Nouvelles technologies du son et de l’image, retransmissions en direct, ateliers d’initiation, concerts à quatre euros, ensembles en résidence : l’Opéra de Rennes, depuis douze ans sous la houlette de son directeur sortant Alain Surrans, a multiplié les initiatives démocratiques et innovantes.

[avec AFP]

L’opéra de la capitale de Bretagne se veut à la pointe des innovations technologiques afin d’élargir l’accès de l’œuvre lyrique, au delà de son pré carré d’initiés, au grand public en permettant son immersion. Des retransmissions tous les deux ans sont déjà l’occasion de diffuser un opéra sur grand écran dans un grand nombre de villes de Bretagne, via les télévisions locales, et, en différé, sur France Télévision.

Le prochain rendez-vous est le 8 juin, avec Carmen retransmis partout en Bretagne. A l’entracte, les spectateurs seront invités à reprendre l’air du Toréador. Sur son site, l’opéra les invite à venir « tester leur voix » à l’avance avec des professionnels.

Opéra & Nouvelles technologies

« Les nouvelles technologies se penchent sur cet objet tout à fait particulier qu’est l’opéra, à la fois objet visuel très fort, mais très raffiné au plan musical et sonore », explique Alain Surrans.

Ainsi, une première mondiale en 2009 de Don Giovanni diffusé en 3D. Ainsi, une « visite immersive » de l’opéra par des spectateurs équipés de lunettes Google Glass. Ainsi, des expérimentations sur le son de très haute définition, avec une boule, postée au dessus de la scène, captant à 360 degrés avec 36 capteurs le son dans toutes ses orientations possibles, permettant un extraordinaire relief sonore.

L’opéra donne aussi des représentations abrégées, sans costumes, des grands œuvres du répertoire, dans ces soirées à 18 heures au prix modeste de 4 euros. Sous l’appellation « révisez vos classiques », elles connaissent un grand succès, avec une majorité de lycéens et collégiens, dans une ambiance festive.

Synergies artistiques

Depuis 2016, l’opéra accueille aussi en résidence pour trois ans deux ensembles, Mélismes, un chœur de chambre, et le Banquet céleste, spécialisé dans la musique baroque. Cohabitation inédite à trois, synergies, brainstorming artistique, volonté aussi d’élargir l’offre, de faire connaître et aimer des œuvres plutôt méconnues et de donner des chances à des artistes.

Gildas Pingier, 53 ans, qui dirige Melismes, se félicite d’avoir signé cette convention par laquelle l’Opéra de Rennes s’engage à valoriser le travail artistique de son ensemble et à lui apporter un soutien logistique : « la présence en résidence nous permet la consolidation, la visibilité ».

A la demande de la mairie des activités et ateliers gratuits sont proposés certains dimanches après-midi, et ces ensembles sont enrôlés pour les animer parfois, dans le cadre de l’initiative « Opéra, ouvre-toi ».

Convivialité & Originalité

Dans la rotonde aux larges baies donnant sur la place de la mairie, lieu convivial et moins impressionnant que l’Opéra de Rennes lui-même, des Rennais de tous âges sont venus en ce dimanche pluvieux s’initier à une musique baroque anglaise, les « lute songs » mélancoliques de John Dowland, musicien peu connu de la période élisabéthaine qu’interprète le chef du Banquet céleste, le contre-ténor Damien Guillon, 36 ans.

Des jeunes et des plus vieux sont assis sur les marches, faute de chaises en nombre suffisant. Alain Surrans prend la parole, expliquant le sens de cette musique et le replace dans l’histoire, dialoguant avec Damien Guillon. Il s’agit, se félicite ce passionné de baroque, de faire connaître « une musique ancienne pas très présente dans les opéras ». Et ça fonctionne.

Gildas Pingier propose, lui, ses « petites cuisines musicales »: « ni un concert, ni une répétition, ni une conférence, ni un cours, mais tout à la fois ». « On interprète les pièces, on les démonte, on fait entendre des voix, on fait chanter les gens ». « Comme dans un salon ».

« Nous ne sommes pas limités à une dizaine de titres qui font venir le public sans effort. On programme un ouvrage pas très connu et les Rennais font confiance. Ici, il y a un grand appétit de culture, les gens répondent merveilleusement », se félicite le directeur qui s’apprête à rejoindre Angers-Nantes Opéra, une plus grande structure où il espère poursuivre ses projets.


Photo de Une : crédits Odessa3