L’agence culturelle de la région a adapté son accompagnement aux nécessités de la crise et de la reprise. Briac Jumelais, son directeur, estime qu’il est désormais temps de faire l’analyse de la façon dont la crise a été gérée tout en engageant des réflexions sur la façon de penser l’après et les nouvelles modalités de diffusion.

« Spectacle vivant en Bretagne accompagne les équipes artistiques de la région et les aide dans leur diffusion nationale et internationale, rappelle Briac Jumelais, le directeur de la structure. Face à la crise du coronavirus, notre interrogation a été de savoir comment réaliser notre mission dans des temps de faillite et de déstructuration totale ! »

Pour ce faire, l’agence culturelle a voulu agir vite en se réorganisant en interne afin d’accompagner les équipes avec qui elle travaille. « Le grand principe, c’était de maintenir les aides financières et les salaires autant que possible par solidarité, poursuit le directeur. Nous avons versé des acomptes sans demande de remboursement en cas d’annulation. Pour le moins, nous avons couvert les frais engagés et au mieux les coûts de plateaux. Quand les reports étaient actés, nous avons fait le report automatique des aides décidées. Aujourd’hui, cela pose un peu problème à cause de l’engorgement des spectacles mais cela a été une façon d’accompagner. »

L’agence a ensuite participé à la tenue d’une enquête, de fin mars à fin juin, sur les incidences immédiates de la pandémie sur le secteur et pour les équipes, à l’initiative de la région et de la DRAC. « L’objectif était double, souligne Briac Jumelais. Cela a été une manière de garder le contact avec les lieux et les structures mais aussi de contribuer à la réflexion des collectivités dans la mise en place de certaines mesures, en s’appuyant sur les résultats. »

Global Music Match

La troisième action de l’agence a davantage été d’ordre collaboratif. « Les cinq agences régionales ayant des missions de diffusion et de production ont organisé des cycles de visioconférences sur les questions d’aides juridiques et techniques liées à nos secteurs et à nos acteurs. Des éclaircissements ont été apportés par le CND, par exemple, ou encore Theema. Entre 50 et 100 personnes de chacune des régions ont assisté à ces événements. »

Les mesures mises en place par Spectacle vivant en Bretagne devrait courir jusqu’au 31 décembre, le but étant de couvrir autant que possible toute la période de la crise. « D’abord, nous étions dans de l’aide exceptionnelle, indique le directeur. Ensuite, nous avons accompagné la remise en route de l’activité et financé pour partie les salaires nécessaires à la reprise des spectacles déjà créés. Ils n’ont pas été joués pendant quatre, voire six mois ; il a donc fallu des répétitions supplémentaires. Il y a aussi des reprises de régie, les équipes ont changé et il y a eu des reprises de rôles. »

Spectacle vivant en Bretagne continue par ailleurs de participer à une expérimentation internationale appelée Global Music Match, dont le but est de continuer à faire découvrir de nouveaux groupes de musique en l’absence de festival. Chaque semaine, un groupe ou un musicien de chaque pays doit faire la promotion d’un artiste d’un autre pays par le biais de leurs réseaux sociaux. À ce jour, l’initiative rassemble seize équipes et concerne quatorze pays. « Cela ne remplace pas un festival mais cela pallie en partie, explique Briac Jumelais. Cela permet de donner de la visibilité à l’échelle internationale et de contribuer à la rencontre des artistes. »

Diffusion en spirale

Aujourd’hui, l’agence se concentre sur un travail d’écoute et d’analyse. « On ne pourra pas aider et soutenir toutes les équipes, car le besoin est considérable, admet le directeur. Toutes les semaines, il y a des équipes artistiques qui sont fragilisées. Nous allons voir comment nos missions peuvent rester les mêmes en s’adaptant à la nouvelle donne de la diffusion : des déplacements plus contraints, une diffusion à l’international pas encore possible… »

Comme beaucoup d’autres acteurs du secteur, Briac Jumelais reconnaît que la crise a été un révélateur des dysfonctionnements de la profession. Elle a non seulement accentué les disparités entre les structures aidées par les collectivités et des artistes plus fragiles, mais également plongé dans la difficulté un grand nombre de métiers en relation avec le spectacle vivant, tels que les personnels de sécurité, la sous-traitance technique pour le son et lumière, les équipes de communication, d’édition des programmes… « La réflexion pour une diffusion plus “écologico-économico-responsable” pourra se mettre en place plus facilement, suggère-t-il. Comment réfléchir à des conditions de diffusion en spirale, c’est-à-dire par cercles concentriques, et non en étoile en allant un coup à Marseille, un coup à Strasbourg, etc. ? Les nombreux collectifs qui se sont créés pendant le confinement vont orienter toutes ces réflexions. »

Chloé GOUDENHOOFT

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Crédits photographiques : Spectacle vivant en Bretagne