Un rapport récent du CNC propose d’étudier l’évolution de la fiction à la télévision en 2016, de jauger son état de diffusion et enfin de son audimat. Le meilleur moyen de savoir est encore de comparer les chiffres en soirée, ce moment où les Français sont le plus souvent devant leur télévision : de 20h45 à 22h20 (première partie de soirée). Les couche-tôt sont ici les cibles idéales pour regarder de plus près ce qui plaît ou non sur le petit écran ; il semble qu’ils soient notamment les plus attachés à la langue nationale.

La fiction représente près d’un quart de l’offre et de la consommation à la télévision ; la proportion de fiction inédite n’a jamais été aussi élevée depuis 2009 (77,6 %), bien souvent sous un format de 52 minutes. De quoi redonner de l’espoir à l’industrie du film et à tous ceux qui participent à leur réalisation.

Des inégalités entre les différentes programmations

Les six chaînes nationales historiques sont passées au crible pour analyser l’offre, la programmation, les formats, la nationalité et l’audience correspondante des fictions. Différences et inégalités apparaissent dans les résultats, tant dans le choix des programmes que concernant le ratio de leur diffusion française et étrangère.

Quand M6 et Arte consacrent une faible part à la fiction française, l’une choisit quasi exclusivement le format du 52’, comme Canal + puis TF1, tandis que l’autre lui consacre à peine plus de la moitié de sa diffusion. France 3 est la seule chaîne à privilégier le format de 90’ en soirée, à hauteur de 67,5 %, suivie par Arte (44,6 %) et enfin France 2 (39,3 %). Des différences de stratégie dont la fiction française souffre un peu sur le plan de la diffusion, puisque deux fictions sur cinq seulement sont françaises. Pourtant, cela ne lui empêche pas d’être plus visionnée que la fiction étrangère !

Canal + se distingue largement des autres chaînes : elle ne propose que de la fiction inédite. La moyenne est pourtant de 77,6 %, avec une tendance plus forte du côté de la fiction étrangère, logique provoquée par la forte quantité de productions internationales. La fiction française maintient donc son rythme de production à l’heure de la mondialisation.

La fiction française gagne du terrain

Le nombre d’unitaires et de séries étrangères est donc supérieur à la diffusion française, mais ce programme baisse en audience. Et pour cause, la fiction américaine disparaît du palmarès établi où elle se tenait pourtant en bonne place depuis 2011, son plus grand record.

Ce n’était donc pas gagné pour la fiction française ! Elle prend largement sa revanche cette année en dominant le classement des meilleures audiences de fiction, tous pays confondus : 82 des 100 meilleures sont donc françaises, contre 37 en 2013. Bien que parmi le gros tiers des soirées consacrées à la fiction, moins de 40 % des œuvres soient françaises, la réussite est là. Elle enregistre d’ailleurs 24 des 100 meilleures audiences de la télévision, tous programmes confondus.

Pourtant en chute libre, M6 ne semble pas souhaiter s’adapter au changement de goût du public français, afin de garder son créneau de diffusion tourné vers l’étranger : l’an dernier, la chaîne a tout misé sur les fictions américaines pour remplir son programme à hauteur de 97,2 %. Par comparaison, cela représente 69,7 % sur France 2, tandis qu’Arte a équilibré sa programmation en laissant plus de place à la production française.

De la fiction, oui, mais en séries !

Si la fiction est le grand vainqueur des programmes, le format préféré des Français est la série : 88 % des soirées de fiction leur sont dédiées. L’offre d’unitaires est ainsi à son plus bas niveau, avec une perte progressive de dix points depuis 2010. Doit-on s’en inquiéter ou le format de la série, en créant une certaine dépendance, répond-il à un besoin de garder un contact régulier, une relation durable avec la télévision – voire, affective, avec des personnages ?

Le Secret d’Élise, diffusé sur TF1, obtient les meilleures audiences. Suivent la série policière Flic, tout simplement (France 2), celle américaine Quantico, un drame dans le milieu du FBI (M6) et enfin la série Plus Belle la Vie que l’on ne présente plus. Là encore, les séries françaises se distinguent : 66 séries françaises sont émises en première partie de soirée, dont 17 nouvelles.

Ce rapport a l’avantage de balayer l’idée répandue d’une suprématie de la série américaine. Ce n’est plus d’actualité. Le regain d’intérêt des Français pour les fictions françaises favorise l’émergence de nouvelles créations ; par ailleurs, la série concurrence aisément les autres formats de diffusion. Si nous pouvons déplorer le recul de la diffusion d’unitaires et de programmes hors fiction, il reste que la réussite de la fiction française – dans un domaine où l’on craignait de la voir dépassée – est un levier positif pour la créativité hexagonale.

Louise ALMÉRAS