La Maison des auteurs de Limoges accueille chaque année en résidence les auteurs et autrices francophones d’aujourd’hui et de demain. De nombreux textes mis en scène lors du festival Les Zébrures d’automne, organisé par les Francophonies, trouvent d’ailleurs souvent leurs origines ou des liens avec celles-ci.

Nous avons discuté avec Nadine Chausse, coordinatrice de cette entité, pour en comprendre le fonctionnement et ses particularités.

L’histoire de la maison

La Maison des auteurs est créée en 1988, quatre ans après le festival des Francophonies, sous la direction de Pierre Debauche, metteur en scène et auteur. Il est en effet apparu très rapidement que « pour qu’il y ait théâtre contemporain, il faut qu’il y ait écriture du théâtre contemporain ».

Pour disposer d’un espace dédié à l’écriture, la structure procède dans un premier temps à des locations d’appartements, puis elle se dote en 1993 d’une « vraie maison », composée de trois studios et d’un espace partagé.

À ce jour, plus de 200 auteurs et autrices francophones ont été accueillies en résidence.

Des programmes reconnus de résidence

Si, depuis la création de la Maison des auteurs de Limoges, les programmes de résidence étaient liés à des bourses d’écriture ou des prix, de nouveaux programmes voient dorénavant le jour aujourd’hui.

Les programmes « classiques » s’adressent aux auteurs plutôt confirmés, qui ont au moins une publication : un dossier de demande de résidence est déposé auprès du CNL (Centre national du livre), en vue d’une résidence d’un à trois mois. Il s’agit d’une résidence de création pour l’écriture d’un nouveau texte, avec quelques rencontres professionnelles organisées.

Les auteurs ou autrices sont sélectionnés via le réseau des écritures francophones, par découverte du comité de lecture, mais aussi via les bourses Visa pour la création de l’Institut français, le programme ETC (Écritures théâtrales de la Caraïbe) et tout autre partenariat existant.

Les « actions culturelles » associées aux résidences se réfléchissent en amont et en co-construction entre Nadine Chausse, coordinatrice de la Maison des auteurs, Christiane Boua, chargée des relations avec les publics, et l’auteur accueilli. La rencontre prime, celle qui fera autant bouger les participants que l’artiste.

« Découverte » : un nouveau programme pour dénicher les autrices débutantes

Depuis l’arrivée de Hassane Kassi Kouyaté, directeur actuel des Francophonies, un nouvel axe a été développé, avec la création d’un programme « maison » de résidence appelé “Découverte”. Le dispositif s’adresse principalement aux autrices qui n’ont quasiment pas écrit de texte, mais qui ont un réel désir d’écriture et sont parrainées par des écrivains confirmés, issus de leur pays d’origine. Un travail sur-mesure est ensuite proposé, sans obligation de résultat à la fin du processus.

Le programme se déroule en trois temps de résidence avec deux autrices par an :
1) un mois en juin pour cerner les besoins ;
2) un à deux mois au printemps suivant, en partenariat avec l’Institut français, pour écrire et faire une présentation, une sortie de résidence, au plus proche du travail d’écriture en cours, lors du festival des Zébrures de printemps ;
3) un mois à la Cité internationale des arts à Paris qui vient de rejoindre le dispositif.

Une lecture peut parfois avoir lieu lors des Zébrures de printemps suivant, sans engagement ni obligation de part et d’autre.

Un accompagnement sur la durée

Nadine Chausse insiste sur l’importance du soin apporté à l’accompagnement sur un temps long : « Comment accompagner le premier geste d’écriture ? À quel moment est-ce juste de présenter un texte ? À quel moment de l’écriture l’auteur se place-t-il ? » Le propre des résidences de création est ainsi de prendre l’écriture dans toutes ses étapes : les recherches, la lecture d’autres textes, l’écriture, la réécriture…

De la première lecture d’un texte reçu par courriel à la rencontre, l’accueil en résidence ou l’accompagnement dans le processus d’écriture, le parcours d’un auteur au sein de la Maison des auteurs prend de multiples formes. Nadine Chausse continue même à suivre les textes après leur passage en résidence, quand les auteurs ne reviennent pas parfois eux-mêmes sur les lieux.

Par ailleurs, croire que la Maison des auteurs est une étape obligatoire pour être programmé au festival est faux. Dans cet accompagnement, le « bon moment » est important. Il ne faut pas gravir tous les échelons – l’écriture, la lecture et la production – comme un schéma technique, mais parfois couper l’écriture de sa présentation publique et des échéances calendaires, afin d’y trouver une certaine qualité. Ainsi l’auteur n’est-il pas dans une pression de production finie, mais dans une démarche de recherche et de création.

Comment être accueilli par la Maison des auteurs ?

C’est la rencontre par l’écriture qui prime. Le premier contact se fait ainsi par l’envoi d’un texte ou d’un début de travail par courriel (n.chausse@lesfrancophonies.fr) ; l’auteur doit préciser s’il attend un retour ou une résidence. L’écriture dramatique étrangère de langue française est privilégiée.

Il y a ensuite deux groupes de lecteurs. Le premier compte trois personnes, surnommées « les guetteurs » : ils se concentrent sur les premiers textes, la découverte d’écritures encore jeunes mais qui suscitent un intérêt. Le second groupe, également composé de trois lecteurs, repère les textes d’auteurs plus confirmés. Les textes sont toujours lus par deux lecteurs pour éviter de passer à côté de l’un d’eux. Les lecteurs sont des auteurs, metteurs en scène ou comédiens.

Tous les auteurs reçoivent une réponse à la suite de leur envoi.

Vincent PAVAGEAU

 

Le prochain événement des Francophonies, les Zébrures de printemps, se déroulera en mars 2021 et sera le reflet des résidences d’écriture de la Maison des auteurs : une occasion d’entendre ces nouvelles écritures francophones.

En savoir plus : Maison des auteurs

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Crédits photographiques : Maison des auteurs de Limoges