Dans le champ de l’éducation artistique et culturelle (EAC), de nombreuses et passionnantes initiatives se développent. C’est le cas de Territoires dansés en commun, un projet original qui se déploie des deux côtés de la frontière franco-suisse.

Du 18 au 20 novembre, Territoires dansés en commun organisent trois journées de rencontre pour échanger et débattre autour de l’éducation artistique et culturelle liée à la danse.

Carte blanche à Lucien Ammar-Arino, directeur délégué de VIADANSE – Centre chorégraphique national de Bourgogne Franche-Comté à Belfort. Titre, introduction et intertitres sont de la rédaction.
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Territoires Dansés en Commun

Territoires Dansés en Commun (TDC) est un projet transfrontalier franco-suisse d’EAC dans le champ chorégraphique, porté par VIADANSE – Centre chorégraphique national de Bourgogne- Franche-Comté à Belfort et l’AICC – Association Interjurassienne des Centres Culturels et ses partenaires ÉVIDANSE.

Le projet s’inscrit dans une dynamique de coopération portée par le Territoire de Belfort et le canton du Jura, et plus largement dans une démarche de partenariat dont le CCN de Belfort d’une part, et ses partenaires suisses d’autre part, ont été les artisans depuis 20 ans. Il concerne donc en premier lieu ces deux territoires situés de part et d’autre de la frontière. Au fil du temps, les actions ont impliqué des zones limitrophes, telles que le Pays de Montbéliard (département du Doubs) et la partie francophone du canton de Berne. Il a démarré le 1er janvier 2018 et se terminera le 31 décembre 2021.

VIADANSE dispose déjà d’un savoir-faire et d’une expérience dans le domaine de la formation des acteurs de terrain de l’éducation artistique et culturelle (EAC) : en tant que structure porteuse du PREAC* danse contemporaine en Franche-Comté depuis plus de dix ans, des programmes ponctuels de formation continue, destinés aux enseignants de l’éducation nationale et aux artistes chorégraphiques, ont été réalisés dans le cadre de ce dispositif.

EAC : un développement différent en France et en Suisse

L’EAC a connu un développement bien différent de part et d’autre de la frontière franco-suisse. Alors qu’en France, les ministères de la culture et de l’éducation nationale se sont emparés de cette question depuis plusieurs décennies, du côté de la Suisse, et en particulier du canton du Jura, son développement est beaucoup plus récent.

Il est important de noter que la danse à l’école a pris son essor en France au travers d’initiatives d’abord indépendantes, dans les années 1980, qui ont ensuite été modélisées à l’échelle nationale pour intégrer des dispositifs communs aux autres disciplines artistiques. La danse occupe une place particulière dans le secteur scolaire, car elle a d’abord été portée par les enseignants d’EPS, avant que des enseignants d’autres matières ne s’y intéressent.

Du fait de son histoire plus récente, la danse à l’école dans le canton du Jura s’appuie encore quasi exclusivement sur l’EPS, mettant plus en avant sa dimension sportive que la nature artistique et sensible de cette pratique. Contrairement à la France, une grande partie des décisions politiques en Suisse se prennent localement. Cette organisation très décentralisée fait que les situations entre cantons peuvent être contrastées. À ce titre, le canton du Jura, dont l’existence date d’à peine plus de quarante ans, a fixé des priorités politiques sans pour autant impulser une véritable politique culturelle volontariste, ce qui pourrait expliquer un certain retard sur le développement de l’EAC sur ce territoire.

Forts de ces constats, le projet TDC entend ainsi s’affranchir de ces divergences, pour mettre en place, sur un territoire transfrontalier commun, une dynamique cohérente pour le développement de l’art, et de la danse en particulier, en milieux scolaire, socio-culturel, et médico-social.

Le projet TDC : un laboratoire du faire-ensemble

Le projet met en relation et encourage la collaboration entre des mondes professionnels qui ont peu d’occasions de se rencontrer : culture, éducation, santé, éducation populaire. C’est ainsi un laboratoire du faire-ensemble, où chacun se trouve confronté à l’altérité et se nourrit de cette confrontation. Au fil du projet, la nécessité de trouver un vocabulaire commun, notamment sur des questions terminologiques, s’est fait ressentir. Néanmoins, la superposition de la dimension transfrontalière à la nature plurisectorielle des publics touchés a donné lieu à la recherche d’un point d’équilibre, entre nécessité de convergence et valorisation d’une approche différenciée, selon le contexte.

La singularité du projet TDC tient ainsi dans cette double dimension interculturelle. À ce titre, il n’a pas vocation à être modélisable. Il apparaît en revanche que les enseignements de cette expérience originale peuvent servir de base de réflexion au développement de l’éducation artistique et culturelle, dans le champ chorégraphique, en partant de constats simples : sur un territoire donné, lorsque l’on se donne le temps et les moyens de former des acteurs de terrain, et d’encourager ces acteurs à développer par eux-mêmes des projets artistiques en milieux scolaire et associatif, de nombreuses initiatives émergent et se mettent en place.

Le projet a ainsi accompagné une dynamique de développement de l’EAC, localement, qui a vu foisonner de nombreuses propositions de projets, portées ces acteurs. Afin d’étayer ces observations somme toute empiriques, des chercheurs, experts dans les domaines de l’art à l’école, ont été associés au projet, afin d’évaluer, avec des outils scientifiques, l’effet de ces actions. Un rapport scientifique sera prochainement publié, offrant une analyse fine des enjeux du projet et de son impact sur les acteurs de terrain ainsi que leurs publics.

Lucien AMMAR-ARINO

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En savoir plus sur les rencontres : Territoires dansés en commun

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Crédits photographiques : VIADANSE