Le 19 mai prochain, jour officiel de réouverture des lieux artistiques, les occupations ne cesseront pas. « Plus que jamais il faudra que nous montrions que le combat mené est commun. » C’est ce qu’assure la CGT-Spectacle dans une tribune adressée aux directeurs et directrices d’entreprises, de théâtres, de scènes, ou encore aux élus.

Plus de deux mois ont passé depuis l’intrusion, le 4 mars dernier, de quelques artistes proches de la CGT-Spectacle et de la Coordination des intermittents et précaires (CIP) dans le théâtre de l’Odéon. Visités deux jours plus tard par Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, ils ont peu à peu été rejoints par des militants de la CGT et de la CIP – artistes, étudiants des écoles de théâtre, précaires d’autres professions – dans toute la France.

Un mouvement plus social qu’artistique

Ce sont plus de cent lieux artistiques qui ont ainsi été occupés au fil des mois, dans une ambiance majoritairement pacifique, en dépit de quelques heurts anecdotiques, notamment à Bordeaux ou – plus récemment – à Orléans. La CGT évoque « un mouvement social historique » qui ne lutte pas seulement pour les arts et la culture, mais plus généralement « contre la précarité galopante » que le syndicat dit « voulue par le gouvernement ».

Ainsi que le rappelait Elsa Berthelot, régisseuse son à l’opéra de Dijon et membre de la CGT-Spectacle, à notre correspondante en Bourgogne-Franche-Comté, « une de nos premières revendications est l’abrogation de la réforme de l’assurance chômage, qui concerne les intermittents mais aussi tous les intérimaires. Cette réforme ne doit pas passer car elle mettrait en péril des milliers de personnes. »

Parmi les revendications mises en avant par la CGT et les occupants des lieux artistiques : la réouverture des lieux de culture, la prolongation et l’élargissement de l’année blanche, des soutiens financier et psychologique pour les étudiants, un plan d’accompagnement pour l’accès à l’emploi, l’extension des droits aux congés maladie et maternité à tous, un plan de soutien à l’emploi…

Un mouvement social qui va perdurer

Si les réactions à ce mouvement d’occupation ont été logiquement diverses, de l’enthousiasme au mépris en passant par le soutien et le silence, ainsi que le note le syndicat, ce dernier en appelle à un sursaut solidaire, à l’heure de la réouverture des salles de spectacle : certains auront la joie de retrouver les planches tandis que d’autres ne rejoueront pas, fragilisés par « la crise et les mesures gouvernementales ».

C’est pourquoi la CGT-Spectacle l’annonce sans détour : les occupations de théâtres continueront, même après le 19 mai, date fixée par le gouvernement pour leur réouverture « dans des conditions très partielles et dégradées ».

« Cette ouverture devra s’adapter à beaucoup de contraintes d’ordre sanitaire. Mais elle devra aussi s’adapter à l’existence d’un mouvement social qui va perdurer aussi longtemps que le gouvernement y restera sourd, insiste le syndicat. Pour que les spectacles reprennent dans tous les lieux occupés, il faudra que ceux qui les occupent, ceux qui y travaillent, ceux qui les dirigent et ceux qui les financent partout en France disent ensemble vouloir continuer à mêler culture et luttes pour la justice sociale à conjuguer spectacles et agoras populaires. »

La CGT-Spectacle dénonce les pressions et menaces qui pèsent actuellement sur les occupants, avant de conclure : « C’est le moment que chacun renouvelle son soutien au mouvement et aux revendications portées par l’ensemble des lieux occupés. »

Élodie NORTO

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occupations théâtre Odéon (crédits : Philippe Touzet)

Crédits photographiques : Philippe Touzet