Située dans l’éco-quartier Heudelet à Dijon, la Halle 38 est une ancienne caserne militaire acquise par la ville de Dijon en 2015 et réhabilitée en lieu de résidences. La structure accueille près d’une dizaine d’artistes, dont la compagnie théâtrale des 26 000 couverts.

Comment un tel espace à vocation pluridisciplinaire s’est-il créé et de quelle manière s’inscrit-il dans le paysage artistique local ?

Un quartier habité par les artistes

Le quartier Heudelet à Dijon était déjà peuplé d’artistes bien avant la construction de l’éco-quartier et la réhabilitation de cette ancienne caserne d’une superficie de 1500 m2. Aujourd’hui, la structure accueille sept artistes plasticiens – sculpteurs, peintres, photographes, vidéastes et dessinateurs – ainsi que la compagnie théâtrale des 26 000 couverts.

« L’histoire des 26 000 couverts et celle du quartier Heudelet sont très liées, car depuis des années, la compagnie occupait l’ancienne caserne, confirme Christine Martin, adjointe à la culture de la mairie de Dijon. Quand il s’est agi de construire l’éco-quartier, on a décidé qu’elle avait toute sa place dans cette Halle 38. Avant l’inauguration en 2017, les ateliers qui existaient déjà ont dû fermer pendant le chantier et toutes ces personnes ont monté d’autres projets communs. C’est comme ça que sont nés par exemple les Ateliers Vortex, rue des Rotondes. »

Des conditions hospitalières

Benjamin Grivot (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Benjamin Grivot (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Dans ces ateliers, les artistes bénéficient d’un confort qu’ils ne trouvent pas ailleurs, pour un loyer accessible s’élevant à cent euros par trimestre. Ils s’y installent pour une durée d’un an renouvelable. Et en période de pandémie ? « Les artistes de la promotion 2020 ont demandé une prolongation au maire, car leur année n’a ressemblé à rien. Le maire a accepté et leur résidence sera prolongée jusqu’à décembre 2022. »

Pour les artistes qui recherchent un atelier souvent un voire deux ans à l’avance, car il faut parfois attendre longtemps qu’une place se libère, pouvoir intégrer ce lieu est l’opportunité de travailler dans de bonnes conditions.

Benjamin Grivot, dont les sculptures sont exposées à la galerie Géraldine-Banier à Saint-Germain-des-Prés, est diplômé de l’École nationale supérieure d’art de Dijon (ENSA) et a fait partie des ateliers La Volière avant d’intégrer la Halle. « On a largement assez de place ici, on peut stocker tout notre matériel et c’est plus que confortable, témoigne-t-il. Pour le céramiste Kwangil Her, avec qui je partage un espace de 90 m2, la ville a installé l’électricité gratuitement, spécialement pour qu’il puisse brancher son four. Nous aimerions pouvoir installer un atelier de fabrication dédié à la mise en commun de certaines machines, comme des machines pour la coupe de bois. Un projet qui pourrait être aidé par la DRAC. »

Visibilité et interaction avec le public

Lors des dernières Journées européennes du patrimoine, deux cents personnes sont venues découvrir leur travail. Une visibilité et une interaction avec le public que les artistes souhaitent générer davantage, en développant par exemple, dès que les conditions le permettront, des ouvertures d’ateliers deux ou trois fois par an, de manière publique ou privée.

Durant son parcours, Benjamin Grivot a constaté qu’il est difficile de trouver des lieux pour des ateliers en Côte-d’Or. « Il existe des moyens à développer pour réhabiliter certains espaces, comme en Franche-Comté où ce qui se fait beaucoup est l’achat de vieux locaux par la région, le département ou les mairies, qui les revendent ensuite à des artistes, pour la somme d’un euro symbolique. De leur côté, les artistes s’engagent à les remettre en état. »

Une gouvernance concertée

Les résidents de la Halle 38 font partie de différents collectifs, comme Antoine Château qui a notamment exposé ses peintures au Palais de Tokyo en 2019 et qui fait partie de l’atelier Chiffonnier. D’autres sont passés par les ateliers de La Volière avant de s’installer à la Halle 38.

