La région Sud consacre aux arts et à la culture un budget de près de 3 %, soit 1 % de plus que la moyenne française. Ce budget – le seul à l’être dans la région, avec celui pour la jeunesse – est désormais sanctuarisé, alors même que les subventions de l’État sont à la baisse.

La région Sud se targue d’être une « terre culturelle d’exception », avec « le plus grand choix de festivals au monde, avec plus de 1 200 manifestations par an, dont plus de 360 soutenues par la région ». Si l’on peut s’interroger sur la « festivisation » des arts, qui concentre en un temps éphémère la puissance créative française au détriment parfois d’une vie artistique quotidienne assumée à partir des droits culturels, le soutien apporté par la région reste tout de même majeur.

Augmentation générale de 10 % du budget culturel depuis 2015

Le vendredi 12 juillet dernier, de passage dans la Cité des papes et avant de rejoindre les Chorégies d’Orange, Renaud Muselier, président de la région, a fait le point sur les actions menées par la collectivité territoriale, partenaire du festival d’Avignon et du Off.

« Il faut se rappeler que nous avons été élus dans des circonstances bien particulières, avec le soutien du monde de la culture, souligne le président de la région. Dans notre logiciel, dans notre conception de l’engagement politique, il est clair que connaître les autres cultures – du bassin méditerranéen, ce berceau civilisationnel –, c’est connaître l’autre, et mieux le respecter. C’est ce qui est essentiel dans ma démarche politique. »

La question des moyens a ensuite été évoquée. Ils sont de plus en plus importants, puisque Renaud Muselier évoque par exemple une augmentation de 38 % de la subvention apportée au seul festival d’Avignon depuis 2015, à hauteur maintenant de 800 000 €. Plus généralement, le président de la région parle d’une augmentation générale de 10 % du budget culturel, ce qui représente aujourd’hui 53 M€, soit près de 3 % du budget régional.

« Le budget de la culture est, avec le budget consacré à la jeunesse, le seul à avoir été sanctuarisé, poursuit Renaud Muselier, car nous voulons aider ceux qui souffrent, les petits comme les grands festivals… » D’où une présence intensifiée de la région, non seulement financièrement, mais encore physiquement : une petite « ambassade culturelle » – selon l’expression du conseiller régional Michel Bissière – sous la forme d’une péniche amarrée sur le Rhône accueille depuis trois ans (pendant une petite semaine), au nom de la région, différentes manifestations culturelles et professionnelles, notamment la création en 2019 d’un prix de la jeune création.

Dynamique partagée à Avignon

Cette dynamique régionale est confirmée par Olivier Py, natif de Grasse dans les Alpes-Maritimes, qui a constaté le retard de la culture dans la région, contrairement à d’autres territoires, lorsqu’il était jeune. « Lorsque j’étais adolescent, la culture – et notamment sa démocratisation – était très en retard par rapport à d’autres régions, se souvient le directeur du festival d’Avignon. Il y avait Avignon et Aix, mais la culture n’irriguait pas tout le territoire. Or j’ai toujours pensé que la culture était un avantage central pour la région, mais un peu sous-estimé. J’ai été heureux de voir que nous partagions avec Christian Estrosi la même idée, notamment de faire de la culture une grande et belle dynamique pour la région. »

Lorsque Paul Rondin et Olivier Py arrivent à la direction du festival, ils mettent ainsi en place une série de partenariats et d’actions en faveur de quartiers dits « empêchés », c’est-à-dire privés d’un accès facile aux propositions artistiques. Autant d’initiatives soutenues par Christian Estrosi et par son successeur Renaud Muselier.

La liberté par la sensibilisation artistique

« J’ai la conviction profonde que sans un lien fort avec la création et les créateurs, c’est tout un pan de la vie d’un territoire et de ses habitants qui est renié, affirme de son côté Christian Estrosi, président délégué de la région et maire actuel de Nice. L’être humain est libre s’il peut construire son jugement en usant aussi de sa sensibilité. Or qui peut mieux que les artistes lui permettre cet épanouissement magnifique ? »

C’est cette vision même qui a poussé l’ancien président de la région à initier « des choix budgétaires très audacieux en matière de culture » au lendemain de son élection à la présidence régionale (poste qu’il quitte en 2017 pour se présenter à la mairie de Nice), et à présider la Régie culturelle – organe de la région pour accompagner les artistes.

Pierre MONASTIER



Crédits photographiques : Jean-Pierre Garufi