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Bien sûr, « Pentagon Papers » a tout d’un grand film, mais…

Bien sûr, « Pentagon Papers » a tout d’un grand film, mais…
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En 1971, deux ans avant que Carl Bernstein et Bob Wooodward ne mettent à jour le scandale du « Watergate », le Washington Post a publié les « Pentagon Papers », des documents classifiés du ministère de la Défense qui démontraient l’hypocrisie de la Maison-Blanche et de ses locataires successifs au Vietnam.

★★☆☆

À la vérité, le résumé du film et la réalité historique sont un peu complexes que le résumé en une phrase que je viens d’en faire. Ce n’est pas le Washington Post, mais le New York Times qui, le premier, mit la main sur le rapport McNamara, l’éplucha pendant plus de trois mois et le publia – selon une procédure qui n’est pas sans rappeler celle qui a été suivie pour le « Cable Gate » ou les « Panama Papers ». Mais une injonction d’un juge new-yorkais lui lia les mains.

Et c’est alors – et alors seulement – que le Washington Post prit le relais. Un autre juge refusant à l’administration d’adresser au « Post » une injonction similaire à celle que contenait l’ordonnance du juge new-yorkais, la Cour suprême fut saisie. Et, statuant donc à la fois sur les deux affaires, elle fit prévaloir la liberté de la presse sur la protection du secret d’État.

Parcours de Meryl Streep

Le « Post » eut donc moins de mérite dans cette histoire que le « Times ». Et c’est avec raison que les journalistes du second ont reproché à Steven Spielberg le titre de son film : The Post – dont, pour une fois, la traduction de ce côté-ci de l’Atlantique, n’est pas idiote. Mais ne nous arrêtons pas à ces détails.

Pentagon Papers aurait aussi bien pu s’intituler « Katharine ». Car au-delà d’un hymne à la grandeur du métier de journaliste et à la liberté de la presse, Pentagon Papers est un film sur la présidente du « Post », Katharine Graham, qui hérita de cette fonction après la mort de son père et le suicide de son mari. Le rôle, qui ne le sait, est interprété par Meryl Streep ; il lui vaut sa vingt-et-unième nomination aux Oscars et peut-être sa quatrième statuette.

Au début du film, c’est une grande bourgeoise qui a intériorisé le soupçon d’incompétence qui pèse sur elle et ne parvient pas à se faire entendre des membres exclusivement masculins de son conseil d’administration. À la fin, on s’en doute, elle aura pris de l’assurance et aura réussi à faire entendre sa voix – même si j’ai été frustré de ne pas l’entendre prononcer quelques paroles vibrantes sur les marches de la Cour suprême.

Paradoxes du film

Bien sûr, Pentagon Papers est tourné par un excellent réalisateur qui sait comment écrire une histoire, la filmer et maintenir en haleine son auditoire pendant deux heures de rang.

Bien sûr, Pentagon Papers est interprété par deux monstres sacrés du cinéma américain.

Bien sûr, Pentagon Papers brasse des sujets (la liberté de la presse, l’empowerment des femmes) ô combien sensibles et bienvenus à l’heure de Donald Trump et de Harvey Weinstein.

Mais c’est paradoxalement l’accumulation de toutes ces qualités, de toutes ces perfections, de tant de bien-pensance, de tant d’inconsciente vanité cocardière qui constitue le principal défaut de ce film. Avec les mêmes acteurs, sans doute excellents mais largement sexagénaires, avec la même insupportable et envahissante musique dont il ne résiste pas au besoin de saturer chaque scène, avec les mêmes procédés filmiques, quasiment sur les mêmes thèmes empruntés à l’âge d’or du cinéma fordien des années quarante, Spielberg tourne et retourne depuis vingt ans le même film. Romain Gary aurait dit : « Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable ».

Tony PARODI



Steven SPIELBERG, Pentagon Papers, États-Unis, 2017, 115mn

  • Sortie : 24 janvier 2018
  • Titre original : The Post
  • Genre : drame
  • Avec Meryl Streep, Tom Hanks, Sarah Paulson, Bob Odenkirk, Tracy Letts, Bradley Whitford, Bruce Greenwood, Matthew Rhys, Alison Brie, Carrie Coon, Jesse Plemons, David Cross.
  • Distribution : Universal Picture International France

En savoir plus sur le film : Pentagon Papers (CCSF)



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