Le projet de suppression de cette taxe de 3,5 % sur la billetterie des théâtres privés, porté par le gouvernement, a été adopté par l’Assemblée nationale le 18 octobre. Les professionnels sont furieux. 

Pour l’Association de soutien du théâtre privé (ASTP), c’est la « consternation ». Ses membres ont en effet appris début octobre le projet de suppression d’une taxe sur la billetterie des théâtres privés, qui finance la création de spectacles. Le 18 du même mois, elle était votée et adoptée à l’Assemblée nationale. Emballé, c’est pesé. Et le tout, sans consultation des professionnels et sans même répondre à leurs différents courriers.

La mesure supprime la taxe fiscale de 3,5 % du prix du billet hors taxe qui alimente ainsi aujourd’hui une cagnotte collectée par l’ASTP. Elle a rapporté 6,5 millions d’euros en 2018. Celle-ci permet d’attribuer des aides à la production ou à la diffusion de spectacles. « Ce système mutualiste permet avec le succès des uns de compenser les bides des autres », résument Les Échos. La garantie ASTP prend en charge 30 % ou 40 % du déficit d’exploitation d’un spectacle. Elle peut être complétée par des aides à la création ou à l’emploi, portant le cumul possible à 70 %.

Vers un démantèlement ?

Mais à partir du 1er janvier 2022, ce système sera abandonné au profit d’une subvention accordée par l’État, fixée à 8 millions d’euros. Rien de grave, vous dites-vous au contraire, c’est plus. Sauf que pour les membres de l’ASTP, c’est la première étape d’un possible démantèlement.

« Vous devez mesurer à quel point la perspective annoncée d’un remplacement de la taxe par une subvention de l’État interviendrait à contre-temps, dans le contexte budgétaire très tendu qu’affronte votre ministère, et peut nous placer en situation d’extrême fragilité, alerte le comédien, metteur en scène et directeur de théâtre Stéphane Hillel, président de l’association. Nous sommes donc amenés à penser qu’une telle suppression de la taxe ASTP porte en germe la disparition pure et simple de notre Association, et avec elle, celle d’un secteur théâtral privé, investi dans la création et la prise de risques, au risque de provoquer l’émoi et la totale incompréhension de tous les professionnels du secteur, auteurs, artistes, metteurs en scène, directeurs, producteurs, et de leurs organisations. »

Une lettre ouverte signée par six cents personnalités et professionnels du théâtre a été adressée au ministre de la Culture, tandis qu’une pétition en ligne contre la suppression de la taxe a déjà recueilli, en ce début de mois de décembre, plus de 3 600 signatures.

« De longue date, ce système de taxe a montré son efficacité en permettant aux artisans que sont les directeurs de théâtres, de prendre des risques », souligne notamment cette pétition. De son côté, la Fédération CGT du spectacle s’oppose elle aussi à cette suppression et demande au gouvernement « de retirer cet amendement inacceptable ».

Jacques GUILLOUX

.