Lieu de résidence et de diffusion, la Transverse est une fabrique de spectacles située à Corbigny, dans la Nièvre ; elle fête ses dix ans cette année. Une structure qui accompagne la création et qui se positionne en véritable soutien aux compagnies, en souhaitant proposer des projets de scène ouverte sur tout le territoire rural de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Fondée et dirigée par Pascal Dores, auparavant directeur artistique de la compagnie Métalovoice, la Transverse est née d’un projet culturel pour le territoire, porté par l’équipe municipale de Corbigny, dans la Nièvre, dont le maire de l’époque était Jean-Paul Magnon.

De l’abbaye à l’usine

« On est venu s’installer ici à la demande de la mairie avec, dans nos bagages, une envie de lieu qui s’est transformée rapidement en un lieu concret à partager avec d’autres compagnies, se souvient Pascal Dores. L’ancienne mairie était très partie prenante de la culture. »

C’est au sein de l’abbaye de Corbigny, restaurée depuis, que le projet est d’abord pensé : « Les élus locaux avaient décidé d’inscrire l’abbaye aux monuments historiques. Pour ce faire, il fallait porter un projet ; leur choix s’étant porté sur un projet culturel, ils ont fait venir des compagnies professionnelles. »

L’architecture de l’abbaye n’offrant pas les conditions matérielles optimales pour créer des spectacles, un autre bâtiment est finalement choisi : « Ça ne convenait pas, confirme le directeur de la Transverve. On avait besoin de salles, de lieux de construction, de zones de stockage… On était plutôt dans des dimensions foraines, donc ils nous ont finalement proposé une ancienne usine. »

 »Les artistes sont un peu comme à la maison »

Pourquoi la Transverse ? « C’est l’idée de transcender, d’aller au-delà des murs, de ne pas avoir un outil fermé mais de fabriquer des choses destinées à aller dehors, vers le territoire » explique Pascal Dores.

Le bâtiment de cette ancienne usine Photosac, qui fabriquait – entre autres – des sacoches pour appareils Kodak, accueille les compagnies dans un espace de travail de 440 m2, chauffé, avec cuisine aménagée et sanitaires. À noter que les frais de déplacement, d’hébergement, de nourriture et la mise à disposition de moyens techniques si nécessaire sont pris en charge par l’établissement.

« On accueille vingt-quatre projets de résidence à l’année, ajoute le directeur de cette structure qui est en majorité financée par la DRAC Bourgogne-Franche-Comté, ainsi que par la région et le département. On laisse les clefs aux artistes si bien que, quand ils viennent, ils sont un peu comme à la maison. »

Une reprise plus ou moins confidentielle

Pendant la crise sanitaire, la structure s’est efforcée de soutenir les artistes en programmant plus de résidences qu’à l’accoutumée. « Les artistes se sont jetés sur la fabrication de spectacles ou leur amélioration, raconte Pascal Dores. On a eu énormément de demandes de résidences supplémentaires, qu’on a essayé d’ajouter dans notre programme. »

Si l’activité redémarre, il ajoute que ça ne se fait pas de manière homogène. « Ce n’est pas une reprise tout à fait normale… Tous les festivals ne sont pas des festivals habituels ; certains se montent avec des rendez-vous plus secrets ou plus axés sur les professionnels. »

Les trois prochains rendez-vous organisés par la Transverse auront lieu le premier week-end de juillet, à Aligny-en-Morvan, Château-Chinon et Lormes. Pour la première fois, la structure est sollicitée pour la programmation du festival de Lormes, qui devient le festival C dans la rue (cirque nouveau et chanson française) et qui se tiendra les 23, 24 et 25 juillet.

Pour une scène dématérialisée

L’équipe privilégie la variété des spectacles, pour une scène dématérialisée. En effet tout le territoire devient potentiellement une scène ouverte. « Dans les salles, tout est codifié : on s’adresse souvent aux mêmes gens ! Il y a un principe aussi de consommation, on est dans un rapport marchand, relève Pascal Dores. Dans les arts de la rue, au contraire, il y a quelque chose de gratuit… Les choses se passent là où habitent les gens, il y a un accès plus simple aux spectacles. »

Les artistes tirent parti de l’implantation rurale du lieu en proposant par exemple des spectacles au sein de stabulations, en forêt ou au milieu des prés : « On a eu la sortie de résidence, début mai, de la compagnie Walter et Joséphine, qui présentait son projet Choses. Le public avait rendez-vous sur un parking, puis on marchait sur le lieu du spectacle, dans un bois : c’est assez magique. »

Le Club des Six

Pour Pascal Dores, le territoire est dynamique, avec un public au rendez-vous, trois espaces de création et douze structures artistiques et culturelles implantées sur la communauté de communes Tannay-Brinon-Corbigny.

La Transverse est par ailleurs membre du ‘‘Club des Six’’, avec l’Abattoir, CNAREP de Chalon-sur-Saône, l’association Alarue de Nevers, l’association Hors Limites de Besançon, le Studio des 3 oranges et la Vache qui rue, portés respectivement par le théâtre de l’Unité à Audincourt et par Théâtre Group’ à Moirans-en-Montagne. Créé lors du rapprochement des régions, ce réseau facilite le développement d’actions de soutien à la création pour les compagnies et permet d’apporter des moyens aux productions de spectacles.

La Transverse souhaite donc mener un rôle d’accompagnement à la création et de diffusion de spectacles de rue, sur un territoire rural où les projets fleurissent tout terrain. Un lieu de résidence où les artistes n’ont aucune contrainte, qui défend la création dans l’espace public.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgone-Franche-Comté

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En savoir plus : La Transverse à Corbigny

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