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Louise Vignaud, la résolue

Louise Vignaud, la résolue
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À 29 ans, Louise Vignaud est metteure en scène associée au Théâtre National Populaire de Villeurbanne où elle vient de créer Le Misanthrope de Molière. Au printemps, elle dirigera pour la première fois les acteurs de la Comédie-Française dans Phèdre, de Sénèque, au Studio-Théâtre.

Rencontre

Depuis septembre 2017, elle est également directrice du Théâtre des Clochards Célestes, une petite salle lyonnaise qui œuvre depuis bientôt quarante ans à la visibilité des artistes dits « émergents ». Lorsqu’on lui demande comment elle réussit à concilier toutes ces activités, Louise Vignaud répond : « C’est un travail dément, mais je n’ai pas peur du travail. Et puis j’ai des équipes formidables. Aux Clochards Célestes, je ne suis « que » directrice. Je m’occupe de la direction artistique, je vérifie que tout marche bien, mais ce sont les équipes qui font tourner le théâtre. »

Du théâtre en équipage

Portrait de Louise Vignaud (crédits Anne Bouillot)

Portrait de Louise Vignaud (crédits Anne Bouillot)

Elle est à la fois modeste et « terriblement entêtée ». En témoigne le nom de sa compagnie, La Résolue, emprunté à un navire français du XVIIe siècle. Louise ne conçoit le théâtre qu’en équipage : chacun à son poste, elle à la barre. Lancelot Rétif, son administrateur, la définit comme un « chef d’orchestre » : « Sa première qualité, c’est l’écoute. Elle est consciente de l’ampleur du travail autour du plateau et a une vraie considération pour la place de chacun, mais à la fin, c’est elle qui tranche. Son travail de mise en scène est une écriture : elle signe. »

Formée à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm puis au sein du département « metteur en scène » de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre, Louise Vignaud défend un théâtre du texte et des acteurs.

 « J’aime le théâtre où je me fais embarquer complètement, où il y a un texte, une langue, où l’on me raconte une histoire qui me fait réfléchir, me bouleverse, me perturbe. Il y a des spectacles dont je ne me suis jamais remise, des images qui sont restées imprégnées très loin dans la rétine. »

Elle cite Chéreau, Vitez, Strehler… Ses souvenirs de spectatrice émerveillée défilent : La Forêt mise en scène par Piotr Fomenko à la Comédie-Française, La Rose et la hache de Georges Lavaudant, la Phèdre de Patrice Chéreau, Le Jugement dernier par André Engel.

Un corps à corps avec le texte

Son désir de mise en scène s’embrase au contact des auteurs. Lorsqu’une rencontre littéraire s’impose comme une nécessité, lorsqu’un texte crée « un nœud dans le ventre qu’on a besoin de démêler », elle doit s’embarquer avec lui. Le décortiquer, le comprendre (elle travaille avec la dramaturge Pauline Noblecourt), lui donner corps sur le plateau pour, enfin, pouvoir le partager avec les spectateurs.

Insatiable, la jeune metteure en scène a des projets plein ses tiroirs. Des textes, dramatiques ou non, contemporains ou non, mais qui, toujours, disent quelque chose de l’état du monde. Citons notamment deux adaptations qui seront créées à Lyon cet automne : Le Quai de Ouistreham, un reportage de Florence Aubenas dans le monde des travailleurs précaires, et L’Université de Rebibbia, récit d’un séjour en prison de l’auteure italienne Goliarda Sapienza.

Entre acharnement et délicatesse au service de la bonne ambition

Louise trace son sillage, accompagnée par deux générations d’artistes : celle de ses camarades trentenaires, souvent issus de l’ENSATT, qui mettent leurs talents au service de sa compagnie ; et celle de ses « papas de théâtre » qui la soutiennent depuis ses débuts et se nomment – excusez du peu – Michel Raskine, Éric Ruf, Christian Schiaretti, Jean-Pierre Vincent.

Ce dernier nous parle de Louise comme d’« une personne à la fois acharnée et très délicate ». Il se souvient avec tendresse de leur première rencontre, au groupe théâtral du lycée Louis-Le-Grand, où elle l’avait invité avec Patrice Chéreau, tous deux étant d’anciens élèves de l’établissement. « Elle s’est pendue au téléphone pendant six mois pour nous faire venir. Elle y est arrivée. C’était une soirée assez miraculeuse, j’avais l’impression d’avoir rêvé de cette salle toutes les nuits pendant quarante ans. »

Il va ensuite voir le Lorenzaccio qu’elle monte au sein du groupe théâtre. Il croit en elle, reconnaît son potentiel, son intelligence.

Lors de sa création de fin d’études à l’ENSATT, il est dans les gradins. Elle a choisi Calderón, de Pasolini. La mise en scène est « magistrale, une sorte de chef-d’œuvre ». À la sortie, il la félicite pour ce spectacle « ambitieux, au meilleur sens du terme ». Et Louise de répondre : « Mais c’est toi qui me l’a dit, après Lorenzaccio ! ». Que lui a-t-il dit ? Qu’il fallait être « dévoré par la bonne ambition : l’ambition pour les autres ». Pour les acteurs, pour l’équipe, pour les spectateurs. L’ambition du capitaine pour son équipage. L’ambition de La Résolue.

Julie BRIAND

Mise en scène de Louise Vignaud

"Le Misanthrope" de Molière, mise en scène Louise Vignaud, jusqu’au 18 février 2018 au TNP à Villeurbanne.

« Le Misanthrope » de Molière, mise en scène Louise Vignaud, au TNP à Villeurbanne (crédits Lorenzo Chiandotto)



 

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