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Plus d’un millier d’intermittents lors de l’AG au théâtre de la Ville : un vrai succès, oui mais…

Plus d’un millier d’intermittents lors de l’AG au théâtre de la Ville : un vrai succès, oui mais…
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Hier soir avait lieu la seconde AG des intermittents, au théâtre de la Ville – Sarah Bernhardt, organisée par la CGT Spectacle et la Coordination des intermittents et précaires (CIP) : rendez-vous houleux, marqué par le débat, la colère et l’envie de se battre. Appel à la grève pour le 25 avril, proposition de rassemblements et d’actions multiples, travail sur la convergence des luttes, vote d’une grève reconductible à partir du 28 avril… autant de mesures adoptées dans une quasi-unanimité des personnes présentes. Profession Spectacle souhaite ouvrir le débat et ses colonnes à différentes prises de parole, devant cette mobilisation aux enjeux multiples.

Une convergence des luttes de plus en plus affirmée

Intervention de Denis Gravouil

Intervention de Denis Gravouil

Les mille places que compte le théâtre de la Ville – Sarah Bernhard étaient toutes prises hier soir, lors de la seconde AG des intermittents ; afin de respecter les conditions de sécurité imposées par la direction du théâtre, plusieurs dizaines de personnes n’ont pu entrer. Les trois jeunes femmes qui dirigèrent la soirée ont eu fort à faire avec cette assemblée nombreuse et décidée à en découdre. Les indétrônables Samuel Churin (CIP) et Denis Gravouil (CGT Spectacle) ont commencé par un état des lieux, avant de voir se succéder, à la tribune et dans la salle, différents appels à manifester, tant de la part de collectifs d’étudiants que du syndicat SUD pour les cheminots et les postiers. Tous souhaitent la convergence des luttes : « On peut gagner ! », a clamé en fin de soirée le délégué syndical des postiers, entraînant un tonnerre d’applaudissements.

Difficile de ne pas être gagné par cet enthousiasme collectif, entraîné par une foule constituée de convaincus. Beaucoup de prises de parole et d’envie, mais lorsqu’il a fallu rejoindre la Nuit Debout sur la place de la République à l’invitation des organisateurs (de nouveau applaudis avec force), par une prompte désaffection, nous n’étions plus qu’une centaine.

Alors quoi ? S’il est certain, à lire l’Écho des négos publié régulièrement par la CGT Spectacle, que les intermittents sont la cible d’une offensive sans précédent commanditée par le MEDEF, la CGPME et l’UPA, si même l’AG fut un vrai succès, force est de constater deux points :

  • les intermittents ne forment pas un tout unifié ;
  • les paroles n’entraînent pas automatiquement des actes.

À mon sens, cela tient à deux problèmes majeurs, qui n’en excluent évidemment pas d’autres.

Premier problème : la non-compréhension des enjeux

2016.04.19) AG des Intermittents au théâtre de la Ville 7256 000 personnes ont cotisé l’an dernier au régime spécifique des intermittents du spectacle. Tel est le nombre annoncé l’an dernier par Pôle Emploi. 256 000 personnes, dont près de la moitié habite dans l’Île-de-France… Ils n’étaient pourtant que 1000 à 1500 hier… un exploit et une limite.

Il est impossible de parler des « intermittents en lutte », de manière générale et simpliste, quand le mouvement n’est pas lui-même unifié. Lors de bon nombre de rencontres, il m’a été donné d’entendre des intermittents me dire qu’ils ne comprenaient pas grand-chose aux enjeux du moment. Hier soir encore, ma voisine m’a dit soutenir le mouvement mais ne rien comprendre aux questions techniques dont il était question.

On accuse le MEDEF de vouloir brouiller la compréhension ; reste aux syndicats de continuer leur travail didactique à destination du public, à commencer par les intermittents.

Deuxième problème : la fracture de la société française

2016.04.19) AG des Intermittents au théâtre de la Ville 14

Intervention de Samuel Churin

Plusieurs intermittents m’ont également confié ne pas être d’accord avec la mobilisation du moment, notamment en raison de la confusion des différents combats menés. La corrélation avec Nuit Debout est au centre de ce nœud. Essayons une analyse, au risque de faire grincer quelques dents, avant de formuler notre engagement…

Il m’apparaît que François Hollande aura au moins réussi, au cours de son minuscule mandat présidentiel, à « repolitiser » la droite comme la gauche (distinction discutable, comme nous le verrons plus loin).

