Bien que peu connu du grand public, François Staal a composé plus de soixante musiques de films, du cinéma aux séries télévisées, ainsi que pour le théâtre. Il a travaillé avec des réalisateurs comme Philippe Triboit (Le village français), Laurent Jaoui, Didier Le Pêcheur… Outre les nombreuses nominations et récompenses dans les festivals chaque année, il a reçu en 2016 le prix de la meilleure musique de film du Sénat et de la mairie de Paris pour Les Fusillés.

Il développe depuis près de vingt ans un projet de « chansons françaises-rock poétique ». Son sixième album, L’incertain, vient de paraître chez 13bis music. Il sera sur la scène parisienne du Trianon, ce vendredi 10 novembre, pour un concert mêlant symphonie et rock, avec l’orchestre EOHS (l’Ensemble Orchestral des Hauts de Seine), dirigé par Laurent Brack, et son groupe les Strange Wolves. Entretien.

L’originalité de ta création musicale est que tu sois aussi à l’aise en chanson qu’en musique de film. Comment s’est faite la passerelle entre les deux domaines ? 

En réalité, il n’y a pas eu de passerelle ! Les deux domaines artistiques ont grandi ensemble et simultanément, mais indépendamment, sans jamais trop « se parler »… C’est pour cette raison que je tente cette « dé-schrizophrénisation » (néologisme à lire avec humour) avec ce spectacle Symphorock. Mettre en relation ceux qui apprécient mes musiques de film et ceux qui aiment mes chansons… C’est une demande forte que j’ai ressenti de la part de tous ceux qui estiment mon travail.

Parlons chansons :  qu’est-ce qui t’inspire ? 

Hum… Chansons ? Il faut que ça bouge les lignes, surtout au niveau des textes. Il faut que cela parle de l’humain, il me faut un combat, un engagement… Il me faut des musiques d’émotion, de témoignage… Emmener les gens en voyage et « ouvrir » un interstice dans leur vision du monde, leur montrer qu’on est plusieurs, qu’on est ensemble, sublimer, partager… Ne pas raconter des histoires mais plutôt vivre une histoire ensemble : un concert, une écoute de CD. Je ne suis pas « figuratif » mais plutôt entre « impressionniste » et « abstrait » : la musique, l’émotion, le voyage … « Enivrez-vous », comme disait Baudelaire !

Qu’as-tu voulu mettre en avant dans ton dernier album, L’incertain

Il a été écrit entre 2014 et 2016, mais il est sorti juste avant les élections présidentielles. Le titre s’est avéré bien choisi ! J’ai été assez loin dans ma recherche d’expression musicale et de la forme. C’est un peu un album « étalon » : je trouve des limites, des frontières, ou plutôt, je balise mon territoire artistique… car il reste beaucoup à explorer. C’est un album très personnel et qui correspond bien à mon état d’esprit de ces dernières années.

Comment travailles-tu avec les réalisateurs ? 

Je travaille beaucoup sur les scénarios : création et écriture des thèmes musicaux avant le tournage. On reprend tout pendant le montage, et de nouveau, au débriefing, quand le montage est fini ! J’essaye toujours de créer la musique que le réalisateur souhaite entendre, mais en y mettant mon « style » personnel ; j’y tiens beaucoup, et le film lui-même nous guide énormément. C’est vivant, un film !

Aujourd’hui, tu proposes un concert qui réunit les deux facettes de ta musique sous le nom « Symphorock« . Peux-tu nous dire comment tu as conçu la programmation des œuvres qui seront jouées au Trianon ? 

C’était bien compliqué… Comme ce concert est né dans une logique « full indé » (donc avec très peu de moyens), j’ai choisi des choses plutôt récentes. Je ne voulais pas me contenter de reprendre les meilleurs morceaux de musique de certains films, mais désirais au contraire écrire une petite « suite symphonique » avec une « histoire », des sortes de « couplet-refrain » pour chacun des films choisis. Cela a orienté mon choix, au départ vers des choses assez récentes pour des raisons de « fraîcheur » dans mon esprit, puis en montrant des aspects différents de mon travail : film d’époque, contemporain, de genre, etc. L’enjeu fut de garder une unité et mon style, sans trop de redondances. Enfin, j’ai bien sûr profité de certains auteurs que j’ai eu le plaisir et l’honneur de servir… Maupassant, Camus, Aragon, Dumas, etc. Comment passer à côté !

Comment présenterais-tu « Symphorock » ?

Alors, avant tout, un voyage sous le signe de l’émotion… Nous allons partir dans l’univers de la musique de film, du symphonique, à travers des auteurs (voix, lectures de textes pendant la musique), des lumières magiques, des photos et extraits de films, des acteurs, des décors de l’époque, pourquoi pas quelques toiles d’artistes… On se rapprochera peu à peu du contemporain (sujet des films), avant de basculer dans le concert rock poétique, avec l’orchestre un temps, puis celui-ci se fadera, se déconstruira, se « dés-orchestrera », pour laisser mes « Strange Wolves » et moi, seuls en scène. On finira tous les amplis à fond, histoire de désacraliser tout ça, de casser un peu le mythe du « compositeur » et de prouver qu’on peut être à la fois « raffiné » et rock… et faire la fête… C’est un peu toute ma vie qui sera là ce soir !



Site du concert : Symphorock

Billetterie : 01 44 92 78 05 et symphorock [@] lestaal.com

Tarifs :

  • Catégorie Or : 49
  • Catégorie 1 : 34,90
  • Catégorie 2 : 29


Crédits des photographies : Marylène Eytier.