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La mobilisation culturelle autour du jeune public en Gironde

La mobilisation culturelle autour du jeune public en Gironde
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Deux ans après la création d’une communauté d’intérêt artistique autour de l’enjeu culturel et artistique à l’adresse des enfants, le département de la Gironde a fait un tour de table de ses principaux acteurs. Où en est-on du « jeune public » et comment l’ouvrir à l’art ? Sophie Poirier a mené l’enquête pour l’IDDAC de la Gironde. Elle a dû concilier les questions très pratiques à celles plus artistiques.

Compagnies de théâtre, programmateurs, médiathèques, festivals, communautés de communes, sont autant des soixante-cinq structures mobilisées dans l’activité culturelle et artistique de la Gironde. De l’aide à la production à la médiation, en passant par la diffusion, la communauté « jeune public » doit jongler entre le désir d’ouvrir les enfants à la création et la réalité de l’implication des acteurs culturels. Quoi qu’il en soit, l’avantage d’une telle initiative est d’offrir une programmation artistique certaine et sur le moyen terme, dans une continuité, qui mobilise des acteurs autrefois étrangers à la culture dédiée au jeune public.

Un engagement renforcé

« Étant donné la place que prend le jeune public dans les créations, c’était le moment de faire un état des lieux, explique Sophie Poirier, qui a mené une enquête pour l’Institut départemental de développement artistique culturel (IDDAC) en Gironde. Nous avons voulu faire le tour des programmateurs, artistes, partenaires, pour ouvrir d’autres pistes de réflexion. »

Sophie Poirier a ainsi constaté « l’engagement de tous ces professionnels, quel que soit leur domaine, qu’ils soient responsables de programmation, au service culturel d’une mairie ou d’une communauté de communes ». La création de la communauté jeune public a donc permis des résultats probants dans la mobilisation des partenaires, notamment parce que « la création pour la jeunesse est beaucoup plus forte qu’il y a trente ans » – sachant qu’ils construisent aussi cette culture artistique. Et l’enquêtrice d’observer que « chacun a des enjeux très différents dans les relations même aux élus ». La fonction de l’IDDAC est précisément de faire le lien entre tous, de voir où en est le développement des projets pour le jeune public, afin de les aider à se développer au mieux avec les besoins du territoire.

L’entrée par la médiation et le spectacle dédiés à la jeunesse permet à des structures de s’ouvrir à la culture et d’entamer une politique dans ce sens, ce qui n’était pas forcément leur mission jusque-là. Comme les contrats territoriaux courent sur trois ans, les enfants (primaire et collège) ont accès à des ateliers ou spectacles durant ce temps. Cela crée aussi du lien, par exemple entre les médiathèques, un cinéma, le château de Cadillac, l’école primaire et une compagnie de théâtre, coordonné par la communauté de communes, avec le soutien du département et des enseignants. « C’est une sorte de toile d’araignée, une émulation, qui se met en place autour de la culture », qui apporte une certaine attractivité au territoire, notamment du côté des familles.

La place de l’art dans l’éducation et vice-versa

Comme le souligne Sophie Poirier, « certains considèrent que l’on fabrique le spectateur de demain, d’autres pas du tout ». « L’art doit vraiment être pris en compte dans l’éducation » selon elle ; certains artistes estiment d’ailleurs que l’art est une mission d’éducation à part entière. Ainsi, « la rencontre avec l’artiste lui-même dans les classes, avec son style et ses hésitations, est aussi un moyen pour les enfants de voir autre chose, d’être en interaction avec des professions qu’ils ne connaissent pas forcément ».

