Instant classique – 26 février 1879… Altiste renommé et grand chef d’orchestre, Frank Bridge a produit beaucoup de pièces pour la musique de chambre, parfois pour orchestre, ainsi que d’innombrables mélodies. Hommage tout en douceur pré-printanière à l’occasion du 142e anniversaire du compositeur.

Eh oui, il n’y a pas que le géant Victor Hugo qui soit né un 26 février (joyeux anniversaire aussi, mon cher Totor !), il y a aussi un compositeur britannique bien ignoré chez nous et qui pourtant fait mentir – lui aussi – l’adage selon lequel il n’y a pas eu de grands musiciens en Angleterre de Purcell jusqu’à Elgar et Vaughan Williams, et que les Anglais avaient importé tous les autres, de Haendel à Haydn en passant par Mendelssohn… Elgar, qui était par ailleurs l’aîné de vingt-deux ans, tout de même, de celui dont nous parlons aujourd’hui : Frank Bridge, cent quarante-deux ans aujourd’hui.

Né à Brighton, il entre à vingt ans au prestigieux Royal College of Music (où il deviendra lui-même professeur) et devient l’altiste d’un grand nombre de quatuors à cordes. C’est d’ailleurs dans la musique de chambre – même s’il aura une grande carrière de chef d’orchestre – qu’il construit sa renommée, sponsorisé par la grande mécène Elizabeth Coolidge. Il a ainsi produit énormément de pièces souvent courtes pour la musique de chambre, quelques-unes pour orchestre de plus ou moins grande taille et d’innombrables mélodies, selon deux grandes périodes, dont la charnière est la Première Guerre mondiale, qui le laisse totalement sidéré et profondément marqué, même s’il n’y a pas participé.

Avant la guerre, sa production est très influencée par les romantiques, Brahms en tête, et après, il se tourne vers les techniques plus modernistes, s’affranchissant de la tonalité notamment. La guerre ancre en lui un pacifisme très profond, qui marque tout aussi fortement son principal élève, Benjamin Britten. Ce dernier couvre toute sa vie d’éloges l’enseignement de Frank Bridge, qui lui donne lors de son exil aux États-Unis en 1939 son propre alto, en lui souhaitant « Bon voyage et bon retour ». Ils ne se revoient jamais, Bridge disparaissant en 1941, peu avant ses soixante-deux ans.

Parmi ses courtes pièces, j’ai choisi les quatre pour violoncelles et piano – ce type de morceau est souvent interchangeable avec le violon, la flûte ou même parfois la contrebasse – pour leur poésie et leur finesse, idéale pour un jour de pré-printemps comme aujourd’hui. Cent quarante-deux ans ça vaut bien un peu de douceur !

Cédric MANUEL



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Rubrique : « Le saviez-vous ? »