Après plus de deux siècles de domination, la supériorité de la sonorité des violons fabriqués par le célèbre luthier italien Antonio Stradivari est remise en question par une recherche scientifique franco-américaine, publiée lundi, qui confère un avantage à des instruments modernes : les auditeurs ont préféré le son produit par les instruments modernes – moins de 10 ans – en fonction du critère dit de « projection sonore ».

[avec AFP]

Deux groupes de personnes, qui ne voyaient pas les instruments joués, ont participé à ces tests des deux côtés de l’Atlantique, a expliqué l’équipe scientifique franco-américaine, dont les conclusions ont été publiées lundi dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences (PNAS). Les dix violonistes avaient les yeux bandés.

Résultat sans appel

Résultat : les auditeurs ont préféré le son produit par les instruments modernes – moins de 10 ans – en fonction du critère dit de « projection sonore ». « Il s’agit d’un son riche, puissant et clair qui remplit la salle et passe au-dessus de l’orchestre », explique Claudia Fritz, du Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), qui a travaillé pour cette étude avec le luthier américain Joseph Curtin.

Les projections des violons italiens des XVIIe et XVIIIe siècles, et surtout celles des Stradivarius, sont souvent considérées comme supérieures à celles des instruments récents. Cette qualité est particulièrement importante pour les solistes.

Tous aveugles, violonistes et auditeurs !

Les chercheurs ont mené deux expériences avec 137 auditeurs, dont 55 dans un auditorium de 300 places près de Paris et 82 dans une salle de concert de 860 sièges à New York (nord-est des États-Unis). Les participants ont écouté des musiciens jouer sur trois violons modernes et trois Stradivarius. Les violonistes se sont produits avec et sans orchestre.

Qu’ils aient ou non une expérience musicale, les auditeurs ont préféré la sonorité des nouveaux violons et estimé qu’ils projetaient mieux que les Stradivarius, ont noté les chercheurs. La moyenne des réponses a été identique à Paris et à New York, a indiqué Mme Fritz. Ni les violonistes, ni les auditeurs ne sont parvenus à distinguer systématiquement les Stradivarius des violons modernes.

650 Stradivarius « vivants »

Le dernier secret de fabrication des Stradivarius a été levé grâce à une récente étude qui a révélé la composition du vernis utilisé par le maître italien, mort en 1737 à 93 ans. « Je pense que les Stradivarius n’ont plus de secret », a dit Claudia Fritz, rappelant que le vernis n’avait pas une fonction acoustique mais esthétique pour produire de la couleur.

Des 1 100 instruments, violoncelles, basses, cistres, violes, altos et violons sortis de l’atelier du luthier italien au cours de ses 70 ans d’activité, il en resterait environ 650 aujourd’hui. Ils peuvent atteindre des millions de dollars.