Comme chaque année, le célèbre magazine français Les Cahiers du Cinéma vient de publier sa liste des dix meilleurs films, dans le numéro du mois de décembre. Parmi les grands absents de ce palmarès, les deux films primés à Cannes : I, Daniel Blake de Ken Loach (Palme d’or) et Juste la fin du monde de Xavier Dolan (Grand Prix). Quels sont donc les chefs-d’œuvre du 7e art, parus au cours de l’année 2016, qui ont été plébiscités par les différents critiques du journal ?

Découvrez aussi le classement du fameux British Film Institute en bas de l’article.

10. Claire Simon : Le Bois dont les rêves sont faits (France)

Claire Simon développe année après année une œuvre documentaire atypique, entre réalité et fiction : « Dans mon travail documentaire, j’ai essayé de trouver des situations de fiction, non pas au sens où il y aurait des acteurs, mais où la référence serait la fiction. J’ai essayé de filmer des gens qui étaient d’une certaine manière travaillés par la mythologie de la fiction. »

Synopsis – Le Bois dont les rêves sont faits s’intéresse à la forêt de Vincennes, aux événements qui s’y déroulent, aux visiteurs d’un jour et aux promeneurs coutumiers des lieux, au bruissement des arbres et à la poésie de l’eau qui la traverse…

9. Todd Haynes : Carol (Royaume-Uni, États-Unis)

Nominé dans de très nombreux festivals, Carol a triomphé au New York Film Critics Circle Awards en 2015, en obtenant quatre prix : meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure photographie. Rooney Mara a par ailleurs obtenu, la même année, le Prix d’interprétation féminine au festival de Cannes.

Synopsis – Dans le New York des années 1950, Therese (Rooney Mara), jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol (Cate Blanchett), femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

8. Antonin Peretjatko : La Loi de la jungle (France)

Deuxième film d’Antonin Peretjatko, après La Fille du 14 juillet (2013), la comédie La Loi de la jungle est d’une grande originalité. Le jeune cinéaste fut le lauréat 2014 de la Fondation Gan pour le Cinéma.

Synopsis – Marc Châtaigne, un stagiaire du Ministère de la Norme, est envoyé en Guyane pour la mise aux normes européennes du chantier GUYANEIGE : première piste de ski d’Amazonie, destinée à relancer le tourisme en Guyane. Sur place, il va rencontrer Tarzan, jolie stagiaire à l’Office National des Forêts avec qui il va se perdre dans la jungle et vivre une aventure qui le mènera loin.

7. Alain Guiraudie : Rester vertical (France)

En compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, Rester vertical est une réflexion métaphorique sur les loups de notre monde contemporain – nos peurs : « Rester vertical est semé de moments sublimes, d’idées fortes et de grands moments de mise en scène. […] Plus le film avance et plus le « loup » revêt une dimension mythologique, pour désigner symboliquement la ligue obscure de toutes ces forces qui menacent le vivant, la liberté, la création, le désir, le nomadisme existentiel, dans un monde de moins en moins habitable » (Matthieu Macheret, Le Monde).

Synopsis – Alors qu’il cherche le loup sur un causse en Lozère, Léo, scénariste breton fauché et à cours d’idées rencontre une bergère prénommée Marie, qui élève seule ses deux enfants à la ferme de son père. Armée d’un fusil, elle protège son troupeau de brebis des attaques destructrices du loup. Tous deux solitaires et en mal d’amour s’éprennent rapidement l’un de l’autre, rencontre de laquelle naîtra un bébé. Au cours de ses déplacements en Lozère, Léo rencontre Yoan, un jeune homme désœuvré qui vit chez le vieux Marcel, un nostalgique bougon de Pink Floyd qui écoute sa chaîne hifi à plein volume à longueur de journée. Des relations étranges naissent entre ces trois individus tous aussi perdus dans la vie les uns que les autres, pour des motifs différents.

6. Pedro Almodóvar : Julieta (Espagne)

En compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, Julieta est le film choisi par l’Espagne pour l’Oscar du meilleur film étranger. Pedro Almodovar, dans une interview publiée sur Profession Spectacle, reconnaît s’être inspiré des nouvelles d’Alice Munro. Fatalité et culpabilité sont au cœur de cette œuvre dramatique : « Je crois aux répétitions et aux essais : l’être humain se retrouve souvent sans le vouloir dans des situations qu’il a déjà vécues par le passé, comme si la vie nous offrait une chance de répéter les moments les plus durs de l’existence avant qu’ils n’arrivent vraiment. »

Synopsis – À la veille de quitter Madrid pour s’installer au Portugal avec son amant Lorenzo, Julieta rencontre fortuitement Beatriz, amie d’enfance de sa fille Antía. Elle apprend ainsi que cette fille, partie sans plus donner de nouvelles il y a plus de douze ans, vit encore, en Suisse, avec trois enfants. Julieta décide alors de rester à Madrid, dans l’immeuble qu’elle occupait autrefois, et de se confronter à ses souvenirs, à sa solitude, à sa folie. Elle écrit à Antía tout ce qu’elle n’a pas eu l’occasion de lui dire, en commençant par la nuit où elle a rencontré son père Xoan, lors d’un voyage en train

