Metteure en scène, comédienne et chantre de la langue française, Layla Metssitane a parcouru le monde avec sa pièce Stupeur et tremblements (Albin Michel), inspirée du roman de l’auteur belge Amélie Nothomb, grand prix de l’Académie française en 1999. Les Alliances françaises ont ainsi soutenu à travers elle la langue française et la femme, deux objets désirés et remis en question. Rencontre.

Au départ, c’est une représentation à Paris de sa pièce Stupeur et tremblements qui intéresse la Fondation Alliance française. C’est le début d’une tournée de cinq ans autour du monde, avec près de… 300 dates. Le texte, qui met en lumière la place de la femme et soulève bien des enjeux, n’a pas fini d’être utile et nécessaire.

La place de la femme, une question toujours d’actualité

Layla Metssitane remarque que, au-delà de sa relation avec le public, « c’est aussi la rencontre avec Amélie Nothomb, une auteure belge », qui compte dans ses représentations. Car la mission de la Fondation Alliance française est avant tout de faire rayonner la langue française, bien que le travail soit à la fois pédagogique et culturel. « La tournée m’a permis de me rendre compte qu’il n’y a pas « une » langue française mais « des » langues françaises, entre la Belgique, le Québec, la France et la Suisse. Il y a aussi des territoires, comme l’Amérique du Sud, qui ont un véritable intérêt pour la langue française et ce qu’elle véhicule. Ça a été formidable pour moi de pouvoir rencontrer différentes cultures autour d’une même œuvre », ajoute-t-elle.

Le spectacle parle de la place de la femme en une heure et quart. Ce « statut », récemment décrié et soumis à de multiples remous, à travers le monde du cinéma notamment, mérite toujours autant d’attention. « Que l’on se trouve en Australie, au Guatemala, au Canada, au Pakistan — où c’était très émouvant — ou au Chili, dans des pays développés ou pauvres, l’image de la femme est différente », explique Layla Metssitane. Et l’artiste de déplorer qu’« il y ait beaucoup de travail à faire, encore bien du chemin à parcourir, quant à la place de la femme » dans le monde.

En 2012, la comédienne a commencé par la Bolivie et le Venezuela, pour finir sa tournée à l’Île de Pâques cette année. L’enjeu n’était pas tant de se représenter que d’incarner à elle seule la diversité de la langue française ; Layla Metssitane se présente en effet comme une « comédienne française d’origine marocaine, qui travaille sur un texte d’une auteure belge ». Au final, cela revient selon elle à s’interroger sur : « Qu’est-ce que communiquer en français ? »

Le français et l’universel

Layla Metssitane par Alain Misrachi

Jouer au théâtre, c’est être en prise avec son public. Comment se lier avec lui quand sa culture est différente ? William Shakespeare avait déjà eu l’intuition du voyage culturel, et du sens universel de ce dernier, pour sa pièce Hamlet, qu’il fit jouer et voyager grâce au navire « Le Dragon Rouge » le long des côtes. Des siècles plus tard, la force du texte d’Amélie Nothomb traverse aussi aisément les frontières. Mais la langue française y est aussi pour quelque chose.

« Quand il se passe quelque chose en France, tout le monde m’en parle lorsque je suis en tournée à l’étranger ; ça a des répercussions hallucinantes », explique Layla Metssitane. Au moment du débat autour du mariage unisexe, par exemple, l’artiste se trouvait au Brésil : « Lors des conférences de presse, tout le monde m’interrogeait à ce sujet. Être une artiste représentée par les institutions suppose aussi de représenter la France ». Idem lorsque les attentats frappèrent durement la capitale : « Tous mes amis Facebook ont mis leur photo de profil avec le drapeau bleu, blanc, rouge. La France est épiée, et beaucoup se sentent concernés par ce qui s’y passe. »

Nombre de pays se mettent ainsi au diapason de l’Hexagone, par amour pour l’histoire et la culture que la France développe depuis plusieurs siècles. « Je me suis vraiment rendue compte que la France était très aimée. Sa langue est celle de la diplomatie, du savoir, du bon goût. J’ai rencontré des personnes qui n’ont jamais été dans un pays francophone et qui parlent le français de manière impeccable. Cela m’a permis d’être reçue pleinement comme une artiste française, ce qui n’est pas toujours le cas en France », raconte l’artiste, pourtant passionnée par son pays.

De l’émotion au rire : du neuf et du divers

Un autre élément suscite également l’intérêt de ces pays si lointains, si différents de la culture française, celui qui permet de réunir en une même salle, en un même mouvement intérieur, des peuples ou des personnes singulières : l’émotion.

« D’une représentation à l’autre, on ne reste pas indemne des relations et des réactions du public, confie-t-elle. Avec l’émotion, la perte d’un être, une tragédie, nous touchons à quelque chose de plus universel. C’est un cadeau énorme car, grâce à la Fondation et aux Alliances françaises, je n’ai pas souffert de lassitude avec la diversité des publics… À chaque fois, c’est nouveau. »

Et pardessus tout, le rire ! « Rire ensemble n’est pas toujours évident, constate Layla Metssitane. Quand on parvient à rire avec eux, alors qu’on ne rit pas de la même chose dès lors qu’on est de Bolivie ou de Nouvelle-Zélande », c’est effectivement une réussite, et un cadeau.

La comédienne n’a compté ni son énergie ni son temps pour parcourir ces pays où sa pièce aurait pu passer à côté de son but. Mais elle est parvenue à faire vibrer une diversité d’âmes, aux sons de la France et de la femme.

Louise ALMÉRAS



Photographie de Une – Layla Metssitane (crédits : Carlotta Forsberg)