, ou encore le cirque Rouages. « On aura aussi deux spectacles à destination du jeune public, interprétés par la compagnie Ni et la compagnie Le Montreur, ajoute-t-il. Cette dernière proposera une histoire avec des marionnettes que les enfants vont créer eux-mêmes. »

Une souplesse artistique, logistique et financière

Contexte de pandémie oblige, des contraintes sanitaires sont à appliquer. Philippe Berthaud et son équipe prévoient d’installer des lieux de plein air fermés, avec un public assis : « C’est un vrai problème pour les arts de la rue, reconnaît-il. On fera tout assis, en installant un gradin dans la cour du château de la Verrerie, mais il faudra s’arranger avec les compagnies qui sont en déambulation, comme par exemple la compagnie Internationale alligator (CIA) et son très beau spectacle sur la vie de Jaurès. » Un travail de négociation est à faire avec les artistes, car leurs spectacles s’en trouveront transformés.

L’astuce, pour accueillir autant de public qu’en conditions normales, est de programmer les spectacles deux fois : « Comme sur un gradin de cinq cents places, ne peuvent entrer que trois cents personnes, les spectacles seront joués deux fois pour combler cette jauge », explique Philippe Berthaud.

Si des contraintes techniques supplémentaires, comme la location d’un gradin, pèsent sur le coût du festival, pour Philippe Berthaud, Les Beaux Bagages s’en sortent plus qu’honorablement : « Avec deux cent mille euros, c’est une prouesse de proposer une telle programmation, insiste-t-il, en opérant aussitôt une comparaison. Un festival comme Chalon dans la rue table sur un budget d’un million trois cent mille euros. »

Un partenariat avec l’Arc

Le département de Saône-et-Loire compte trois scènes nationales situées à quarante kilomètres de distance les unes des autres. Si, jusqu’à présent, il n’y avait pas de partenariats noués entre Les Beaux Bagages et la scène nationale de l’Arc au Creusot, la situation évolue aujourd’hui. « Nous sommes en train de nouer des partenariats avec eux dans le champ des arts visuels, autour du street art et des cultures urbaines« , annonce le directeur des affaires culturelles de la ville.

Le festival des Beaux Bagages devrait donc pouvoir accueillir un public nombreux cette année, en maintenant une programmation foisonnante, et ce, malgré des entraves sanitaires qui modifient considérablement la forme et le contenu des spectacles. C’est avec adaptabilité et en faisant participer les habitants à leurs créations que Philippe Berthaud et son équipe entendent faire vivre l’événement.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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En savoir plus : festival des Beaux Bagages

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Photographie à la Une : Escales rugissantes 2020 (crédits : ville du Creusot)