Sofia est enceinte. Mais elle refuse de l’admettre. Au Maroc, hélas, le déni de grossesse est un délit de grossesse – comme le titre joliment Le Monde – pour qui a conçu un enfant hors mariage.

Meryem Benm'Barek, Sofia, avec Maha Alemi (affiche film)Il faut toute la débrouillardise de Lena, la cousine de Sofia, étudiante en médecine, et de Leila, sa tante, pour permettre à Sofia d’accoucher dans une clinique privée et de sortir du commissariat où elle est ensuite détenue. Pour y parvenir, les trois femmes ont dû convaincre Omar, l’homme que Sofia rend responsable de sa maternité.

Régulièrement nous arrivent du Maghreb des petits films coupants comme le silex. Ils ont en commun de dénoncer le sort réservé aux femmes et de documenter les rapports de classes : l’algérien À mon âge je me cache encore pour fumer, le tunisien La Belle et la Meute, le marocain Much Loved. Couronné par le prix du scénario dans la section Un certain regard à Cannes et au festival du film francophone d’Angoulême, Sofia a sa place dans cette liste de films qui marquent durablement.

La force en vient de son scénario qui rappelle, par son déroulement implacable, ses ellipses et ses coups de théâtre, les meilleurs frères Dardenne et Asghar Farhadi. Sans un temps mort, Meryem Benm’Barek filme les vingt-quatre heures qui séparent la découverte de la grossesse de Sofia de l’accord d’Omar pour reconnaître son enfant.

Le film pourrait s’arrêter là ; mais il s’offre une longue postface pour le mariage de Sofia et d’Omar qui est l’occasion d’un coup de théâtre qui en revisite le sens. On n’en dira pas plus.

Plus encore que sur le sort des femmes et l’archaïsme des dispositions du code pénal marocain, c’est dans la peinture des relations de classe que Sofia excelle. Car Sofia, Léna et Omar appartiennent à trois milieux bien différents. Léna, dont la mère a épousé un riche Français, appartient à la classe aisée et habite une belle maison à Anfa en bord de mer. Sofia, dont les parents habitent un appartement du centre-ville de Casablanca, appartient à la classe moyenne. Quant à Omar, soutien de famille depuis la mort de son père, son adresse dans le quartier défavorisé de Derb Sultan signe son appartenance à la classe pauvre.

Entre eux trois et leurs familles, un poker menteur se joue qui fait froid dans le dos.

Tony PARODI

En téléchargement : dossier du film Sofia



  • Sortie : 5 septembre 2018
  • Genre : drame
  • Classification : tous publics
  • Avec : Maha Alemi,Lubna Azabal, Hamza Khafif, Faouzi Bensaïdi, Sarah Perles, Nadia Niazi, Rawia, Saïd Bey
  • Distribution : Memento Films

En savoir plus sur le film avec CCSF : Sofia

Meryem Benm'Barek, Sofia, avec Maha Alemi et Hamza Khafif



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