La Sacem vient de publier la première étude économique et culturelle globale sur les musiques électroniques. Présentée dans le cadre du MaMA, cette étude marque une étape importante dans la réconciliation entre l’institution et un monde qui s’est développé de façon pirate. L’enquête a sollicité plus de 150 professionnels ainsi que les données de la Sacem. Que faut-il en retenir ? Profession Spectacle vous aide à y voir clair…

Toutes les musiques sont aujourd’hui traitées de manière électronique. Elles ne sont évidemment pas toutes concernées par l’étude qui s’est concentrée essentiellement sur le traitement électronique comme la matière même de la musique, c’est-à-dire comme « centre à la fois du processus et de la finalité créative », et non en tant que simple procédé ou effet stylistique.

Un poids économique croissant : 17 % des musiques actuelles

L’un des principaux enjeux de cette étude chiffrée est d’établir un poids économique pour les musiques électroniques en France. Force est de constater qu’elles pèsent leur poids ! Elles représentent en effet 416 millions d’euros, soit 17 % des musiques actuelles en France. Le principal vecteur économique est le live : les festivals (47 millions d’euros, soit 11 % du poids économique total), ainsi que – surtout – les clubs et discothèques  (295 millions d’euros, 71 %) ; à eux deux, ils concentrent ainsi 82 % du poids économique. L’export, qui reste encore à développer selon Olivier Pellerin, cheville ouvrière du rapport, représente seulement 20 millions d’euros (5 %).

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Deux régions à la pointe du livre : Île-de-France et PACA

Le live représente 82 % du poids économique pour les musiques électro. On compte en France 60 festivals dédiés spécifiquement aux musiques électroniques, dont 60 % se concentrent dans seulement trois régions : Île-de-France, PACA et Occitanie. Malgré les  nombreuses luttes entre les institutions et les rave, celles-ci ont su évolué vers des festivals reconnus et de plus en plus nombreux.

Quant aux clubs électro, ils représentent 3 % des discothèques en France. De nouveau, l’Île de France et PACA font office de bons élèves, puisque la première région accueille à elle seule près d’un-tiers de l’offre, tandis que les Pays-de-la-Loire et PACA concentrent près d’un quart des clubs techno/house. Par ailleurs, si les clubs électro ont des tailles et des chiffres d’affaires supérieurs aux autres discothèques, ils sont également confrontés à des charges plus élevées, du fait des plateaux qui rassemblent des artistes de renommée nationale et internationale chaque week-end.

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Une typologie très variée : du bedroom studio à la reconnaissance internationale

Les acteurs de la scène électro sont en général jeunes, connectés et exigeants : « ce sont des digital natives qui créent pour les digital natives », constatent les rapporteurs. En témoigne la mode du track ID, qui consiste à faire reconnaître sur internet des morceaux entendus en live par une communauté électro très dynamique.

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En revanche, la typologie des artistes de musiques électroniques est très variée :

  • les jeunes artistes qui fabriquent leur musique chez eux, en « bedroom studio », grâce aux logiciels de MAO. Ce système peu onéreux bénéficie d’internet pour rendre disponible immédiatement la musique à un éventuel public. Parmi les succès fulgurants : Petit Biscuit, Kungs…
  • l’artiste en développement, qui multiplie les sets dans les bars et fêtes privées, jusqu’à se poser la question d’un producteur ;
  • le DJ techno confirmé, en contrat avec un « booker », qui vit de son activité live et compose éventuellement pour des films, des défilés, des événements publiques, etc.
  • la star internationale qui tourne dans le monde entier.

Une prépondérance du digital numérique sur le support physique

Le numérique représente 7 % du poids économique total tandis que les supports physiques n’apportent que 3 %. Pour l’électro, les revenus issus du numérique et des supports physiques fonctionnent à l’inverse des musiques actuelles : la part du numérique pour ces dernières n’est que de 38 %, quand elle atteint les 55 % pour les musiques électroniques, et même 71 % pour la techno/house.

L’émergence des collectifs

Phénomène récent, le collectif devient une forme prisée des artistes, afin de mutualiser les moyens de production et de promotion. Les collectifs permettent également e créer des soirées et des événements réguliers, en fédérant des publics plus larges. L’étude dénombre ainsi plus d’une soixantaine de collectifs importants en France, dont près de 40 sont établis à Paris, Lyon, Rennes et Nantes.

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Les cinq grands enjeux de demain

L’étude se risque à délimiter cinq grands enjeux pour la scène électro :

  1. la reconnaissance des artistes de musique électronique comme compositeurs ;
  2. une meilleure gestion collective (dépôt-tracking-répartition) et individuelle (artiste, lieu de diffusion et booker) ;
  3. la reconnaissance de l’apport culturel des clubs électro et des festivals pour le spectacle vivant ;
  4. la pérennisation des structures culturelles par le renouvellement des infrastructures, la mise en place d’incubateurs et l’instauration de nouveaux modèles : co-working, syndication de micro-structures, solutions hybrides pulibc/privé…

Nadège POTHIER

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