La Petite Amal est une marionnette de 3,5 mètres représentant une jeune migrante. Elle voyagera de la frontière turco-syrienne au nord de l’Angleterre, accueillie par des événements culturels et pédagogiques à chaque étape de son parcours. Présentation d’un projet atypique.

8 000 kilomètres. Voilà la longueur du trajet qui attend la Petite Amal. Cette marionnette, construite par la Handspring Puppet Company et par des ateliers de migrants, partira de la frontière turco-syrienne en avril 2021 pour rejoindre le festival de la ville de Manchester en juillet. Ce festival itinérant, organisé par Good Chance Theatre et appelé La Marche, a pour objectif de sensibiliser sur la question de l’accueil des migrants. La Petite Amal elle-même incarne une jeune migrante de 9 ans.

« On ne sait pas d’où elle vient, commente Claire Béjanin, présidente de l’association Good Chance France, qui participe à ce projet. Elle représente tous les enfants qui se retrouvent sur cette route. » Le personnage s’inspire toutefois de la pièce The Jungle, écrite par Joe Robertson et Joe Murphy, les fondateurs de Good Chance Theatre au Royaume-Uni, et qui reflète leurs expériences au sein de la Jungle de Calais.

« Les réfugiés ont besoin de nourriture et de couvertures, mais ils ont aussi besoin de pouvoir s’exprimer dans des conditions dignes, déclare Amir Nizar Zuabi, le directeur artistique, sur le site du projet. L’objectif de La Marche est de mettre l’accent sur l’immense potentiel des réfugiés et non sur leurs conditions désespérées. La Petite Amal est haute de 3,5 mètres parce que nous voulons que le monde se hisse à sa hauteur pour l’accueillir. Qu’elle nous inspire à être ambitieux et passer à l’action. » À chacune de ses étapes, la Petite Amal sera accueillie par du théâtre, de la musique, de la danse ou encore de la poésie.

Événements culturels

Claire Béjanin est productrice sur vingt-huit jours de ce festival, pour tout ce qui concerne la frontière française : la Suisse, l’Allemagne et la Belgique jusqu’à Calais, où la marionnette embarquera pour rejoindre l’Angleterre. « Petite Amal entrera en France par la vallée de la Roya où elle sera accueillie par Emmaüs. Comme les migrants, elle prendra un camion pour aller d’épate en étape puis marchera à l’entrée de chaque ville. »

La marionnette participera à des événements culturels tels que la biennale internationale de la danse de Lyon, passera à l’Institut du monde arabe ou encore au Parc de la Villette, ainsi que dans des tiers lieux et des structures associatives. « L’objectif est aussi d’emmener la Petite Amal sur tous types de territoires et de toucher différentes communautés, pas uniquement celles qui sont déjà informées sur les problématiques de la migration, précise Claire Béjanin. Nous travaillons avec des associations humanitaires et nous sommes en partenariat avec Léo Lagrange pour tout le travail réalisé avec les enfants et les adolescents. »

Des ateliers éducatifs seront ainsi mis en place tout au long du parcours. « Dans chaque endroit, des jeunes vont faire des reportages sur ce que fait Amal, ce qu’elle vit, et ce sera diffusé sur une chaîne YouTube », précise la présidente de Good Chance France.

Laisser une trace

Le programme de la Petite Amal n’est pas encore finalisé. « Tout le monde peut recevoir Amal, dans la mesure où on a un projet pour elle, ajoute-t-elle. Au fil de ses rencontres, la Petite Amal devrait évoluer. Au début, elle sera toute timide mais elle va s’enhardir progressivement. » À la façon d’un personnage.

Pour l’instant, le projet est financé par des fondations et le système privé. « Il y a eu une réponse magnifique des théâtres, précise toutefois Claire Béjanin. Good Chance Theatre continue néanmoins de lever des fonds. D’un point de vue économique, le projet n’a rien à voir avec une production internationale classique, avec un prix de cession. On ne dit pas : Amal coûte 20 000 euros, par exemple ! L’idée, c’est que tout le monde puisse l’accueillir avec ses propres moyens. Vous nous recevez, nous prendrons ce que vous nous donnerez, c’est un peu l’esprit, comme pour les migrants. L’équipe n’ira pas à l’hôtel. Il y aura un bus où on dormira, le camion de la Petite Amal et un quatre-quatre pour la logistique. »

L’objectif est aussi que le passage de la Petite Amal laisse des traces. Un fonds sera créé à partir de ce festival pour les enfants et migrants, notamment pour l’accès à l’éducation des filles.

Chloé GOUDENHOOFT

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Crédits photographiques : Bevan Roos



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