Cette notion d’éducation passe aussi par l’éveil et l’expérience, Sarah Dechelotte, responsable de la programmation à la direction de la culture de Pessac, estime que « l’idée n’est pas qu’ils soient forcément marqués par le spectacle mais que, sur le moment, ils vivent quelque chose, qu’ils en gardent quelque chose, qu’ils puissent partager avec les parents ou les grands-parents, à l’école… Que ça les aide à grandir, à s’épanouir, à s’ouvrir aux autres et au monde ! »

Dans certains ateliers organisés en primaire, « c’est parfois extraordinaire ce qu’il se passe, que ce soit de les voir composer ensemble une chanson ou danser, lorsque chaque enfant selon son caractère s’embarque avec l’artiste », a pu être témoin Sophie Poirier. Des initiatives intéressantes pour l’éducation sont aussi à noter, comme le club théâtre à Bordeaux. Après avoir vu trois ou quatre spectacles, chaque enfant se voit remettre un carnet. « Cela leur permet de réfléchir à ce qu’ils ont vu de manière intime, sans faire l’objet d’un contrôle par l’enseignant. »

Ce type de démarche est d’autant plus important à une époque où la jeune génération est celle de l’iPad, du numérique et d’internet, où les enfants sont souvent passifs et confrontés à des contenus qui ne sont pas toujours de leur âge.

La politique culturelle aux prises avec la réalité du métier : l’épine de la médiation

L’art et l’éducation sont étroitement liés, mais le risque peut être parfois de trop intégrer la responsabilité éducative dans les activités artistiques, au détriment de la découverte pure de l’art. L’apport de la médiation, vecteur entre le jeune public et la création, paraît bientôt avoir ses limites.

La grande place qu’elle a prise dans l’essor de la création jeune public peut se résumer par les propos de Thibaud Keller, directeur du Champ de Foire, à Saint-André-de-Cubzac : « Nous sommes passés de l’illusion que si on met l’enfant devant l’œuvre, il va avoir un flash qui va changer sa vie. C’est assez rare quand même… Donc nous sommes passés à la mise en place, indispensable, d’un accompagnement vers la découverte, tout simplement. » Cette vision se confronte à celle d’autres acteurs de la médiation, comme celle de Lottie Amouroux, assistante médiation et communication du Cerisier, coordinatrice du festival Les Petites Cerises de Bordeaux : « Un enfant, même s’il ne capte pas tout du propos, comprend toujours quelque chose, il faut compter sur son imaginaire, il faut lui laisser la place… Un enfant a une capacité à raisonner. Il ne faut pas l’oublier. »

« Des artistes se sont mis à faire de la médiation parce qu’il y a des budgets dédiés à cela », observe Sophie Poirier. Cette adaptation des artistes à la politique culturelle pose en revanche certaines questions. En effet, les artistes sont-ils là pour pallier les vides de l’éducation ? Ou est-ce plutôt aux enseignants, programmateurs, assistantes maternelles et autres adultes en charge des enfants d’assurer cette médiation entre l’art et le jeune public ? Car pour la majorité, « les artistes parlent d’abord de création, tout en prenant en compte la spécificité du jeune public ». La médiation reste en marge de leur activité.

D’ailleurs, l’un des résultats de l’enquête est d’avoir donné la parole aux artistes, autant qu’aux programmateurs ou services culturels. « Cela a permis de se rendre compte des limites de certaines actions de médiation, auxquelles les artistes répondent volontiers mais qui impliquent un travail, un savoir-faire et du temps supplémentaire. » Sans compter les questions très pratiques et financières pour la mise en place : par exemple, quand les salles reçoivent de petits effectifs d’enfants, parfois une simple classe, les artistes font plusieurs représentations par jour et doivent en plus assurer l’activité de médiation.

Le dialogue ainsi réalisé entre les différents partenaires de la culture de Gironde, même s’il reste à approfondir, offre une meilleure visibilité pour toute action menée en faveur de l’éducation pour la jeunesse.

Louise ALMÉRAS

Lire l’enquête complète : site de l’IDDAC



Photographie de Une « Toi, moi, dix doigts » par la Cie Éclat (crédits : Frédéric Desmesure)



 

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