Ces artistes se connaissent tous et peuvent aussi bien travailler individuellement que se retrouver par affinités au sein de ces espaces. La plupart sont effectivement issus de l’ENSA et il existe par ailleurs un atelier dévolu à l’école, occupé par quatre artistes. « Quand on reçoit les candidatures, elles sont regardées avec l’École nationale supérieure d’art, le Consortium, le FRAC, la ville de Dijon et les musées, explique Christine Martin. Je préside les comités de sélection et on regarde les dossiers ensemble. On connaît bien le travail des uns et des autres et on essaie de satisfaire le plus grand nombre d’artistes possible, parce qu’on sait que les mètres carrés sont rares et qu’il est extrêmement important d’apporter ce soutien-là. »

Un écosystème dédié à l’art contemporain…

Christine Martin devant une peinture de Titus (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Christine Martin devant une peinture de Titus (crédits : Morgane Macé / Profession Spectacle)

Une synergie s’est créée entre ces différents lieux, avec le concours d’une politique culturelle locale fortement engagée pour l’art contemporain. « Dijon et la création, c’est une longue histoire, s’enthousiasme l’adjointe à la culture de la mairie de Dijon. Pour preuve, avec le Consortium, le FRAC, la galerie Interface, les ateliers Vortex, l’atelier Chiffonnier et un nouvel atelier d’artistes qui s’appelle La Volière, dont fait partie Gentaro Murakami, peintre de la Halle 38, c’est tout un écosystème qui s’est mis en place ».

Tisser des liens entre l’ENSA et ces lieux d’expositions majeurs constitue une force pour le territoire. En effet, le Consortium est un centre d’art de renommée internationale et le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) Bourgogne, qui possède une collection d’œuvres prestigieuses, a notamment résisté pour ne pas fermer ses portes à Dijon. Avec l’agrandissement de la région, la structure aurait dû fusionner avec le FRAC de Besançon.

La ville met en œuvre sa politique d’accueil des artistes, en attribuant des subventions aux différents lieux de résidences et d’expositions : « Nous aidons le Consortium, la galerie Interface, Vortex, Chiffonnier et bientôt le FRAC, car la ville va devenir membre de droit du conseil d’administration et donc son financeur. »

L’achat d’œuvres d’artistes vivants comme la sculpture Point de vue – d’une valeur de 45 000 euros – du Bourguignon Philippe Ramette, qui était auparavant dans les jardins de la Banque de France et qui se trouve désormais installée au sein du Square des Ducs, offre également une visibilité aux artistes. « Une ville, c’est un organisme vivant, avec un patrimoine à Dijon absolument merveilleux, insiste Christine Martin. On doit pouvoir y présenter les œuvres des artistes d’aujourd’hui. »

qui évolue dans un climat d’incompréhension

Christine Martin et quatre adjoints à la culture de la métropole dijonnaise ont signé, en décembre dernier, un appel au Premier ministre Jean Castex en faveur de la réouverture des lieux culturels. Le maire de Dijon, François Rebsamen, a par ailleurs prononcé ses vœux pour l’année 2021 devant le centre dramatique national du Parvis-Saint-Jean, un message fort pour soutenir les acteurs du monde culturel.

Si Christine Martin est heureuse de voir que les commerces et les bibliothèques sont ouverts, elle ne cache pas son incompréhension quant à la fermeture des musées, des salles de spectacles et des cinémas. « Est ce qu’on peut expliquer pourquoi tout le monde peut aller dans les magasins ou prendre le train sans distanciation, mais pas se rendre dans les lieux culturels ? Quelle logique y a-t-il à ce que des artistes puissent aller dans les classes alors que les enfants ne peuvent pas aller dans les théâtres ? Il me semble pourtant que les salles de spectacles sont plus vastes qu’une salle de classe. À l’Opéra, qui fait 1640 places, on peut tout à fait accueillir 350 personnes dans de bonnes conditions de sécurité sanitaire. »

La Halle 38, implantée dans un éco-quartier, s’inscrit – elle aussi – dans un écosystème artistique durable. Mise à disposition des artistes par la ville de Dijon, en lien avec les structures culturelles locales, elle est toute dédiée à la promotion et à la pérennité de la création artistique.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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Crédits photographiques : Morgane Macé / Profession Spectacle