En Nouvelle-Aquitaine, l’office régional chargé d’animer la filière du spectacle vivant fait preuve de combativité pour panser les maux des artistes broyés par la crise : 11 mesures de soutien ont été prises, pour 223 villes concernées et 280 compagnies soutenues.

En ce deuxième épisode de confinement, Joël Brouch va bien : « On ne va pas se plaindre. C’est plus difficile pour les artistes que pour nous. » L’Office artistique de la région Nouvelle-Aquitaine (OARA), qu’il dirige, est puissant, réactif et bien doté. Financé à 95 % par la région Nouvelle-Aquitaine – au ministère de la Culture de compléter, via la DRAC, les 0,5 % restant –, l’OARA dispose d’un budget enviable de 4,2 millions d’euros.

« Toutes les régions n’ont pas un outil de ce type à la disposition des artistes et quand il y en a un, celui-ci agit juste au niveau de la diffusion. L’OARA est la seule agence culturelle régionale qui intervient sur toute la filière, de la création à la diffusion en passant par la fabrication : un modèle unique en France. »

Captations et résidences

Cette Mecque du spectacle vivant a son lieu, en plein centre de Bordeaux, unique aussi, la MECA, un temple contemporain de 5 000 m² de scènes flexibles et de studios au bord de la Gironde pour accueillir les artistes en résidence et réaliser, entre autres, des captations de spectacles.

Aussi, lorsque la COVID-19 frappe à la porte des spectacles programmés à l’automne 2020, c’est toute l’équipe des dix salariés qui se penche au chevet des artistes de la plus grande région de France depuis 2016, à Pau, Tulle, Mont de Marsan, Périgueux, Guéret, Limoges, Angoulême, La Rochelle, Niort, Poitiers, Agen, Châtellerault, Brive-la-Gaillarde…

« Quatre créations empêchées de se produire au printemps ont été invitées à profiter d’une captation gratuite et d’un ‘‘livestream’’ avec dix caméras, plans face, plans généraux, livraison d’un teaser et d’un book photo… », explique le directeur de l’OARA. Avec le second confinement, quatre autres créations annulées en musique, cirque, théâtre et danse ont bénéficié de cet ambitieux dispositif d’aide à la diffusion. « Nous assumons les coûts de captation et de montage ; nous payons les artistes, leur hébergement et tous les frais d’approche pour que ça ne leur coûte rien et que ce soit un plus. » Durant le seul mois de novembre, huit « résidences vidéo » ont permis à huit compagnies d’exister en ligne et de repartir de Bordeaux avec la captation montée sous le bras.

Aider tous les artistes, privilégier les premières exploitations

Mais l’OARA, qui anime la filière, est également coproducteur. « Cette saison, nous apportons notre soutien à plus de cent créations portées par des artistes néo-aquitains, via l’un de nos dispositifs, explique Joël Brouch. Nous coréalisons aussi près de deux mille représentations en et hors région Nouvelle-Aquitaine. »

Pas question de lâcher les compagnies, les artistes, les techniciens et les lieux… Aussi, l’office régional a-t-il décidé de maintenir son aide pour que tous soient rémunérés lorsqu’une salle annule un spectacle sans le reprogrammer. « Et en cas de report, on maintient également l’aide. Parfois même, on l’augmente si les frais d’approche ont augmenté. »

Pour que les compagnies puissent continuer à fabriquer leurs spectacles pendant le confinement, l’OARA a incité les lieux de Nouvelle-Aquitaine à ouvrir leurs portes aux artistes : ces théâtres ont notamment reçu une aide pour la mise en ordre de marche des espaces. Du côté de la programmation, il leur a été conseillé de commencer par annuler les spectacles qui avaient beaucoup tourné – car ils seront de toute façon payés par l’OARA – et de privilégier en revanche les premières exploitations qui ont, quant à elles, besoin d’être vues et jouées ! Les compagnies peu diffusées seront par ailleurs intégrées aux journées professionnelles de 2021 pour décupler leur visibilité.

11 mesures de soutien, 223 villes concernées, 280 compagnies soutenues

L’équipe de Joël Brouch étudie actuellement un système qui permettrait aux théâtres de multiplier le temps d’ouverture afin que leur jauge initiale ne soit pas divisée par deux, comme c’est le cas actuellement. « On pense aux vacances scolaires, de février, de Pâques, aux grandes vacances aussi… »

En attendant, ce sont deux cent quatre-vingts compagnies qui sont assurées d’être soutenues dans deux cent vingt-trois villes de Nouvelle-Aquitaine, grâce aux onze mesures de soutien en période de crise : aux aides précédemment évoquées, il faut ajouter la coréalisation systématique de tous les spectacles reportés en 2021, la création d’un fonds de soutien supplémentaire pour les compagnies régionales les plus touchées, un versement anticipé de 60 % aux compagnies engagées avec l’OARA entre mai et décembre 2020… Ce budget palliatif est de cinq cent mille euros, une somme prélevée sur le budget global.

L’efficacité de cette gestion au plus près des territoires tient à son caractère collaboratif et à sa souplesse. L’agence régionale de Nouvelle-Aquitaine s’appuie sur un maillage de six cents salles de spectacles et de concerts, des zéniths, des centres culturels mais aussi des cafés-restaurants partenaires. La réactivité et l’absence de bureaucratie caractérisent les rapports.

« Lorsqu’un lieu veut accueillir un spectacle et qu’il lui manque de l’argent, il nous sollicite par un courriel ou un texto ; on prend la décision toute de suite, sans faire un séminaire, conclut Joël Brouch. On est une toute petite équipe, la gouvernance est simple : il n’y a pas de chefs, ni de sous-chefs, l’information circule vite. »

Kakie ROUBAUD

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Crédits photographiques : laurianghnitoiu
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Équipe OARA

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