Les 5 et 6 novembre derniers se tenait le 6e forum “Entreprendre dans la culture” : deux jours de conférences en ligne – COVID oblige – sur le thème de la puissance collective, pour réfléchir sur les moyens de rebondir dans le contexte actuel de crise sanitaire et économique.

Les 5 et 6 novembre derniers se tenait le 6e forum “Entreprendre dans la culture”, organisé par la Coursive Boutaric et la Burgundy School of Business, sur une initiative du ministère de la Culture. Deux jours de conférences en ligne – COVID oblige – sur le thème de la puissance collective, pour réfléchir sur les moyens de rebondir dans le contexte actuel de crise sanitaire et économique.

Une vingtaine d’indépendants et de représentants de structures culturelles issues de Bourgogne-Franche-Comté sont intervenus le premier jour, lors d’ateliers thématiques autour des outils de financement post-crise, du Pass culture ou encore de l’exploitation des bases de données de publics. Un séminaire de recherche s’est déroulé le second jour, sur « la participation et la puissance collective ». Au programme : conférences et débats sur l’organisation de l’espace au travail ou encore l’éducation artistique dans l’opéra, nourrie de l’ouvrage L’Art à l’état vif de Robert Shusterman, qui encourage à sortir d’une conception sanctuarisée de l’art pour le rapprocher du monde de la vie.

Compte rendu ciblé sur les différentes marches de manœuvre et les leviers financiers évoqués durant ce forum, pour que l’art reste en vie non seulement pendant, mais après cette crise.

L’action de France Active Bourgogne

Delphine Lambert, chargée de mission à France Active Bourgogne, a tout d’abord présenté l’action de ce réseau national, qui compte quarante-deux associations en France, dont deux antennes en Bourgogne-Franche-Comté. Sa mission : aider les entrepreneurs engagés pour un monde qui change, via différents outils de financement.

« Ces trois dernières années, nous avons aidé une trentaine de structures culturelles dont 50 % de compagnies du spectacle vivant et d’autres structures dans le cinéma, le cirque, l’édition, les lieux d’expositions ou encore la musique, annonce-t-elle. On a un pôle qui intervient sur le moment de la création de l’entreprise, par des dossiers de garantie de prêt bancaire et un pôle économie sociale et solidaire, qui aide au développement des projets. »

France Active peut aussi intervenir via un fonds de confiance, juste avant la création d’un projet ou encore dans les moments difficiles d’une structure (SCIC ou SCOP), par des contrats d’apport à taux zéro qui peuvent aller jusqu’à 30 000 euros. « Ils peuvent financer des investissements comme par exemple acheter un camion, trouver des locaux ou combler des difficultés ponctuelles de trésorerie. »

Le plan de relance du conseil régional

Initié par le conseil régional, en partenariat avec la Banque des territoires et les départements de l’Yonne et de la Nièvre, un plan de relance dédié aux associations employeuses et aux entreprises de l’économie sociale et solidaires a été mis en place. Ce dispositif doit permettre de passer le cap de la fin d’année 2020, voire de l’année 2021.

Il se déploie en deux volets : les aides non remboursables et les aides remboursables. Les subventions exceptionnelles sont uniquement délivrées par le conseil régional, tandis que l’autre fonds d’avance remboursable, le prêt relève solidaire, est financé par tous les partenaires.

« Chez France Active, on instruit les dossiers de demande, avec un questionnaire comme porte d’entrée accessible sur notre site, poursuit Delphine Lambert. On entre en expertise pour proposer une solution de financement et pallier à la fois les pertes de l’exercice 2020 et peut être celles de l’exercice 2021. »

Témoignage

David Kempton, directeur de Youz Prod à Mâcon, association de production de spectacle, d’organisation de tournées de musiques actuelles et de spectacles jeune public, a bénéficié deux fois du prêt à taux zéro dans des moments de chute d’activité.

« Le plus difficile a été de se projeter sur les années 2020 et 2021, témoigne-t-il. On avait encore une tournée de spectacles prévue en novembre et décembre qui fut annulée. Il y avait plusieurs hypothèses et on est partis sur la plus rude, selon laquelle il n’y aurait pas de spectacles jusqu’à décembre et ça été le cas. »

L’un des principaux défis est l’identification des besoins. « On n’a pas voulu partir sur quelque chose de trop haut… Certains collègues ont fait de très gros emprunts, mais il faut pouvoir rembourser ensuite, explique-t-il. Il faut anticiper suffisamment pour pouvoir couvrir les besoins de trésorerie, ne serait-ce que pour pouvoir payer les permanents durant l’année 2021. »

Côté échéancier, David Kempton s’est voulu rassurant, le calendrier des remboursements ayant été prévu sur mesure, dans un esprit d’échange avec l’équipe de France Active Bourgogne. Si l’enveloppe des aides remboursables est plus importante et plus accessible que celle des aides non remboursables, les structures locales peuvent compter sur différents dispositifs auxquels s’ajoute encore le DLA, dispositif local d’accompagnement des structures d’utilité sociale.

Prêts ou garantie sur prêts bancaires

La multiplication de sources de financement a été fortement encouragée par Monica Dragan, chargée d’affaires à l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles (IFCIC), qui accompagne chaque année environ quatre cent vingt entreprises et associations culturelles et créatives.

« Nous intervenons dans le continuum des aides du ministère de la Culture avec deux outils, précise-t-elle. Ce sont la garantie sur les prêts bancaires, pour encourager les banques à accompagner les sociétés culturelles et créatives – une garantie de 70 % jusqu’à 300 000 euros de crédit –, et le prêt IFCIC, qui peut aller jusqu’à plusieurs millions d’euros. »

Ces prêts proposés ont des taux d’intérêts bonifiés en raison de la crise sanitaire.

Le data-marketing ou fidéliser son public

Florian Moka, chargé d’accompagnement chez Arenametrix, société qui propose une plate-forme de gestion des données du public en billetterie, utilisée notamment par la salle de musiques actuelles La Rodia, à Besançon, est revenu sur les moyens de communiquer avec son public. Il préconise d’apprivoiser de nouvelles méthodes de séquençage des profils de spectateurs ou encore de créer des newsletters personnalisées susceptibles d’élargir le public et de le fidéliser.

Comment communiquer et entretenir un lien avec le public, malgré l’arrêt de l’activité ? « Il faut l’informer sur les règles sanitaires, recommande-t-il. C’est aussi le moment de se réinventer et de mettre en avant d’autres façons de communiquer, par exemple par des demandes de feedbacks. »

Une grande partie des associations employeuses du secteur culturel se trouve en difficulté et démunie face à la crise. Pour éviter l’enlisement général, les plans d’aide mis en place par les collectivités locales peuvent être salutaires.

Morgane MACÉ

Correspondante Bourgogne-Franche-Comté

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En savoir plus : plan de soutien régional Bourgogne-Franche-Comté

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