Lancée au cours de la pandémie, l’association Les Gens du spectacle souhaite fédérer tous les artisans du secteur pour trouver des solutions d’urgence et, à plus long terme, travailler sur l’évolution des métiers et les conditions de travail, à travers notamment des États généraux du spectacle.

Faire bouger les lignes au cœur même de la crise face au coronavirus et ce, quel que soit le statut des professionnels du spectacle, tel est l’objectif de la nouvelle association Les Gens du spectacle (LGDS). « Nous sommes un groupe a-syndical et apolitique qui rassemble des indépendants, des artisans du spectacle et des intermittents, explique Olivier Simenhaus, technicien du spectacle et président de LGDS. Nous ne travaillons pas contre les syndicats, nombre d’entre nous sont affiliés et ce sont des outils qu’il faut continuer à utiliser, mais nous voulions faire entendre nos voix de façon différente. Il fallait sortir du schéma habituel des revendications, au-delà des clivages salariés-patrons, et être plus soudés entre les différentes activités pour parler de la reprise du travail dans des conditions sanitaires viables. »

Année blanche

Créée au cours de la pandémie par des collègues et des amis, cette association a démarré en avril sous la forme d’une page Facebook qui rassemble aujourd’hui plus de 16 000 abonnés. LGDS est ensuite devenue une association en juillet. Sa spécificité, selon le président, est donc de fédérer différents statuts sous une même bannière mais aussi de travailler avec les autres groupes qui se sont formés lors de cette crise, comme les Artisans du spectacle ou encore les Freelances de l’événementiel.

« Nous rassemblons beaucoup de techniciens des grosses salles et de la variété, alors que les syndicats regroupent beaucoup de jeunes théâtres, précise-t-il. Mais nous voulons donc rassembler tout le monde. Le secteur regroupe 60 % d’intermittents, 20 % d’indépendants et 20 % de personnes au régime général. Pour faire un spectacle, on a besoin de tout ce monde. On a été les premiers à arrêter avec l’interdiction des rassemblements de plus de 5 000 personnes le 29 février et on sera les derniers à reprendre. C’est toute une profession qui est touchée de plein fouet. »

LGDS a pour premier objectif de travailler sur les difficultés entraînées par la situation sanitaire. Des lettres ont été envoyées à des députés et des sénateurs, et deux rendez-vous ont déjà eu lieu avec des représentants ministériels et de la Direction générale de la création artistique en janvier et février. Une prochaine réunion devrait se tenir début mars.

« Nos interlocuteurs sont très à l’écoute mais au moment de répondre aux questions, ils bottent en touche, souligne le président. On reste dans le brouillard. » Parmi les propositions avancées, il y a tout d’abord la prolongation de l’année blanche pour l’intermittence jusqu’en mars 2022. Vient ensuite la question des primo-rentrants. « Vingt mille personnes ont perdu leur régime et sont dans une détresse financière très grave, poursuit Olivier Simenhaus. Quant au prêt garanti de l’État qui est à 2,5 %, nous demandons qu’il soit baissé à 0 %. Des petites entreprises vont se retrouver très endettées après la crise. »

Travail horizontal

Selon le président, il y aurait aussi un risque de baisse de salaire à la reprise, de sorte que l’association demande un encadrement juridique pour éviter que cette situation, si elle advient, ne perdure dans le temps. L’association soutient aussi des propositions avancées par les autres nouveaux groupes. « Nous appuyons par exemple l’idée d’une reprise des festivals avec une jauge réduite ou encore le protocole sanitaire avancé par les Artisans du spectacle qui implique un sens de circulation du public ou la mise à disposition de gel hydro-alcoolique, confirme Olivier Simenhaus. Ce protocole a été donné au ministère en août mais ils n’ont toujours pas eu de réponse. C’est difficile de faire bouger les lignes en face de la machine politique. »

L’association compte enfin jouer un rôle à plus long terme. « L’objectif serait de faire évoluer le métier et de fédérer la profession mais d’une autre manière que les syndicats classiques et avec la mise en place d’état généraux du spectacle pour travailler sur les conditions de travail », explique Olivier Simenhaus. L’association souhaiterait aussi travailler en horizontal avec tous les ministères. « Nous discutons aussi avec les transports, le tourisme, l’économie… On nous renvoie toujours d’un ministère à l’autre. Pour l’année blanche, par exemple, la Culture nous dit que c’est le ministère du Travail, puis on nous dit que l’Économie bloque l’argent… »

 Chloé GOUDENHOOFT

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En savoir plus : Les Gens du Spectacle

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