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RIP. Gisèle Casadesus, la doyenne des comédiennes françaises, à 103 ans (1914-2017)

RIP. Gisèle Casadesus, la doyenne des comédiennes françaises, à 103 ans (1914-2017)
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Elle était une « demoiselle » de cent trois ans à l’œil clair et au sourire charmant : l’actrice Gisèle Casadesus, décédée dimanche à Paris, avait gardé la fraîcheur des rôles d’« ingénue et soubrette légère » pour lesquels elle a été engagée à la Comédie-Française à vingt ans, en 1934. « La grande actrice Gisèle Casadesus, sociétaire honoraire de la Comédie-Française, entourée de l’amour de ses proches, s’est éteinte paisiblement ce 24 septembre en son domicile parisien », a déclaré à l’AFP son fils, le chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus.

[AFP]

« À l’époque on appelait les sociétaires Mademoiselle, c’est une vieille coutume, ça date de la nuit des temps où les comédiennes ne pensaient même pas qu’elles pouvaient avoir un enfant », racontait-elle récemment à l’AFP, alors qu’elle fêtait ses cent ans, assise bien droite dans son fauteuil de velours.

Artistes de génération en génération !

Mais dès l’enfance, Gisèle Casadesus, née le 14 juin 1914 « à 4 heures du matin » précisait-elle, savait déjà qu’elle « ferait du théâtre et aurait des enfants ». « Ça faisait beaucoup rire les grandes personnes, qui pensaient que c’était incompatible ! J’ai eu la chance de prouver le contraire », lançait-elle. Car la jeune première du Français a trouvé le moyen, dans une carrière très pleine tant sur les planches qu’au cinéma, d’avoir quatre enfants, respectivement devenus chef d’orchestre (Jean-Claude Casadesus), comédienne (Martine Pascal), peintre (Béatrice Casadesus) et compositeur (Dominique Probst).

Dans la famille Casadesus, on est musicien, comédien, chanteur ou artiste. Le choix de la jeune Gisèle de faire du théâtre ne soulève donc pas d’objections : « Chez nous, c’était « le conservatoire d’abord » ! », raconte-t-elle

En tête d’affiche avec Pierre Fresnay dès 19 ans

Encore au conservatoire, elle partage l’affiche dans une pièce avec Pierre Fresnay. « Un grand trac pour une jeune comédienne de 19 ans ! », s’exclamait-elle. « Il y avait une scène d’amour, où Pierre Fresnay me prenait dans ses bras, il me renversait en arrière, il mettait son pouce sur ma bouche et il embrassait son pouce ! Ca m’arrangeait très bien, d’autant qu’il y avait (sa compagne) Yvonne Printemps dans la salle ! »

Dans son appartement montmartrois – elle vivait depuis toujours dans le même immeuble – Gisèle Casadesus était entourée de bustes de Molière et de photos de la ravissante jeune première des débuts à la Comédie-Française.

Ingénues, mesquineries et souffleuses

Lorsqu’elle entre au « Français » en 1934, c’est Madeleine Renaud qui joue les « ingénues ». « Elle m’a fait don des rôles de jeunes filles aimablement, disait-elle délicatement. J’avais une telle admiration pour Madeleine Renaud ! »

La Comédie-Française est un petit monde, où les rivalités ne manquent pas, mais Gisèle Casadesus sait survoler les mesquineries avec élégance : « J’ai eu la chance de passer au travers, de ne pas le voir et de ne pas en souffrir », disait-elle.

Est-ce le secret de la longévité ? Gisèle Casadesus ne retenait que les bons souvenirs. Comme ce rôle dans la première pièce de François Mauriac, Asmodée, qui lance sa carrière. Ou les anecdotes sur les souffleuses, « personnages d’une grande autorité ». « Quand j’ai débuté au Français, il n’y avait pas vraiment de metteur en scène, c’était une souffleuse qui indiquait où devaient se placer les comédiens, racontait-elle. Elles vous disaient facilement : « Untel faisait comme ceci », et nous on disait « et bien moi, je ferai comme cela » ! »

« Ils savent tout fait faire les jeunes, maintenant ! »

Elle avait croisé beaucoup de vedettes, de Pierre Fresnay à Raimu et Gabin au cinéma, et récemment Gérard Depardieu, dans La tête en friche de Jean Becker (2010). « On a envie de le prendre dans les bras, c’est un gros nounours. Il a été tout à fait sympathique et charmant, on s’est très bien entendu », avait-elle dit. Gisèle Casadesus ne jouait plus au théâtre depuis quelques années, mais acceptait très volontiers des rôles au cinéma. « Ah oui, je tourne! Ça m’amuse, et puis on s’occupe bien de vous », souriait-elle.

Elle allait toujours beaucoup au théâtre, était invitée aux premières à la Comédie-Française, sa « maison ». « Il y a une très bonne troupe. Ils savent tout faire les jeunes, maintenant ! » Deux ouvrages de souvenirs avaient été publiés pour son centenaire, Cent ans, c’est passé si vite (Le passeur éditeur) et Gisèle Casadesus, Le jeu de l’amour et du théâtre (Philippe Rey).



Photo de Une – Gisèle Casadesus (crédits : Max Rosereau / Voix du Nord)



 

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