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Frédéric Brillion : « Si le cinéma français déclinait, ce serait une catastrophe industrielle »

Frédéric Brillion : « Si le cinéma français déclinait, ce serait une catastrophe industrielle »
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Près d’un mois après la signature à Dijon, lors des Rencontres Cinématographiques organisées par l’ARP, d’un nouvel accord liant Canal+ et le cinéma français jusqu’à fin 2022, Frédéric Brillion, président de l’Union des Producteurs de Cinéma (UPC), qui rassemble plus de 200 producteurs indépendants, livre son analyse de la situation.

Entretien.

Pour l’UPC, la signature par Canal+ d’un nouvel accord sur le financement du cinéma français (et européen), c’est une satisfaction ? Un soulagement ? Les deux ?

C’est surtout avoir le sens des responsabilités. Nous sommes au croisement d’une évolution visible dans le monde entier avec un tassement des Pay-TV et un développement des plateformes. La problématique que nous avons aujourd’hui, c’est que les plateformes, dont certaines sont déjà là alors que d’autres vont arriver, et qui sont toutes d’origine américaine pour l’instant, ne vont pas de toutes façons financer les volumes que représente la production cinématographique en France. Donc j’ai le sentiment que l’accord avec Canal+ a l’avantage de pérenniser la faisabilité d’un grand nombre de films cinématographiques avec un volume qui devrait être assez proche de l’actuel.

Un accord un peu dur pour les producteurs à quel point de vue ? A cause de l’instauration d’un plafond de 180 M€ par an pour les investissements de Canal+ ?

Non, ce n’est pas ça le plus dur, mais le fait de passer d’une d’obligation d’investissements sur le chiffre d’affaires à une obligation sur l’abonné qui était auparavant le critère le plus bas. Et sur le nombre d’abonnés a été mise en place, il y a une dizaine d’années et de façon un peu sibylline, une proratisation du minimum garanti (MG) en fonction des tarifs. Ce sont ces deux lignes de l’ancien accord qui ont déterminé un nouveau principe de calcul des obligations de Canal+, calcul qui a une tendance à la baisse par rapport au plein MG, mais avec un effet amortisseur assez puissant. En réalité, ce qu’on a perdu actuellement, c’est le critère du chiffre d’affaires, et ce qu’on a gagné, c’est d’être moins sensible à la notion de baisse de tarifs. Les obligations de Canal+ ne pourront pas baisser à due proportion du chiffre d’affaires. C’est une protection vis-à-vis de la baisse tendancielle des tarifs de Canal+ imposée par la concurrence.

Les producteurs français ont intérêt à ce que Canal+ soit dans la meilleure forme possible et le plus longtemps possible.

L’intérêt que nous avons, c’est que tous nos partenaires aillent bien et qu’on ait le plus de flexibilité possible dans le choix de nos partenaires. Pour que les partenaires aillent bien, il faut créer une chronologie des médias qui permette de protéger les uns vis-à-vis des autres. Notre attitude n’est pas du tout de fermer la porte à tout ce qui va arriver. Je pense que c’est un accord intermédiaire. On parle de quatre ans, mais la réflexion sur l’avenir doit commencer aujourd’hui.

En parlant de chronologie des médias, quelle est votre analyse de la réforme quasiment actée et qui devrait avancer l’an prochain les différentes fenêtres d’exposition des films sans bouleversement majeur ?

Dans l’idéal, nous étions favorables au départ à une neutralité technologique, c’est-à-dire à ouvrir les portes. Ce sera certainement le cas dans le futur. Mais ouvrir les portes à qui ? Avec quelles obligations pour chacun ? Et dans quel respect du droit d’auteur ? La chronologie des médias parle de notion de vertu, et la vertu, c’est à la fois l’engagement financier, mais aussi le respect du droit d’auteur et le fait que les producteurs puissent préserver leur rôle de producteurs délégués et conserver des parts des films. Ce que nous proposent les plateformes aujourd’hui, c’est très souvent d’être producteur exécutif, mais cela a beaucoup de contraintes. Il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants. Nous sommes pas du tout dans cette logique, mais ce que fait Canal+, cela existe. C’est un modèle plus ancien avec aujourd’hui de la décroissance, mais qui n’est pas si rapide que ça. Ce que nous avons aussi préservé, c’est que Canal+ réaffirme dans l’accord son engagement dans un modèle généraliste, en mélangeant notamment du football et du cinéma. Nous avons aussi été rassurés par l’acquisition de la “Premier League” anglaise qui a été faite sur l’éditeur Canal+ et non par Canal, distributeur qui n’aurait pas d’obligations pour la création cinématographique.

Entre des tensions de financement en amont et des espérances de recettes en aval affectées notamment par la forte rotation des films en salles, n’y-a-t-il pas un risque de crise des ciseaux ?

Ce risque existe et nous y travaillons en discutant en particulier avec les exploitants. Mais sans verser dans un optimisme béat, il y a quelques éléments à mettre en perspective. Le nombre d’entrées en France des films français grimpe au moment où la fréquentation descend, ce qui fait remonter mécaniquement la part de marché de la production française. Les derniers chiffres sur la vidéo physique, qui ne sont pas bons, sont néanmoins plutôt – un peu – en hausse pour le cinéma français alors qu’ils décroissent pour le cinéma américain, et on a plus ou moins le même syndrome pour la VOD à l’acte. Il y a une attractivité de la culture française sur les Français. On le voit de façon magistrale aujourd’hui dans l’audiovisuel, avec des séries françaises qui fonctionnent mieux que les séries américaines. Ce qu’on constate, ce que savent Canal+ et les exploitants, c’est que si le cinéma français déclinait, ce serait une catastrophe industrielle. Donc, on va à un moment entrer dans des dialogues assez constructifs car chacun a besoin de l’autre. Il faut arriver à réguler pour que cela se passe mieux, et nous ne renoncerons à aucun combat. Il y a aussi la nécessité de s’affirmer comme une filière, une filière cinéma qui est particulière, avec des œuvres qui commencent sur grand écran car c’est important d’avoir notre identité autour de cela et de ne pas être noyé dans l’audiovisuel. L’activité des salles en France, c’est quand même 1,5 Md€, soit le chiffre d’affaires de Canal+. Dans cette filière cinématographique, il faut que chacun prenne conscience de ses droits et de ses devoirs.

Propos recueillis par Fabien LEMERCIER
Source partenaire : Cineuropa.



 

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