Instant classique – 3 novembre 1945… 75 ans jour pour jour. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Chostakovitch une symphonie courte et légère, très loin de la marche triomphale imaginée par Staline.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Staline s’attendait sans doute à une symphonie triomphale, une méga-consécration quand il apprend à la fin de l’été 1945 que Dimitri Chostakovitch a écrit (en un mois) une nouvelle symphonie. Après les septième et huitième, symphonies de guerre, terribles et violentes, intensément dramatiques, il fallait sans doute au dictateur une apothéose.

Et qu’entend-il, Staline, après la création de l’œuvre à Leningrad voici tout juste soixante-quinze ans ? La plus courte et la plus légère des symphonies de Chostakovitch. En cinq mouvements, ce dernier expédie la marche triomphale. Le premier mouvement, assez cocasse et vigoureux, fait entendre, justement, une sorte de marche grotesque introduite par un fracas de cuivres et de percussions un peu balourd et chanté par le piccolo un peu ridicule. D’aucuns assurent que le compositeur a décrit là rien moins que Staline… Mieux valait pour lui que ce dernier ne l’ait pas interprété ainsi. Le second mouvement, très mystérieux, un peu orientalisant et très dépouillé, précède une sorte de cavalcade très sarcastique. Puis le terrible largo, très dramatique, laisse la place à la fameuse, la vraie, la solennelle marche triomphale, encore plus grotesque, sorte de triomphe militaire tourné en ridicule.

Bref, Staline s’en est trouvé très, mais alors très très mécontent. Chostakovitch n’a, semble-t-il, évité le goulag que grâce à sa réputation. Moins de trois ans plus tard, il sera visé par le terrible rapport Jdanov et sera contraint à l’autocritique publique pour avoir la vie sauve. Son propre fils Maxime devra le condamner aux yeux de tous. Il devait encore s’estimer heureux.

On peut compter sur Kirill Kondrachine, dans une intégrale des symphonies de Chostakovitch restée légendaire, pour faire ressortir avec brio tout le grotesque de cette partition pourtant méconnue de son auteur.

Cédric MANUEL

 



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