La 48e édition du festival Interceltique de Lorient (FIL) aura lieu du 3 au 12 août prochains. Cette édition, à deux ans d’un jubilé qui s’annonce d’ores et déjà festif, met le Pays de Galles à l’honneur. Une programmation riche et diverse, que nous dévoilent les président et directeur du festival, Guy Gestin et Lisardo Lombardía, ainsi que la cheffe du gouvernement gallois à Bruxelles, Nia Lewis.

Le festival Interceltique de Lorient est, de très loin, le plus fréquenté de tous les événements musicaux français. En 2017, il a rassemblé 750 000 personnes, ce qui le place très loin devant tous les autres – à commencer par son voisin, deuxième du classement : Les Vieilles Charrues ne rassemblent « que » 280 000 personnes.

Quelques fondamentaux : ambition, ouverture et prise de risques

Comment expliquer un tel succès ? « Grâce à des fondamentaux, répond sans hésiter Guy Gestin, président du festival. Il y règne une atmosphère incomparable, de plus en plus chaleureuse. Il est également devenu un acteur incontournable et majeur en Bretagne, sur le plan culturel bien sûr, mais aussi sur les plans économique et sociétal. »

Mais quels sont ces fameux fondamentaux ? Le président du FIL en cite quatre : l’ambition, l’originalité, le collectif et les valeurs – « la convivialité, le sens de l’accueil, le respect des différences, l’ouverture au monde et sur le monde… le goût des autres en quelque sorte ».

L’ambition est à la fois celle des origines, et celle qui porte l’équipe du festival vers la cinquantième édition : « Cap 2020 » se veut dès aujourd’hui « non pas une finalité, mais un nouveau départ pour la prochaine décennie ». Parmi les mesures envisagées, la déclaration de Lorient comme capitale interceltique.

Pour Lisardio Lombardía, la place centrale de Lorient et du festival ne se discute pas : « Le festival interceltique construit des ponts au lieu que d’élever des murs, et ça depuis 48 ans ! » Et le directeur du FIL de poursuivre : « Nous sommes un festival à risques, dans le sens où nous cherchons l’excellence et la découverte de talents émergents. » Nombre d’artistes aujourd’hui reconnus ont effectivement fait leurs balbutiants débuts lors du festival interceltique.

Une ouverture constante à l’international

Ambition, prise de risques, ouverture, originalité… Autant de principes qui ont définitivement installé le FIL dans le paysage français et international : « La finalité de notre festival est de réunir à Lorient toutes les expressions culturelles contemporaines des pays celtes et de les mettre en mouvement, en synergie, confirme Guy Gestin. Chaque année, un nouveau pays est mis à l’honneur, ce qui nécessite une collaboration avec les autorités de ce pays. C’est le challenge que nous réussissons, grâce à nos délégués internationaux. »

Cette année, le Pays de Galles est célébré, un honneur qui ne lui avait pas été rendu depuis dix ans, ce qui n’est pas sans réjouir Nia Lewis, cheffe du gouvernement gallois à Bruxelles : « Nous sommes très fiers que le Pays de Galles soit à l’honneur cette année. Le gouvernement gallois a travaillé très étroitement avec le festival, si bien que nous avons pu développer un excellent programme, le plus grand jamais présenté à Lorient », qui va de Manic Street Preachers – qui a rempli le stade Wembley au lendemain de la sortie de leur dernier album, au mois d’avril dernier – à Calan, en passant par Catrin Finch, en duo avec le musicien sénégalais Seckou Keita.

Et la représentante de la nation galloise d’ajouter : « Cela démontre une confiance croissante dans le secteur culturel gallois. » Cela ne fait d’ailleurs aucun doute pour Lisardo Lombardía : « Le chant est l’expression du vivre ensemble pour les Gallois », autant que les Bretons. D’où une créativité qui ne cesse de s’accroître de l’autre côté de la mer celtique.

À propos du sous-titre – souvent poétique – du festival : “Terres d’Arthur, chants des bardes, mémoire des ancêtres”, le directeur du FIL explique : « Le Pays de Galles et la Bretagne ne partagent pas seulement une forte ressemblance linguistique. Ils ont aussi en commun un cycle très important sur Arthur et les chevaliers de la table ronde. L’hymne breton est par ailleurs inspiré de l’hymne gallois. C’est pourquoi, et c’est une grande nouveauté cette année, nous allons faire chanter l’hymne durant les nuits interceltiques, d’abord en breton, puis en gallois, avec l’aide d’écrans. »

12 scènes, 200 groupes, 750 000 festivaliers

750 000 visiteurs l’an dernier… « Nous comptons faire au moins aussi bien cette année », annonce Guy Gestin. Les têtes d’affiche seront, comme chaque année, bien présentes : Yann Tiersen, Denez Prigent, Iona Fyfe, Ramón Prada, auteur de la bande sonore que le public entend chaque année lors du festival, Manic Street Preachers, Catrin Finch et Seckou Keita… et de nombreux talents émergents tels que Gwilym Bowen Rhys, dont nous avons pu apprécier, lors de la présentation du FIL 2018, l’impressionnante voix.

« C’est là où l’on voit la spécificité et l’originalité du festival, se réjouit Guy Gestin. C’est une expression populaire, de l’ensemble des cultures des différents pays. »

« Il y a énormément à découvrir cette année, parmi les artistes gallois, mais pas seulement, prévient Lisardo Lombardía. Nous invitons des représentants de tous les pays celtiques de l’Atlantique européen, ainsi que des artistes issus de l’immigration. C’est pourquoi nous avons des Acadiens, des Québécois… » Avec 12 scènes et 200 groupes différents, il y en a « pour tous les goûts et tous les intérêts culturels : musique classique, jazz, chansons traditionnelles… »

Quant à l’impact du festival, il est autant artistique que politique, en témoigne la prise de parole de Nia Lewis, que nous citons en conclusion de cet article : « Dans ce contexte, nous espérons que notre présence et notre soutien au festival interceltique démontre de la part du Pays de Galles une volonté d’ouverture internationale, ainsi que son désir et sa détermination à collaborer dans le futur, avec nos partenaires européens, dans une ère qui sera post Brexit. »

Pierre MONASTIER