Que recouvre le terme « culture » dans l’esprit des Français ? Le ministère de la Culture a voulu savoir les références auxquelles ce mot fourre-tout est associé, en menant une étude auprès de 1 500 personnes représentatives de la population française. Profession Spectacle compte bien élargir et approfondir le débat ces prochains mois, à l’approche des présidentielles. En attendant, décryptage en trois enseignements.

Cinq grandes significations

Quels sont les premiers mots qui vous viennent à l’esprit quand vous devez évoquer la culture ? En fonction de la variété des réponses données, 28 registres sont ressortis des entretiens. À 41 %, les personnes interrogées estiment que le terme culture est associé à la connaissance, au savoir accumulé et transmis, ou comme un processus d’acquisition de connaissances. Pour les auteurs, c’est une conception héritée de « la vision encyclopédique du siècle des Lumières ». On retrouve ensuite des termes relatifs à la lecture et la littérature (37 %), puis ceux liés à l’expression artistique comme la musique ou bien la danse (21 %), le cinéma (21 %) et les arts de manière plus globale (19%).

Plus rare (1 Français sur 8) donne une définition plus anthropologique de la culture, c’est-à-dire qu’il évoque les ensembles de coutumes et valeurs d’un groupe d’individus.

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Cette diversité de registres a conduit les auteurs de cette étude à regrouper ces réponses en cinq groupes :

  • ceux pour qui la culture évoque spontanément une discipline artistique ou un équipement culturel (musées, théâtre…),
  • ceux qui relient ce mot à la connaissance et au savoir,
  • ceux qui pensent d’abord à des valeurs comme la tolérance ou la curiosité,
  • ceux pour qui cela évoque davantage des notions anthropologiques,
  • enfin, ceux pour qui le terme est intimement lié à l’agriculture (eh oui !).

Ce qui fait ou ne fait pas la culture

C’est un volet passionnant de cette étude. Qu’est ce qui fait ou ne fait pas partie de la culture aux yeux des Français ? Pas beaucoup de surprises concernant ce qui en fait partie. Une dizaine d’activités font indiscutablement partie de la culture, comme la visite de monuments (84 %), les voyages (73 %), la lecture de la presse (58 %), aller au théâtre (62 %), au cinéma (50 %), ou encore jouer d’un instrument (53 %).

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Ce qui fait consensus également, ce sont les volets qui sont exclus du champ culturel : les émissions de téléréalité (83 %), les parcs d’attraction (50 %), tout comme, et cela peut prêter à débat, les graffitis et les tags (42 %), le rap et le hip-hop (44 %), ainsi que les séries télévisées (46 %).

En revanche, concernant les jeux vidéos, on peut noter un décalage entre le résultat de ce sondage et la politique menée par le ministère. En effet, pour 63 % des personnes interrogées, les jeux vidéo ne font pas partie de la culture, et cela, note l’étude, « malgré le savoir-faire technique et artistique avéré des concepteurs de jeux vidéo, notamment français, et le soutien dont ils bénéficient ». Le jeu vidéo reste donc dans les esprits une distraction plutôt qu’autre chose.

Quatre postures à l’égard de la culture

Les auteurs ont enfin défini quatre groupes qui diffèrent dans leur compréhension du champ de la culture. Les définitions de chacune de ces postures sont éclairantes.

Pour une majorité, tout est « culturel » ou presque ; c’est la vision la plus libérale (29 %). Pour les personnes de ce groupe, de nombreuses formes d’expressions s’apparentent à de la culture : une personne sur deux y met par exemple – et dans tous les cas – le jardinage, le sport, le rap et le hip-hop.

Il y a ensuite l’éclectisme critique, qui rassemble ceux qui pensent que tout est potentiellement culture (32 %). C’est souvent la qualité qui rentre en ligne de compte dans la sélection de ce qui est ou n’est pas lié à la culture.

On trouve les classiques. Ceux qui pensent que la culture n’est pas extensible (30 %) ; la culture est restreinte à un champ très précis (théâtre, musée, romans, voyages…).

Enfin il y a les rebelles, avec une attitude contestataire. Pour 9 % des personnes interrogées, la vraie culture est ailleurs ; elles rejettent toutes les activités proposées, la plupart du temps pour contester un ordre considéré comme « dominant ».

La culture… une réalité qui divise ou qui rassemble ?

Jacques GUILLOUX

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