Comparaison n’est certes pas raison, mais il demeure possible de tracer une grande ligne, nécessairement partielle…

  • En 2012-2013, la droite se mobilisait contre la loi pour le mariage unisexe ; en 2015-2016, la gauche s’unit contre la loi El Khomri.
  • En avril 2013 naît le mouvement des Veilleurs (notamment les Veilleurs Debout), qui propose une alternative anthropologique, en plaçant l’humain en son centre ; en mars 2016, le mouvement Nuit Debout (coïncidence troublante) cherche une alternative politique fondée sur le principe suivant : « L’humain devrait être au cœur des préoccupations de nos dirigeants » (cf. Site de Nuit Debout).
  • Les Veilleurs se rassemblent en des lieux publics, de manière pacifique, pour écouter des prises de parole de grands témoins du passé ; Nuit Debout agit de même, afin d’écouter des paroles du présent.
  • Les Veilleurs se sont rassemblés pendant plus d’un an dans près de 110 villes en France, ainsi que dans de nombreuses villes étrangères ; Nuit Debout a commencé il y a plus de 50 jours et concerne dorénavant plus d’une centaine de villes.
  • Les deux mouvements furent/font l’objet d’un traitement médiatique très partial et caricatural.

Je suis allé me faire une idée par moi-même à chaque fois, en 2013 comme en 2016 : la violence décrite par les médias n’existe pas dans les faits, sinon en marge ; elle est le résultat de quelques personnes qui n’ont pas de lien direct avec les mouvements respectifs.

Plus curieux encore : ceux qui se moquaient il y a trois ans se retrouvent victimes aujourd’hui du traitement médiatique et policier… et inversement. Il y a incontestablement de l’entre-soi, preuve que le débat démocratique est loin d’avoir atteint sa maturité.

2016.04.19) AG des Intermittents au théâtre de la Ville 8La faiblesse des Veilleurs hier (alors même qu’ils continuent, encore à ce jour, de se rassembler) et de Nuit Debout aujourd’hui, sans parler de l’avis personnel qu’on porte sur l’un ou l’autre mouvement, tient à cette fracture de la société française, qui n’est plus exactement celle entre droite et gauche, mais plutôt entre anthropologie judéo-chrétienne et vision révolutionnaire. Il existe des passerelles entre les deux mouvements, certains essaient de s’en faire l’écho en marge, en même temps que des points irréconciliables.

Pour l’écrire crûment et non sans malice : les Veilleurs se voulaient aconfessionnels quand ça puait le catho à plein nez ; le mouvement Nuit Debout se veut universel quand ça pue le gaucho à plein nez. Hier soir, la foule pouvait entendre à nouveau cette parole d’un des intervenants : « Je suis de gauche, nous sommes de gauche… » C’est signé.

Enfin, pour ce qui nous concerne plus directement, les Veilleurs ont eu leurs penseurs et leurs artistes ; Nuit Debout a les siens : la mobilisation du millier d’intermittents hier en est la preuve.

Il faut être conscient de la profondeur de cette fracture pour saisir que ces mouvements ne parviendront probablement jamais à emporter, in fine, l’adhésion d’une majorité.

Engagements de Profession Spectacle et appel à contributions

2016.04.19) AG des Intermittents au théâtre de la Ville 4Parce que Profession Spectacle se place résolument du côté de tous les artistes et respectent la divergence des points de vue, nous souhaitons ouvrir toutes grandes les colonnes de notre revue à différentes opinions. Ce qui nous frappe dans le contexte actuel, c’est le besoin de s’exprimer : les allocutions de Nuit Debout, les émissions de Radio Debout et les nombreuses publications sur internet en sont autant de témoignages éclatants.

Nous désirons privilégier deux axes :

  • expliquer de manière didactique les différents enjeux auxquels sont confrontés les intermittents ;
  • laisser s’exprimer les artistes eux-mêmes sur leur engagement (ou non) en tant qu’artistes.

Profession Spectacle souhaite être, à sa mesure, un vrai lieu de débat : tous les artistes qui le souhaitent peuvent nous envoyer des contributions, que vous soyez favorables ou non aux différentes mobilisations en cours.

Nous publierons toutes celles qui nous semblent pertinentes, qui sont en adéquation avec notre ligne directrice et qui maintiennent un vrai respect d’autrui.

Pierre MONASTIER

Envoi des contributions à : redac -@- profession-spectacle.com

Mettre en objet : « Contribution au débat : + titre de votre contribution ».

Contributions au débat

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