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Pascale Breton : « Il y a beaucoup de moi dans l’ensemble de ‘Suite armoricaine' »

Pascale Breton : « Il y a beaucoup de moi dans l’ensemble de ‘Suite armoricaine' »
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Le second long-métrage de Pascale Breton, Suite armoricaine, sort en salle demain, mercredi 9 mars, dans une trentaine de cinémas en France. Ce film, tourné à Rennes et dans le Finistère, a reçu le soutien de la Région Bretagne. Rencontre avec une réalisatrice attachante et inspirée…

Suite Armoricaine est un film choral, par certains côtés cubiste, qui raconte une année universitaire à Rennes vécue par deux personnages dont les destins s’entrelacent : Françoise (Valérie Dréville), une enseignante en histoire de l’art qui a fui Paris et une histoire d’amour finissante, à la recherche de son passé breton oublié ; et Ion, (Kaou Langoët), un étudiant en géographie amoureux de Lydie (Manon Evenat), une camarade d’université aveugle qui prétend, par honte, que sa mère Moon (Elina Löwensohn), SDF et junkie, est morte. Trop occupés à fuir leurs fantômes, Françoise et Ion ignorent qu’ils ont un passé en commun. Cette quête des origines alliant psychanalyse et chamanisme les mènera jusqu’en centre Bretagne. Primé au festival de Locarno en 2015, ce deuxième long-métrage de Pascale Breton, soutenu par la Région Bretagne à hauteur de 150 000€, est sorti dans les salles bretonnes le 2 mars dernier, une semaine avant sa sortie nationale – demain.

Suite Armoricaine 4

Pourquoi avez-vous choisi ce titre, Suite Armoricaine, en hommage au morceau mythique d’Alan Stivell ?

Pascale Breton : Plutôt qu’un hommage, je cherchais à donner un titre musical à mon film. Le mot de « suite » renvoyait aussi fortement à l’idée de transmission, à ce qui vient après…

Rennes, le campus de Villejean, la géographie… Y a-t-il beaucoup de vous dans votre héroïne Françoise, incarnée par la lumineuse Valérie Dréville ?

P.B. : Il y a beaucoup de moi dans l’ensemble du film. Le personnage de Françoise est très différent de ce que je peux être dans la vie, mais nous avons une origine commune. Toutes les deux, nous avons traversé la même époque et côtoyé durant nos études la culture bretonne, ainsi que la scène rock rennaise des années 80.

Comment passe-t-on de la fac de géo au plateau de cinéma ?

P.B. : À beaucoup d’égard, la géographie prépare au cinéma. Elle a l’immense avantage d’aborder le monde sous énormément d’aspects pour arriver à une réflexion plus personnelle. J’ai toujours été très attirée par les arts, la photographie, le théâtre, la radio. J’ai fait plein de choses avant de m’engager définitivement dans le cinéma. Mais avec le recul, je me rends compte que j’étais déjà dans le cinéma par la cinéphilie.

Quels ont été les moments importants de votre parcours ?

P.B. : Au départ, j’ai beaucoup écrit de téléfilms pour gagner ma vie. J’ai aussi collaboré avec Catherine Corsini pour l’écriture du scénario des Amoureux et de La Répétition. Et puis j’ai réalisé un premier moyen-métrage de 40 minutes en 1995, La Huitième nuit qui a obtenu le Grand prix au festival de Clermont-Ferrand et un prix à celui d’Angers. Mon premier long-métrage, Illumination, est finalement sorti en 2004. À cette époque, j’étais déjà revenue en Bretagne. C’est un film qui se passe dans le milieu de la pêche sur la côte bretonne, dans les environs de Lorient, et qui raconte l’histoire d’un jeune pêcheur en crise.

Comment s’est déroulée votre rencontre avec les acteurs de Suite armoricaine ?

P.B. : En fait, j’ai l’impression que chaque type de personnages amène à penser le casting différemment. J’observe les acteurs dans les films des autres, je vois leurs visages. Par exemple Kaou Langoët, je l’avais vu sur une scène à Brest où il chantait en breton du punk dans le groupe Gimol Dru Band… Il avait une présence incroyable et je me suis dit qu’il avait en lui quelque chose d’un acteur. Avec Valérie Dréville (ancienne élève d’Antoine Vitez à l’École de Chaillot, puis de Claude Régy au Conservatoire National), c’était sans que l’on se connaisse, comme une sorte de compagnonnage. Je l’avais vue la première fois dans Prénom Carmen, sorti au cinéma en 1983, puis dans La Sentinelle d’Arnaud Desplechin en 1992. À l’époque, j’avais ressenti une familiarité immédiate avec elle, même si je ne l’ai rencontrée qu’à l’occasion de mon film. Elina Löwensohn est également une très belle actrice new-yorkaise d’origine roumaine, qui fut la muse de Hal Hartley et qu’on a vue chez Bertrand Bonello, Abdellatif Kechiche ou Bertrand Mandico. Elle a beaucoup aimé s’abîmer pour jouer ce rôle.

Valerie Dréville poursuit une magnifique carrière au théâtre. Suite armoricaine est pourtant son premier grand rôle principal au cinéma. Pour quelle raison ?

Certainement parce qu’elle a cette carrière si belle au théâtre et qu’elle est demandée par les plus grands metteurs en scène d’Europe. Elle va d’ailleurs bientôt jouer dans La Mouette d’Anton Tchekhov au théâtre de l’Odéon, pièce mise en scène par Thomas Ostermeier. En raison de ses engagements théâtraux, elle a rarement quatre mois d’affilée pour jouer un rôle principal au cinéma. Nous avons pu intercaler le film dans son incroyable planning parce que nous tournions en épisodes sur le campus de Rennes 2. Nous tournions quand Valérie était libre, au gré des saisons.

Pourquoi avez-vous apporté un tel soin à la bande originale ?

P.B. : Tous mes films ont une bande son importante et j’ai toujours fait appel à des compositions assez complexes. Dans mon court-métrage Les filles du douze, nous avions enregistré des chœurs comme dans un opéra. Le film est construit de manière un peu cubiste ; parfois la musique ou le son prennent le pas sur l’image et interviennent comme des tableaux. Avec les morceaux de Siouxie and The Banshees, Robert Wyatt, ou de mon compositeur Éric Duchamp, la musique agit en soutien pour dire des choses plus secrètes.

Avez-vous une idée du sujet de votre prochain film ?

P.B. : C’est un projet qui se passe dans l’avenir. Il m’a donc paru logique de l’écrire en anglais, comme si toutes les langues allaient disparaître, ce qui serait bien sûr catastrophique…

Propos recueillis par David RAYNAL

Film Suite Armoricaine, Pascale Breton, 2 h 25, France, Zadig production.

Voir la bande-annonce :

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Album photos

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Photo de Une : Pascale Breton (Crédits : René Tanguy)

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