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Mécénat (1) – L’entreprise française se convertit-elle à la culture ?

Mécénat (1) – L’entreprise française se convertit-elle à la culture ?
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Mardi 3 mai 2016 se tenait dans les locaux du Sénat une rencontre organisée par l’association Admical, qui encourage tous les projets de mécénat. Le sujet, « Mécénat, les nouvelles tendances dans les entreprises », faisait l’objet d’un long rapport détaillé sur l’évolution de la pratique en France. Profession Spectacle y était et vous dresse le bilan général de la situation, qui sera suivi – demain – d’une synthèse de l’étude réalisée par l’Admical. 

Une bonne nouvelle ! Le mécénat d’entreprise a connu, ces deux dernières années, une très nette augmentation (+25 %). Concrètement, cette dynamique correspond à une transformation structurelle du rôle de l’entreprise dans la société. Comme l’affirme le directeur d’Admical : « L’entreprise de demain sera engagée ou ne sera pas ».

Si ce mécénat ne concerne pas que le milieu culturel (sport, santé, éducation et social sont aussi très soutenus), la part du mécénat culturel est aujourd’hui de 15 % dans le mécénat global, soit 500 millions d’euros alloués tous les ans par les entreprises pour soutenir des professions culturelles. Les très petites entreprises (TPE) ne sont certes pas en première ligne, mais on observe une nette augmentation de l’implication des petites et moyennes entreprises (PME), qui semblent de plus en plus concernées par ce type de mécénat (+17%). Cependant, les grandes entreprises sont toujours les principaux acteurs aujourd’hui.

Augmentation du mécénat en faveur des arts vivants

Il faut noter que tous les domaines culturels ne bénéficient pas du même soutien. La préservation du patrimoine est le poste de dépense le plus important avec 35 % du budget des entreprises (car très onéreux) ; la musique concerne plus d’un quart du budget de mécénat des entreprises françaises. Arrivent ensuite les musées et expositions (18 %). Et enfin, les arts vivants avec 16%, soit 80 millions d’euros alloués par an. Le budget alloué pour ce domaine spécifique a augmenté ces dernières années, contrairement à celui du cinéma et de l’audiovisuel (seulement 3 % des dons). D’autres domaines sont encore plus délaissés : la littérature et l’édition ne concernent même pas 1 % des dons !

Pourquoi les entreprises françaises soutiennent-elles si activement la culture, et plus particulièrement le monde des arts vivants ? C’est souvent, tout simplement, le choix personnel de certains patrons. Cela peut aussi être employé comme un cadre d’exception dans les négociations commerciales – par exemple, inviter un client au théâtre que l’on soutient, au premier rang ou en corbeille, est une façon habile de faire signer un contrat en le plaçant sous l’égide d’une certaine connivence culturelle. Cependant, ces formes de soutiens traditionnels ne se développent plus.

Tendances actuelles du mécénat : démocratisation, sensibilisation et aide à la création

Car la tendance, c’est la volonté de faire rentrer l’art dans l’entreprise, avec la création d’ateliers artistiques organisés par l’entreprise et leurs partenaires culturels. Ce rôle de communication interne et de bien-être en entreprise est décisif. Pour donner envie à ses salariés de rester, il ne s’agit plus seulement d’offrir un salaire et des conditions de travail apaisantes. Il faut encore proposer un cadre de travail stimulant esthétiquement et intellectuellement.

Le patronage artistique est par ailleurs un excellent moyen de communication externe. Comme les mécènes d’autrefois, les entreprises s’entourent de grands noms et projets qu’ils jugent à même de « renforcer l’image de leur entreprise ».

La façon dont les entreprises envisagent le mécénat est aussi en mutation. D’une vision traditionnelle de transmission et de sauvegarde patrimoniale, on est passé à une volonté de démocratiser la culture et de sensibiliser son public à celle-ci. Près de la moitié des entreprises mécènes envisagent leur action de la sorte aujourd’hui. Le contexte économique et social ainsi que l’influence de la RSE (responsabilité sociale des entreprises) favorisent ce changement. Quatre entreprises mécènes sur dix encouragent aussi la diffusion de projets.

Enfin – démarche encore embryonnaire mais prometteuse – l’aide peut viser directement à encourager la création. Une entreprise mécène sur cinq voit la chose de la sorte.

Un investissement des entreprises de plus en plus direct

Si la dynamique est positive, on peut noter que l’entreprise n’est que rarement en contact direct avec le milieu culturel. Elle passe, dans deux cas sur trois, par des structures privées comme des fondations, associations et fonds de dotations. Ces intermédiaires sont de plus en plus influents, au contraire de ceux plus traditionnels de l’État. Les entreprises n’agissent que très rarement en s’adressant directement aux professionnels – créateurs – de la culture (16 %). Mais cette part est en progrès : les entreprises semblent voir d’un excellent œil cette idée qui consiste à faire rentrer des artistes dans leurs structures professionnelles.

Seul bémol ces derniers temps : la baisse du sponsoring culturel vient quelque peu atténuer l’élan prometteur du mécénat. Mais les arts vivants sont globalement épargnés par cette baisse.

Il semble ainsi que l’entreprise veut pérenniser sa place d’acteur privilégié dans le monde culturel. Cette logique, pour se poursuivre, se fera par l’intensification de l’interpénétration de ces deux milieux pourtant si antagonistes.

Camille DALMAS

Lire aussi : Jacques Guilloux, « Mécénat 2 – Une forte hausse qui profite à la culture !« 

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