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La médiathèque Malher et ses fonds exceptionnels retrouvent enfin vie

La médiathèque Malher et ses fonds exceptionnels retrouvent enfin vie
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Le 27 janvier dernier, Henry-Louis de La Grange mourait à l’âge de 92 ans. Le musicologue français et grand connaisseur de Gustav Mahler laisse derrière lui, outre de nombreux écrits, des fonds considérables regroupés au sein de la médiathèque Mahler, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Une nouvelle page qui s’ouvre, avec la reprise du lieu par la bouillonnante Fondation Royaumont.

A l’ombre des grands axes du VIIIe arrondissement, la médiathèque musicale Mahler (MMM) occupe un hôtel particulier légué à la Fondation de France. L’institution culturelle, fondée par Henry-Louis de La Grange et Maurice Fleuret en 1986, a pour vocation de mettre les fonds à la disposition de public.

De l’essoufflement au renouveau vital

La MMM connaît un rayonnement international avant de ralentir peu à peu ses activités, après la mort de Gabriel Fleuret en 1990 et le départ de Marie-Gabrielle Soret six ans plus tard. « L’activité s’est alors recentrée sur le lieu et moins sur les connexions musicales, raconte Francis Maréchal, nouveau directeur général de la MMM, ce qui a provoqué le cercle vicieux d’un essoufflement des subventions ».

Cet état de fait est à l’origine des premiers contacts avec la bibliothèque musicale François Lang (BmFL), située au sein de l’abbaye de Royaumont : « La bibliothèque François Lang est un lieu autant de conservation que d’inspiration et de fabrication de projet, poursuit Francis Maréchal. C’est cela que les responsables de la médiathèque Mahler recherchaient ».

Thomas Vernet, bibliothécaire de la BmFL, devient ainsi responsable de la MMM : « Nous privilégions une accessibilité directe aux documents, ce qui est assez unique, confirme-t-il. Un collectionneur, qui avait prévu de donner un fonds considérable sur Jean-Philippe Rameau à la BnF, a finalement opté pour la Fondation Royaumont, afin que sa collection puisse vivre ».

Des fonds considérables en accessibilité directe

Francis Maréchal

De l’automne 2015 à l’été 2016, des projets sont montés à titre de tests ; ils se révèlent probants. La Fondation Royaumont présente alors un programme d’envergure sur le long terme, qui est reçu avec enthousiasme : le ministère de la culture décide d’augmenter de 65 % sa subvention, de nouveaux mécènes – Ernst & Young notamment – rejoignent l’aventure.

Le 13 septembre est signée une convention entre la Fondation Royaumont et la médiathèque Mahler. « C’est le jonction d’une pépinière d’artistes avec une pépinière de documents », s’enthousiasme Francis Maréchal.

La MMM a recueilli, au fil des années, des archives d’une richesse inégalable : les fonds Alfred Cortot, Marguerite Long, Yvonne Lefébure, Claude Hellfer, Coquelin, Jean Cras, André Jolivet… Au total, le lieu dispose d’une trentaine de fonds d’archives, avec des manuscrits, des éditions annotées, des bibliothèques, des conférences, de la correspondance, des notes de cours, des dizaines de milliers d’enregistrements, etc. « Si la collection Mahler a un prix inestimable, la médiathèque a également en dépôt de nombreux fonds d’une richesse exceptionnelle, si bien que notre activité ne se polarise pas uniquement sur Mahler », explique Francis Maréchal.

Des archives qui ne demandent qu’à vivre

Thomas Vernet

L’enjeu n’est autre que de redonner vie aux archives. Les missions de la MMM demeurent : lieu de conservation, en partenariat avec la BnF, lieu d’études avec l’accueil d’étudiants et de chercheurs du monde entier, participation à la vie musicale, centre de documentation…

Sous l’impulsion de Thomas Vernet, la publication des fonds d’archives est accélérée, notamment du fonds Hellfer qui présente l’intérêt de colliger partitions et notes pour l’interprétation. Une nouvelle édition des œuvres pour piano seul de Iannis Xenakis est en préparation, sous la responsabilité de Stephanos Thomopoulos, avec un appareil critique tiré des notes de deux interprètes, Claude Hellfer – qui travaillait avec les compositeurs eux-mêmes – et Stephanos Thomopoulos lui-même. « Cette publication résume assez bien notre démarche, qui rapproche la source, la manière dont un interprète la comprend et la possibilité de diverses actualisations contemporaines, résume Thomas Vernet. Ces publications sont à la croisée de la recherche et de la pratique ». Une démarche de musicologie pratique, de recherche appliquée.

Commence également le principe d’ensembles et d’artistes en résidence, fruit d’un partenariat concret entre la Fondation Royaumont et la MMM. Deux artistes ont déjà été sélectionnés : le dynamique ensemble Secession Orchestra, dirigé par Clément Mao-Takacs, qui travaille particulièrement sur le répertoire du début du XXe siècle, et la jeune pianiste sino-canadienne, Claude Chan, qui a décidé de s’attaquer au fonds Hellfer.

Une évolution constante et parfois savoureuse

« La Fondation Royaumont est assez complémentaire de la MMM, conclut Francis Maréchal. D’abord, il y a la question géographique : la médiathèque est au cœur de Paris, tandis que Royaumont se situe dans la campagne. Nous mettons en place les connexions qui manquaient à la médiathèque, tandis qu’elle nous apporte une matière exceptionnelle, qui ne demande qu’à vivre ».

La médiathèque est ouverte à tous, du lundi au samedi, avec la possibilité de lire, d’écouter de la musique, de jouer du piano… comme tout lieu qui remplit une mission de service public.

Pour la petite anecdote : un collectionneur privé, féru de musique contemporaine scandinave, vient de faire don d’une impressionnante collection d’enregistrements nordiques – autant de documents introuvables en France, y compris au département de l’audiovisuel à la BnF. Les fonds ont la couleur de leurs donateurs multiples : « Ce qui fait le charme de ces fonds, c’est qu’ils ont une saveur parfois exotique », s’amuse Thomas Vernet. L’institution culturelle n’a ainsi de cesse d’évoluer avec ceux qui la fréquentent.

Pierre MONASTIER

Un hommage a été rendu à Henry-Louis de La Grange le mercredi 15 mars dans les salons d’honneur de la mairie du VIIIe arrondissement. Le maire, Jeanne d’Hauteserre, ainsi que son adjointe en charge de la culture, Erika Duverger, ont également décidé de créer un festival, en partenariat avec la MMM et Clément Mao-Takacs ; il aura lieu en juin prochain

 

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