5. Bruno Dumont : Ma Loute (France)

Véritable ovni cinématographique, Ma Loute était également en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes. Parmi les grands médias, seul Télérama – en la personne de Pierre Murat – a descendu le film, lui reprochant sa « misandrie. Vraie ou fausse. Revendiquée, en tout cas. C’est une impasse ». Pour Vincent Malausa au contraire, « il témoigne avant tout de la monstrueuse faculté d’absorption d’une œuvre dont la propension à la démesure semble aujourd’hui sans limites » (Les Cahiers du Cinéma).

Synopsis – Été 1910. En baie de la Slack sur la Côte d’Opale, l’inspecteur Machin et son adjoint Malfoy enquêtent sur de mystérieuses disparitions. Ils se retrouvent, malgré eux, au milieu d’une histoire d’amour entre Ma Loute, fils aîné d’une famille de pêcheurs aux mœurs particulières, et Billie Van Peteghem, la benjamine d’une famille de riches bourgeois lillois décadents.

4. Kleber Mendonça Filho : Aquarius (Brésil, France)

S’il est un film qui fit l’objet d’une censure répétée cette année, c’est probablement Aquarius. Alors que le film ne comporte aucune scène violente et très peu de sexe, il a été interdit au moins de 18 ans au Brésil et a été dédaigné par le comité de sélection national pour être le candidat brésilien à l’Oscar du meilleur film étranger. La raison ? Les artistes du films ont protesté contre la procédure de destitution de Dilma Rousseff, lors du dernier festival de Cannes, où le film était en compétition officielle. S’il n’a rien obtenu à Cannes, le film a remporté le Prix du meilleur film à Sydney, deux Prix du Jury à Lima et à Biarritz, ainsi que deux Prix d’interprétation féminine dans ces deux dernières villes.

Synopsis – Recife, 1980. Clara, qui vient de réchapper d’un cancer du sein, organise la fête d’anniversaire de sa tante âgée de 70 ans. Plus de trente ans après, sexagénaire et ancienne critique musicale, Clara habite toujours dans « l’Aquarius », immeuble de caractère des années 1940 situé en bord de mer. Un promoteur a racheté tous les autres appartements et les a vidés de leurs occupants. Clara est la seule à refuser de partir. S’ensuivent harcèlement et intimidation qui troublent Clara et l’amènent à repenser à sa vie.

3. Nicolas Winding Refn : The Neon Demon (États-Unis, Danemark, France)

En compétition officielle lors du dernier festival de Cannes (eh oui ! lui aussi…), The Neon Demon est un thriller particulièrement sombre, qui suscite un vif débat parmi les critiques. Philippe Guedj (Le Point) parle d’« un clip chichiteux et mortifère, un conte de fées techno, prétentieux et vaguement provoc' », tandis que Danielle Attali (Le Journal du dimanche) évoque quant à elle un « vide [qui] habite cet exercice de style vain et hypersophistiqué ». Pour Cyril Béghin (Cahiers du Cinéma), il en va tout autrement : « The Neon Demon n’est pas une énième fable de chair fraîche pervertie et dévorée par la société du spectacle, c’est la mise en scène d’une hantise réciproque jusque dans les moindres détails de l’image. La beauté captive autant qu’elle est capturée, la morale est simple mais elle n’avait jamais été portée à cette extrémité indémêlable. »

Synopsis – Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante, sa beauté et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

2. Paul Verhoeven : Elle (France, Allemagne)

C’est lui, notre champion français pour l’Oscar du meilleur film étranger ! Adapté du roman Oh de Philippe Djian, Elle est le 16e long-métrage réalisé par Paul Verhoeven (Basic InstinctTotal Recall…). Il a été présenté en première mondiale en compétition lors du dernier festival international de Cannes. La presse française fut presque unanime pour saluer le film. Jean-Philippe Tessé, des Cahiers du cinéma, parle d’un « film très noir et très drôle, un film vraiment tordu et vraiment fou », tandis que Danièle Heymann parle de cette œuvre, dans Marianne, comme d’une « rencontre prédestinée entre un cinéaste culte et une actrice intrépide ». Quant à Jean-Baptiste Morain des Inrocks, il le voyait déjà en haut de l’affiche, avec une palme d’or… à défaut, un Oscar ?

Synopsis – Michèle (Isabelle Huppert) fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Quelques semaines avant Noël, elle se réveille sur le sol de sa maison, violée. De l’agresseur (Laurent Lafitte), elle ne garde aucun souvenir. Pourtant, elle sent bien qu’il est là, qu’il rôde toujours… Sans le savoir, elle est en train de glisser dans une spirale où les souvenirs, le sexe et la mort se court-circuitent à si vive allure, qu’elle risque à tout moment de s’y perdre.

