Grande est notre joie de voir l’aventure se poursuivre pour Marie-Christine Courtès ! Sous tes doigts vient d’être sélectionné dans la ‘short list’ des Oscars. Découvert notamment par Profession Spectacle, ce bijou d’animation raconte la transmission d’une histoire douloureuse à travers trois générations de femmes. Les lignes reproduites aujourd’hui sont extraites du long portrait de la réalisatrice publié il y a près d’un an : « La réconciliation pour la transmission : Sous tes doigts (2015).

Après avoir achevé sa formation comme scénariste, Marie-Christine Courtès se remet à l’écriture du court-métrage en 2014. Si Marcelino dessine effectivement quelques personnages, la majeure partie du travail graphique [de Sous tes doigts] est l’œuvre de Ludivine Bertouloux, jeune graphiste fraîchement diplômée. Marie-Christine transmet sa volonté de prolonger le camp des oubliés, en tissant des liens entre la première, la deuxième et la troisième génération : au cœur, la transmission de l’histoire douloureuse à travers trois femmes.

Abandon de la parole

Comment dire ? Comment exprimer ? Cela ne peut passer par des mots, entre la grand-mère qui ne savait parler que vietnamien et la jeune fille de banlieue qui ne connaît ses origines que de loin et ne sait peut-être plus parler la langue ancestrale. Cette incapacité langagière est également celle de la réalisatrice : « Je voulais que ce court-métrage soit sans paroles parce que la question de l’abandon des femmes vietnamiennes par les Français était difficile à poser, voire taboue. Moi-même, je ne pouvais pas la poser, car je savais que je n’aurais pas de réponses. Même si la première génération n’est plus, je ne peux toujours pas poser de mots sur cette histoire. Je sens que je n’en ai pas le droit. »

N’est-il donc aucun espace de rencontre entre la réalisatrice et son sujet, entre le camp de Saint-Livrade et la banlieue française, entre l’aïeule traditionnelle et l’enfant de la modernité ? « Si cela ne se dit pas, cela se manifeste dans le corps, comme réceptacle de cette histoire douloureuse et comme moyen de se libérer. » Le choix de la danse s’impose progressivement dans l’esprit de la réalisatrice.

 

La danse comme espace de réconciliation

Le médium de la danse permet d’exprimer et de dépasser les non-dits contenus dans ce lourd héritage familial et historique. La danse est une métaphore, au même titre que le court-métrage d’animation qui est l’occasion d’une mise en abyme artistique. La danse est le moyen pour Marie-Christine de mêler les influences, de montrer de manière concrète les différents univers dans lesquels évoluent les trois personnages : la jeune fille et son univers de banlieue avec le hip-hop ; la maman qui perpétue la tradition vietnamienne avec cette danse devant l’autel des ancêtres. Leurs pas sont exécutés dans une tragique solitude, avant d’être unifiés par une danse finale, un commencement contemporain, qui est cet espace tant attendu de réconciliation (à nouveau) entre le passé et le présent.

Les 12mn que compte le court-métrage demande un an et demi de travail, entre mai 2013 et décembre 2014, période pendant laquelle Marie-Christine expérimente le travail collectif : « C’était le grand inconnu, car je n’avais jamais travaillé avec autant de personnes différentes. En documentaire, nous travaillons à 4 ou 5 ; ici, il a fallu gérer 20 personnes. Cela demande aussi plus de préparation et d’anticipation que le documentaire. J’ai beaucoup aimé !  »

Pierre MONASTIER

Lire notre portrait : « Marie-Christine Courtès, chantre de l’identité réconciliée« .