Instant classique – 5 février 1829… 99 ans jour pour jour. Franz Schubert compose un lied sur le célèbre poème de Friedrich von Schiller : An die freude. Célèbre ? Oui, sans aucun doute, notamment grâce à l’adaptation qu’en fera également Beethoven dans sa neuvième symphonie : L’ode à la joie.

Ce 5 février 1829, l’éditeur J. Czerny publie à Vienne un lied posthume de Franz Schubert sous le numéro d’opus 111 n°1. Il est intitulé An die freude. Ça ne vous rappelle rien ? Mais si ! Même sans être germanophone, ça vous rappelle forcément une certaine ode « an die freude » et vous pensez automatiquement à la célébrissime et si merveilleuse Neuvième symphonie de Beethoven, L’ode à la joie. Mais vous pouvez penser aussi à l’auteur de l’ode en question, Friedrich von Schiller, qui a écrit ce poème en 1785. Il était, semble-t-il, conçu pour être chanté dans les loges maçonniques. Schiller l’a en effet écrit alors qu’il se trouvait chez son ami Körner, qui était lui-même franc-maçon, au contraire de Schiller, qui n’y était pas indifférent pour autant. Or, figurez vous que ce Körner était le père d’un des proches amis de Schubert…

Ce dernier a dix-huit ans lorsqu’en mai 1815, il entreprend de composer un lied sur cette ode. Et il le fait bien avant son grand aîné musical, le géant Beethoven qui en donnera une toute autre traduction quelques années plus tard. L’ambition de Schubert est bien différente, mais pas moins rayonnante : c’est le bonheur qui irradie, sans combats de titans, mais avec une mélodie enjouée, simple, qui colle tout à fait au texte (que Beethoven, lui, coupera bien davantage). Schubert ralentit plus solennellement sur le baiser des millions, mais c’est pour repartir aussi sec en trottinant gaiement, sans prétention, tout à sa joie.

Évidemment, pour un lied schubertien, on ne fait pas mieux que le duo immortel Fischer-Dieskau / Moore. Et donc, embrassez vous, millions et restez joyeux (si vous pouvez). Si jamais vous avez perdu toute joie, vous pouvez écrire à : Friedrich von Schiller, Weimarer Fürstengruft, Am Poseckschen Garten, 99423 Weimar, Deutschland. Ou alors à Franz Schubert, Zentralfriedhof, Simmeringer Hauptstraße 234, 1110 Wien, Österreich.

Mais méfiez vous, d’un naturel un peu mélancolique, Schubert risque de vous demander un petit supplément… d’âme.

Cédric MANUEL

 



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »