Le 17 février dernier, madame Aurore Bergé, députée de la République en Marche, a rendu au Premier ministre son rapport sur le thème Émancipation et inclusion par les arts et la culture. Construit sur des contresens, tout est à revoir, selon Jean-Michel Lucas.

Analyse du rapport Bergé sur les arts et la culture (4/4)

Nous arrivons au terme de notre étude sur la vision partiale qu’Aurore Bergé porte sur les droits culturels, faisant apparemment de ces derniers le socle fondamental de sa réflexion sur l’émancipation et l’inclusion par les arts et la culture, pour mieux les détourner de leur sens. La conclusion de notre chroniqueur Jean-Michel Lucas est claire : il faut tout reprendre à zéro. À la fin de ce dernier volet, il est possible de télécharger l’intégralité de l’étude menée par Jean-Michel Lucas (pdf).
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Avec les droits culturels, privilégier les relations de qualité entre les personnes et la liberté artistique

Avec les soixante-quinze volontaires qui, durant deux années, ont travaillé sur ce rapport, nous avons surtout mis en avant l’enjeu politique des relations de qualité entre les personnes : les droits culturels ouvrent des chemins émancipateurs aux personnes toujours un peu plus dignes et libres de faire des choix en autonomie.

Les volontaires, professionnels des arts, nous ont tous dit qu’ils seraient heureux d’être des accompagnateurs de ces relations de qualité ; nous avons, ensemble, détaillé les critères de ces accompagnements de qualité. Mais ce n’est pas le lieu, ici, de rappeler les conditions politiques et techniques de cette approche des droits culturels. Nous voulons seulement constater que cet enjeu de la qualité de la relation entre les personnes libres et dignes, pour faire culture ensemble, a été dédaigné par madame Bergé.

Pire, elle n’a même pas rappelé au Premier ministre qu’avec les droits culturels, la liberté d’expression artistique était un droit humain fondamental à respecter, protéger, mettre en œuvre. Aucune trace du rapport de madame Shaheed, rapporteuse spéciale pour les droits culturels à l’ONU, portant sur « le droit à la liberté d’expression artistique et de création ». Ignorance aussi étonnante qu’étrange lorsque l’on veut défendre les arts et les artistes ! Cette absence en dit long sur la prétention de madame Bergé de vouloir traiter, sans en connaître les tenants et aboutissants, un sujet aussi politique que celui des droits humains fondamentaux, particulièrement dans leur volet culturel.

Un chantier à reprendre

Il faut bien conclure, quoiqu’il y aurait encore beaucoup d’observations critiques à formuler, notamment sur l’inutile « proposition n°17  » concernant l’inscription des droits culturels dans la Constitution ; c’est justement parce que les droits culturels font déjà partie du bloc constitutionnel – par l’article 55 de la Constitution – qu’il a été possible de les inscrire dans trois lois internes de la République !

Je retiendrais seulement que la promotion de l’éducation artistique et culturelle, qui tient à cœur à madame Bergé, ne s’appuie à aucun moment sur les droits culturels. Quel paradoxe pour une Nation qui se pique d’être à la pointe des Droits de l’Homme !

Il faut donc conseiller au Premier ministre de reprendre le chantier des droits culturels à son point de départ pour répondre aux lois déjà existantes tout autant qu’à la nécessité manifeste d’ouvrir un nouvel espoir au ministère de la culture. En somme, faire des droits culturels un « anti-destin » pour l’humanité quand elle se fracture. Et, si l’on en croit Malraux dans Les voix du silence, l’art y a toute sa place (p. 637).

Jean-Michel LUCAS

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Les droits culturels vus (étrangement) par Aurore Bergé
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Texte intégral de Jean-Michel Lucas en téléchargement (pdf) :
Lecture du rapport d’Aurore Bergé

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