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Morgan Freeman, victime d’un excès du mouvement #MeToo ?

Morgan Freeman, victime d’un excès du mouvement #MeToo ?
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À la suite du sujet de CNN, l’acteur Morgan Freeman a publié deux déclarations  pour s’excuser d’avoir pu mettre certaines femmes mal à l’aise, ajoutant qu’il se sent « dévasté » que sa carrière d’un demi-siècle soit ainsi menacée : « Je n’ai pas agressé de femmes. Je n’ai pas offert d’emploi ou de promotion en échange de sexe ». Il semblerait que les faits récents lui donnent raison…

L’affaire est notamment partie de Chloé Melas, journaliste et co-auteure de l’enquête, qui s’est servie d’une expérience vécue pour accuser l’acteur américain. Lors d’une conférence de presse, Morgan Freeman aurait adressé un commentaire déplacé à la jeune femme, en apprenant que cette dernière était enceinte : « Oh comme j’aurais voulu être là ! »

Le choix des mots : de la vérité au mensonge

Dans le sillage du scandale provoqué par Harvey Weinstein, la jeune femme se souvient de cette remarque et commence des recherches pour voir si d’autres personnes ont été victimes de l’acteur : de simples commentaires aux tentatives d’agressions, les accusations sont variées. Il semble néanmoins qu’une partie de ces dernières soient fausses : l’avocat de Morgan Freeman, Robert Schwartz, a fait parvenir une lettre à CNN en même temps que des preuves qui démentent les accusations.

Certains démentis majeurs sont signés… des prétendues victimes ! L’avocat dénonce ainsi dans sa lettre une « volonté de nuire, d’erreurs […] absence de contrôle éditorial et mauvaises pratiques journalistiques ».

Un exemple, qui a provoqué des remous aux États-Unis : la journaliste Tyra Martin, citée comme victime de harcèlement lors d’une interview filmée par CNN, a démenti l’accusation. Elle est intervenue à la télévision, la semaine dernière, pour clarifier la situation : elle n’a jamais été victime de harcèlement de la part de Morgan Freeman ; si elle évoque une remarque de ce dernier qui l’aurait mise mal à l’aise, elle précise ne s’être jamais sentie menacée, ni même soumise au regard d’un pervers prédateur. Pour qu’il ne reste aucune ambiguïté, Tyra Martin évoque au contraire des rencontres agréables et amusantes avec l’acteur américain. Et la journaliste de se fendre, sur les réseaux sociaux, d’une réflexion sur le choix de certains mots qui, sortis de leur contexte, transforment la vérité en mensonge… « Cela montre à quel point nous devons être prudents ! », affirme-t-elle.

Autre fait que l’on dit à charge : la remarque de Morgan Freeman à la journaliste Ashley Crossan, après que celle-ci a dit à l’acteur qu’elle n’était pas mariée ; il lui demande si elle fréquente « des hommes plus âgés ». Cette simple phrase, qui pourrait être prononcée par n’importe quel être humain (femme ou homme), est dorénavant considérée par certains comme une preuve d’agressivité sexuelle… Pourquoi ? Par cette déformation du regard, si bien montrée par le dramaturge catalan Josep Maria Miró dans sa pièce Le principe d’Archimède, qui conditionne notre compréhension de toute réalité.

Des « agressions » réduites à quelques phrases malheureuses

Nous n’avons pas la compétence pour affirmer l’innocence ou la culpabilité de Morgan Freeman, mais nous constatons cependant que nous sommes bien loin d’une « agression sexuelle » proprement dite, sauf à considérer qu’une parole ambiguë, voire lourde et malheureuse, puisse avoir valeur « d’agression ». Sans quoi nous sommes tous des agresseurs – hommes et femmes – en puissance et probablement en acte.

Sauf à considérer que l’homme est naturellement vertueux, ce qui nous entraînerait dans des abîmes de réflexion philosophique, et au risque que l’actualité nous démontre constamment le contraire, nul n’est à l’abri d’une réflexion déplacée, d’un sexe à l’autre. Quel homme n’en a pas également reçu d’une femme ?

À force de regarder toutes choses à travers un prisme unique et étriqué, faute également de dissocier (sans confusion, ni séparation) la personne et l’acte, nous risquons de déformer notre regard en réduisant l’être humain à un statut de prédateur en puissance, au risque de salir l’honneur d’hommes et de femmes sous le seul motif qu’ils sont parfois capables d’une parole déplacée…

Prudence et intégrité : rappel nécessaire de la présomption d’innocence

Cette affaire, sorte d’excès issu du mouvement #MeToo (dont nous ne remettons pas ici en cause le bien-fondé, faut-il le préciser), pose la question de la prudence à avoir quant aux accusations formulées de manière absolue, hors-contexte, et portées par certains journalistes en manque de scoop. Se pose aussi la question de l’intégrité de Chloé Melas, à la fois juge et partie. Notre consœur aurait dû laisser la main à une collègue, afin de ne pas avoir son jugement altéré par une remarque, certes lourde, mais qui ne mérite pas un tel battage médiatique.

Des mesures d’autant plus importantes et équilibrées que nous sommes entrés dans une nouvelle ère de suspicion et d’accusation, qui rappelle tristement le maccarthysme d’antan. Si les positionnements ont évolué, la traque et la délation sont bien similaires. La justice n’existerait dès lors que pour succéder au tribunal médiatique, imparable, féroce. Si la mise en examen de Harvey Weinstein est légitimement fondée, c’est qu’elle repose sur une enquête (très) bien menée par le New York Times d’une part, et sur l’instruction juridique qui s’en est suivie d’autre part.

Avec un principe à réaffirmer constamment, parce que garant de notre démocratie, de notre humanité : tout être humain bénéficie de la présomption d’innocence. Que les réseaux sociaux le veulent ou non.

Brice WATTEZ

Correspondant Amérique du Nord



 

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