Le rappeur américain Snoop Dogg ne cache pas son aversion pour Donald Trump. Plus encore, cette aversion prend la forme d’une virulence rarement vue dans la communauté artistique. Après avoir sorti, en mars dernier, un clip pour son morceau « Lavender », dans lequel il fait mine de tirer sur un clown ressemblant au président américain, Snoop Dogg vient de sortir un nouveau single intitulé « Make America Crip Again », en référence au fameux slogan de campagne du président américain.

« Make America Great Again », avait scandé, tout au long de l’année dernière, Donald Trump.
« Make America Crip Again », lui rétorque Snoop Dogg dans son nouveau single.

Guerre des gangs

Crip ? C’est le nom du gang de Los Angeles auquel Snoop Dogg, de son vrai nom Calvin Broadus, est affilié ; sa couleur est le bleu. Celle de son gang rival, les Bloods, est le rouge. D’où la pochette qui montre une casquette bleue, à l’image de celle – rouge – portée par Donald Trump et ses partisans, sur laquelle est est écrite le slogan détourné.

Snoop Dogg envisage ainsi son opposition au président américain comme une guerre de gangs. Il n’est pas question ici de politique, ni même de débat de fond ; il n’y a qu’un territoire à défendre, et une forme de légitimité pour toute violence. C’est frontal, à la limite de la caricature.

Est-il juste d’entrer dans une lutte aussi directe, brutale ? Certes Donald Trump lui-même ne montre pas l’exemple, en s’en prenant systématiquement à ses opposants – tel Colin Kaepernick, le joueur de football américain qui a lancé le geste de protestation consistant à mettre genou à terre pendant l’hymne national, qui s’est vu traité par le président américain de « fils de pute ». Que Snoop Dogg fasse connaître son soutien à Colin Kaepernick, rien là que de très normal. Mais faut-il qu’il aille dans l’outrance, à l’imitation du chef des États-Unis ?

Un agressivité rarement atteinte

Snoop Dogg ne mâche pas ses mots, ni ne s’empêche de critique. On se souvient encore du clip, paru en mars dernier, dans lequel il fait mine de tirer sur un clown ressemblant au président américain. L’affaire avait fait grand bruit, car d’une agressivité rarement atteinte. Qui peut encourager à tuer un homme qui a été porté au pouvoir de manière démocratique, sous prétexte de n’être pas d’accord avec lui ? Plus simplement, qui peut encourager à tuer un être humain ? Est-ce là le rôle de l’artiste ?

La réaction de Donald Trump fut immédiate. Un tweet : « Pouvez-vous imaginer le tollé si Snoop Dogg – carrière raté et tout ça – avait tiré sur le président Obama ? Peine de prison ! » On comprend que le rappeur s’en soit pris à l’usage intensif de Twitter du président américain !

Amerikkka : Snoop Dogg en victime ?

Dans le nouveau morceau, Snoop Dogg écrit : « This is still Amerikkka with the k’s, believe that » (« C’est toujours l’Amérikkke avec les k, crois moi »), en référence au Ku Klux Klan. De nouveau, une forme d’outrance qui pose question, d’autant que les médias s’en font l’écho avec complaisance, se contentant parfois de reprendre sans discernement une dépêche de l’AFP (le fait même que l’AFP y consacre une dépêche en dit long…).

L’attaque est-elle justifiée ? Peut-on réduire l’Amérique au KKK ? Donald Trump, n’en déplaise à ses opposants, n’est pas Thomas Robb ; les deux hommes se sont d’ailleurs opposés, en novembre 2016, à la suite d’un article publié par le second dans The Crusader, organe de presse du KKK, et intitulé… « Make America great Again ».

Et Snoop Dogg n’est certainement pas une victime du suprémacisme blanc, lui qui peut sortir des morceaux et des clips qui attaquent directement un président élu. Il ne suffit pas de traiter l’autre de fasciste pour qu’il le soit effectivement. Le rappeur de Long Beach dispose d’une liberté de parole bien réelle, durement acquise par ses pères (et mères).

Faut-il rappeler à Snoop Dogg ce que fut le KKK ? Faut-il lui décrire les violences, les coups de fouet, les pendaisons, les émasculations des hommes, les éventrements de femmes… ? Si le racisme n’a pas disparu – et ne disparaîtra malheureusement jamais, où que ce soit sur notre planète et quelle que soit la « race » qui se pense élue -, il ne saurait être question d’en réduire chaque manifestation à un exemple extrême, qui engendra des milliers de victimes. Snoop Dogg et Donald Trump sont, dans l’outrance, les deux versants d’une même caricature.

Brice WATTEZ

Correspondant Amérique du Nord

« Make America Crip Again » fait partie d’un EP de huit titres, qui devrait sortir la semaine prochaine.