Dans une tribune publiée hier sur le site du quotidien Le Monde, les principaux acteurs des musiques électroniques en France, soutenus par l’ancien ministre de la culture, Jack Lang, dénoncent la facturation par l’État de la présence des forces de l’ordre lors de manifestations culturelles, notamment des festivals de musique techno.

[AFP]

« La culture et la fête sont les premières cibles des terroristes en Europe, et pourtant ce sont les acteurs visés qui doivent autant en supporter les conséquences », fustigent les signataires.

Depuis 2010, rappellent-ils, un décret autorise les services de l’État à facturer l’intervention des services des forces de l’ordre sur des manifestations publiques et de grands événements, principalement les matches de foot.

« Dans le contexte d’état d’urgence, cette facturation s’étend progressivement à de plus en plus de manifestations culturelles et de festivals de musiques actuelles, surtout les événements électro », affirment les signataires dont Tommy Vaudecrane, président de Technopol, association de défense des musiques électroniques, et Samuel Raymond, porte-parole de Freeform, association pour la réduction des risques organisationnels liés à la pratique de la fête libre.

Des factures de dizaines de milliers d’euros

« Ces facturations posent de sérieuses questions sur le rôle de l’État et la place de la culture dans notre pays et devient, de surcroît, une source d’instabilité économique et juridique pour ceux qui font vibrer le public français », ajoutent les signataires.

Des factures adressées par les gendarmeries, « pouvant se chiffrer en dizaines de milliers d’euros », sont transmises aux organisateurs d’événements parfois 48 heures avant, selon eux. « Aucune contestation n’est possible et pas de mise en concurrence. La préfecture décide unilatéralement du niveau de la prestation dont le montant doit obligatoirement être accepté et payé d’avance à 60 %. Si le client conteste le devis, le préfet-prestataire peut décider d’interdire la manifestation ou imposer d’autres dépenses de sécurité », soulignent-ils.

« Les risques sont grands pour qui oserait protester auprès d’une autorité au pouvoir discrétionnaire et c’est l’omerta sur les montants facturés […] On ne peut se limiter à une lecture comptable pour la sécurité de la culture », concluent les signataires, à quelques jours de la 19e Techno Parade, samedi à Paris, événement exonéré de ces frais liés à la sécurité publique en tant que manifestation revendicative.



Crédits photographies : Pierre Monastier / Profession Spectacle