1. Maren Ade : Toni Erdmann (Allemagne, Autriche)

Pour beaucoup de professionnels du cinéma, Toni Erdmann aurait dû obtenir la Palme d’or à Cannes, et pas seulement le Prix de la critique internationale. Le film s’est bien rattrapé depuis, en décrochant le Grand Prix 2016 de la FIPRESCI, le Golden Iris Award au Brussels Film Festival ou encore le Prix Lux du Parlement européen 2016. À l’exception de Pierre Murat (encore lui) dans Télérama, la critique tout entière a ovationné cette œuvre, véritable leçon de cinéma. Pour Stéphane Delorme, des Cahiers du Cinéma : « Le triomphe à Cannes, qui ne doit surtout pas faire croire à un film consensuel, c’était tout simplement le choc de voir un chef-d’œuvre ». Ni plus ni moins.

Synopsis – Winfried Conradi, un enseignant allemand d’une soixantaine d’années, va rendre une visite surprise à sa fille Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest. Alors qu’elle essaye de négocier un contrat d’externalisation très important pour sa carrière, il s’immisce dans sa vie professionnelle et personnelle afin de la faire réfléchir sur elle-même, dans une série de situations inattendues qui la déstabilisent. Lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », l’incapacité d’Ines à répondre est le début d’un bouleversement profond. Voyant le risque qu’il fait prendre à sa fille, il décide de rentrer en Allemagne. Ines se consacre à fond à sa mission, mais a la surprise, un soir dans un grand hôtel, de retrouver son père, fantasque et grimé, se présentant sous le nom de Toni Erdmann.

Si Ken Loach et Xavier Dolan n’ont pas les honneurs des Cahiers du Cinéma, si les États-Unis n’apparaissent que deux fois comme pays de co-production, la célèbre revue française de cinéma fait la part belle aux productions françaises. La France est en effet engagée dans 7 des 10 films du palmarès – dont 4 en totalité. Cocorico !

Un autre classement a été publié hier, celui du célèbre British Film Institute. L’établissement public anglais a demandé à 163 critiques et commissaires de nommer leurs 5 meilleurs films de l’année. Si Toni Erdmann obtient de nouveau, avec 49 votes, largement nouveau la couronne, Elle se maintient également, en prenant la troisième place ; I, Daniel Blake prend la sixième place du palmarès (nous sommes en Angleterre… tout de même !) qui recense 30 films.

Élodie NORTO

Classement du British Film Institute

  1. Maren Ade : Toni Erdmann (Allemagne, Autriche)
  2. Barry Jenkins : Moonlight (États-Unis)
  3. Paul Verhoeven : Elle (France, Allemagne)
  4. Kelly Reichardt : Certain Women (États-Unis)
  5. Andrea Arnold : American Honey (Royaume-Uni, États-Unis)
  6. Ken Loach : I, Daniel Blake (Royaume-Uni, France, Belgique)
  7. Kenneth Longeran : Manchester bu the Sea (États-Unis)
  8. Mia Hansen-Løve : L’Avenir (France, Allemagne)
  9. Jim Jarmusch : Paterson (États-Unis, Allemagne, France)
  10. Albert Serra : La mort de Louis XIV (France, Portugal, Espagne)
  11. Olivier Assayas : Personal Shopper (France)
  12. Cristi Puiu : Sieranevada (Roumanie, France)
  13. Gianfranco Rosi : Fuocoammare (Italie, France)
  14. Pedro Almodóvar : Julieta (Espagne)
  15. Bertrand Bonello : Nocturama (France, Germany, Belgium)
  16. Kirstsen Johnson : Cameraperson (États-Unis)
  17. Damien Chazelle : La La Land (États-Unis)
  18. Whit Stillman : Love & Friendship (Irlande, France, Pays-Bas, États-Unis, Royaume-Uni)
  19. Kleber Mendonça Filho : Aquarius (Brésil, France)
  20. Sebastian Schipper : Victoria (Allemagne)
  21. Ciro Guerra : L’Étreinte du Serpent (Argentine, Colombie, Pays-Bas, Venezuela)
  22. Richard Linklater : Everybody Wants Some!! (États-Unis)
  23. Lucile Hadzihalilovic, Évolution (France, Espagne, Belgique)
  24. David Mackenzie : Hell or High Water (États-Unis)
  25. Ezra Edelman : O.J.: Made in America (États-Unis)
  26. Beyoncé Knowles Carter and Kahlil Joseph : Lemonade (États-Unis)
  27. Tom Ford : Nocturnal Animals (États-Unis)
  28. João Pedro Rodrigues, O Ornitólogo (Portugal, France, Brésil)
  29. Julia Ducournau, Grave (France, Belgique)
  30. Pablo Larraín : Neruda (France, Espagne, Argentine, Chili)

Lire les détails du classement sur le site du Bristih Film Institute.