La Saison#3 du Magic Wip au Pavillon Villette, en collaboration avec la Compagnie Le Phalène, accueille le spectacle de close up Je suis 52 à l’étage du bâtiment consacré aux arts de la magie. Avec Je suis 52, Claire Chastel et Camille Joviado offrent à la cartomagie ses lettres de tendresse.

Le récit intime d’une amoureuse des cartes

Je suis 52 est d’abord la tentative de faire le récit d’une passion, d’un coup de foudre, celui de Claire Chastel, comédienne, magicienne et interprète du spectacle, qui dès son plus jeune âge découvre les cartes à jouer : cartes à jouer, cartes à rêver, cartes à voyager, cartes à haïr, cartes à aimer, cartes à penser.

Par un acte inaugural précipitant le récit, la magie et l’imaginaire, Claire Chastel érige d’emblée les cartes en altérité vivante et puissante, cheminant à nos côtés depuis la nuit des temps. Acte inaugural si enfantin – celui d’un geste fait par tout le public – qu’après lui, notre perception est prête à accueillir les surprises de la magie en laissant leur place aux émotions du récit.

52 cartes. Chacune est la grammaire singulière d’un récit qui parvient à entrelacer les dévoilements intimes de sa narratrice avec l’histoire mondiale des cartes à jouer. D’où vient que l’on se prend de fascination pour des cartes ? Leurs figures, leur histoire, leurs soubresauts, car oui, nous rappelle Claire Chastel, au XIVe siècle, on brûlait les cartes. Quelle puissance peut bien avoir un objet somme toute banal pour que l’on souhaite le brûler, l’aimer, l’avoir toujours avec soi, le manipuler, le caresser, le tordre et inventer des tours à n’en plus finir ? Jusqu’où nous entraîne une telle passion ?

Dans Je suis 52, il y aurait donc bien deux personnages : Claire Chastel et les cartes, ou plutôt 53 personnages – Claire Chastel et ses 52 cartes –, ou peut-être même 54 personnages si l’on ajoute Dominique, l’amoureux, qui vient s’imposer au fur et à mesure de l’histoire, jusqu’à la mettre en péril…

La magie comme dramaturgie de la surprise et de l’émotion

La dramaturgie et l’écriture de Je suis 52 posent un acte fort : faire de la magie – et donc du ressort de la surprise, de la stupéfaction – le levier même de l’émotion, de la poétique du récit.

Sans se contenter de rythmer et de ponctuer ses tours par des anecdotes ou par des récits bien choisis, Claire Chastel et Camille Joviado semblent avoir cherché dans les cartes certains ressorts de leur histoire, ou à l’inverse de s’en être remises aux cartes pour raconter ce même récit, au moment où les mots paraissent impuissants.

L’inventivité des tours, leur ingéniosité, la grande dextérité de Claire Chastel se trouvent alors décuplées, car sa voix, ses mains, sa façon de dire au moment d’exécuter le tour ne sont pas seulement celle d’une prestidigitatrice qui tend son filet pour mieux nous attraper, mais également celle d’une interprète-comédienne qui vibre dans son récit avec les cartes au moment d’un double dévoilement : celui de la magie et de l’intime.

La tendresse de l’imagination

La rencontre entre l’état d’étonnement propre à la magie et ces émotions plus sensibles provoque un suspens poétique, une grande tendresse dans Je suis 52.

Le rythme du spectacle parvient à endiguer l’effet parfois « addictif » de la magie sur ses spectateurs. La temporalité du récit, celle d’une rêverie introspective, se laisse ainsi rythmer toujours en douceur par les prouesses de la magie, sans jamais céder à sa frénésie.

C’est précisément de cette temporalité là que semble naître un état rare et singulier pour le spectateur : faire l’expérience d’un état d’étonnement – au sens philosophique du terme –, c’est-à-dire cet état où la surprise se fait émerveillement, renouvelant notre capacité à nous interroger, à comprendre le monde de façon immédiate, à retrouver une forme d’évidence de la matière et du monde.

Le spectacle Les Clairvoyantes, actuellement en création, sera le second opus du cycle que la Compagnie Yvonne III consacrera aux cartes jouer.

Zelda BOURQUIN



Spectacle : JE SUIS 52

Écrit et mis en scène par Claire Chastel et Camille Joviado

Interprété par Claire Chastel
Tours et effets magiques inspirés des publications de Guy Hollingworth, Bébel, Yves Doumergue, Roberto Giobbi, Joshua Jay….

Production : Compagnie Yvonne III
Avec le soutien du Magic Wip-La Villette et la Compagnie Le Phalène |du Théâtre Louis Jouvet de Rethel, scène conventionnée des Ardennes |du Clan Destino – Familia Stirman.

Crédits photographiques : Jérémie Cohen



Où voir le spectacle ?

– 27 juin 2020 : festival Kikloche, Oisseau-le-Petit (Sarthe)
– 19 septembre 2020 : théâtre Louis-Jouvet, scène conventionnée de Rethel (deux représentations)
– Octobre 2020 : La Barbacane, scène conventionnée de Beyne

Nouvelle tournée à venir.

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