Suite à la publication de notre article sur l’Opéra de Toulon, Richard Garnier, délégué syndical CGT de l’Opéra, nous a demandé un droit de réponse que nous publions ci-dessous. Nous souhaitons ajouter qu’il n’a jamais été question pour nous de prendre parti pour qui que ce soit, que nous nous sommes contentés de retranscrire les propos qui nous ont été tenus.

[Droit de réponse]

Nous sommes étonnés d’apprendre en lisant votre article qu’un accord a été trouvé avec les salariés de l’Opéra. Que peut-on dire lorsqu’on lit certains propos de notre direction générale, en la personne de Monsieur Claude-Henri Bonnet, qu’« avant la réunion du 24 octobre 2017, c’était une véritable guérilla syndicale ! », voire que certains syndiqués « veulent foutre le bordel » ?

Monsieur Claude-Henri Bonnet oublie que nous avons, à de très nombreuses reprises lors de N.A.O. [négociation annuelle obligatoire, NDLR], tenté de trouver des solutions au problème des minima conventionnels qui ne sont pas respectés pour les artistes du chœur et de l’orchestre.

Notre direction avait d’autres problèmes plus urgents à régler, à savoir l’égalité de traitement Homme/Femme uniquement pour les cadres qui sont, pour certains, aujourd’hui rémunérés à +94 % au-dessus des minima conventionnels, auxquels s’ajoutent un forfait d’heures supplémentaires sur 12 mois y compris pendant les périodes de congés, sans oublier la prime d’ancienneté en sus.

Bien entendu, nous craignons l’effet des ordonnances Macron sur nos futurs salaires (uniquement des artistes : chœur et orchestre), car notre direction a bien confirmé qu’elle allait dénoncer tous les accords d’entreprise ainsi que les décisions unilatérales validées par le conseil d’administration prévoyant notamment la prime d’ancienneté en plus de nos salaires.

Et le problème n’est pas de savoir si les choristes et les musiciens sont mieux ou moins bien payés que les techniciens et les administratifs, il n’en demeure pas moins juste qu’ils ne sont pas rémunérés au minimum conventionnel.

Lorsque Monsieur Claude-Henri Bonnet évoque un temps pondéré plafonné à 81h par mois, il ne tient pas compte du travail personnel que chaque artiste se doit d’effectuer afin de préparer les ouvrages et maintenir sa qualité artistique (nous sommes comme les prof…).

Quant à parler de rémunération de l’orchestre, restons précis.

Un musicien perçoit en salaire de base :

  • Tuttiste : 2559,57
  • Soliste : 2691,39
  • Chef de pupitre : 2903,07

Alors que les minima conventionnels pour un orchestre à nomenclature prévoient :

  • Tuttiste : 2976,09
  • Soliste : 3086,32
  • Chef de pupitre : 3295,76

Il est donc très net que les grilles proposées par notre direction n’atteignent même pas les minima conventionnels et l’accord de sous-branche signé le 12 juillet 2013.

Concernant les artistes du chœur, Monsieur Claude-Henri Bonnet affirme que la convention collective stipule clairement que leur ancienneté fait partie du salaire alors que la convention dit : « Le salaire minimum inclut les primes structurelles versées automatiquement chaque mois, indexées sur la progression des salaires » ; donc, à chacun sa lecture.

Puis, le problème des postes permanents où l’on peut lire que « provisoirement nous privilégions les CDD… ». Depuis le transfert de notre établissement au 1er janvier 2003, le cadre du chœur est passé 32 à 25 artistes. L’orchestre est toujours en attente du recrutement d’un contrebassiste solo depuis plus de 10 ans. Quant au corps de ballet, il a été dissout mi 2014. Depuis, restent encore quatre danseurs ainsi qu’une régisseuse en attente soit de reclassement, soit de départ volontaire.

Faire travailler des intermittents n’allège pas la part de l’UNEDIC, au contraire, c’est bien le recrutement de permanents qui fait diminuer le nombre de demandeurs d’emploi.

Notre direction oublie surtout que la convention collective prévoit en son Article V- 1 :
« Les organisations d’employeurs représentatives dans le champ des conventions collectives du spectacle vivant et les organisations syndicales représentatives au plan national conviennent que la part la plus importante possible du volume d’emploi sera affectée à des emplois permanents favorisant ainsi la continuité, la cohérence de l’action, l’efficacité, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie et de travail. »

Voilà le bilan de 14 ans de gestion.

Richard GARNIER

Délégué syndical CGT


Photographie de Une – La façade de l’Opéra de Toulon (crédits : Olivier Pastor)