À partir de la mort d’un proche, ami depuis plus de quarante ans, Jean-Michel Rabeux écrit et met en scène Les Derniers jours, avec Olav Benestvedt, Claude Degliame, Yann Métivier, Georges Edmont et Juliette Flip.

Dossier de presse

« J’ai essayé de fabriquer un truc de vivant avec ça, la mort.
Ne pas abandonner le terrain à la grande salope
. »
(Jean-Michel Rabeux)

RÉSUMÉ

Il faut au moins ça : organiser un repas avec maître d’hôtel très stylé et chanteuse debout sur la table, pour rire de la fin de Lear, grand amour, grand ami, mort fou. Mais à cet étrange repas le défunt se bâfre avec les autres. Il participe avec délectation au récit de ses derniers instants, extinction des feux avec perte des repères et des liquides corporels. Et ça le fait rire, son corps qui lâche, les trente et un kilos, la débâcle organique. Et Pylade, l’ami, l’engueule de ne plus dire que des bêtises, et Pénélope, l’épouse, fait semblant de tenir bon en choisissant la taille du cercueil… Ça le fait bien rire aussi. L’humour ne conjure pas le sort, il le provoque. La poésie crue met à distance la tragédie de l’inévitable et la décrépitude qui va avec.

Il honore les forces de l’amitié et de l’amour, même vaines dans le combat contre la maladie et le temps assassin. Il faut savoir crier, pleurer, exploser d’une hilarité salvatrice dans la chambre des derniers instants. Ils ne s’en privent pas. Seuls les éclats de rire permettent encore de survivre à la lucidité, à l’inéluctable. La scène, cathédrale des artifices, met à nu la plus terrible des vérités, jusqu’à la grâce.

NOTE D’INTENTION

Le projet est de parler de ce dont on parle peu, en tout cas publiquement, et qui pourtant nous concerne à peu près tous : Qu’est ce qui passe, pour chacun, quand un proche aborde les frontières de la vie, celles de la raison, de l’humain ? Il n’est pas étonnant que le projet s’expose par une question. Cette fois particulièrement il n’y a pas de réponse, mais beaucoup de questions. Ou plutôt il y a mille réponses, toutes aussi singulières les unes que les autres, toutes contradictoires. Je me suis aperçu à cette occasion que les moments où la mort s’aborde sont extrêmement intenses, parce que le pouvoir absolu de la mort nous oblige à une résistance furieuse, joyeuse aussi. D’être insupportable et incontournable en même temps, fait de la mort une toute puissante déesse qui féconde nos imaginaires, par résistance, elle les ensemence. La mort est le moment le plus fort de la vie. Nous tentons d’interpeler l’imaginaire de tous en racontant, comme on peut, une histoire très personnelle, et très vraie, celle de la maladie et de l’agonie d’un grand ami touché depuis plusieurs années déjà par une maladie mortelle de dégénérescence cognitive.

Nous racontons le contact physique avec son corps, les gestes quotidiens pour l’aider à vivre, survivre, les réponses à ses questions dénuées de sens mais non pas de sensible, le mystère de la préservation de son apparence, de ses expressions, de ses sourires, de tout ce réseau qui tisse un rapport vivant avec quelqu’un qui pourtant n’est plus du tout lui-même. Qui l’est sans l’être. Nous tentons de n’éviter aucun aspect de ces moments de douleur, douleur c’est le mot, mais nous sommes au théâtre, et pour pouvoir aborder la douleur nous la mettons à distance de mille manières, nous tordons le cou à la réalité, puisque le mort est là qui parle de lui-même avec toute sa tête, et parfois il la perd complètement, nous tordons le cou à la solennité, au pathétique, et le pire nous fait rire. Tous les moyens du théâtre sont bons pour que ce temps de mort devienne un temps de vie intense. Il ne s’agit pas d’une tragédie, il s’agit d’une tragi-comédie avec chansons et double-tecks, harpe électrique et tangos argentins.

Les plumes remplissent l’espace scénique, elles s’accrochent aux cintres en constellations transparentes et géométriques, elles dégoulinent du ciel en cascades immobiles et vibrantes, elles s’envolent sous les pas des acteurs, se jettent par poignées, se balaient soigneusement, se récoltent comme des pierres précieuses. La mort est ici une plume légère comme une plume. Elle folâtre sur le plateau, on la chasse d’un sourire, elle se pose sur une épaule, on la chasse d’un souffle. Ce n’est pas vrai que la mort est légère, mais oui, ça l’est. Parce que nous avons décidé qu’il en soit ainsi.

Jean-Michel Rabeux

RENSEIGNEMENTS & DISTRIBUTION

Durée estimée : 1h30
Public : non renseigné

Texte et mise en scène : Jean-Michel Rabeux
Avec Olav Benestvedt (Lear), Claude Degliame (Pénélope), Yann Métivier (Pylade), Georges Edmont (au plumeau) et Juliette Flip (harpe et chant)
Lumières : Jean-Claude Fonkenel
Installation : Isa Barbier
Assistanat à la mise en scène : Sophie Rousseau

TOURNÉE

Spectacle créé le 12 novembre 2019 au théâtre des Îlets, à Montluçon.

– Du 25 février au 22 mars 2020, à 21h : théâtre du Rond-Point à Paris

En savoir plus : Compagnie Jean-Michel Rabeux

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Crédits photographiques : Simon Gosselin