Au lendemain de l’enterrement de son fils Johann-Thomas, né un mois auparavant, et alors qu’il est dans une grande précarité, Mozart compose son troisième trio pour piano, violon et violoncelle : une œuvre qui, en dépit du cadre bien sombre, a une tonalité en majeur, censée être plutôt enjouée.

Peut-on simplement imaginer l’état d’esprit de Mozart lorsqu’il achève son troisième trio pour piano, violon et violoncelle, qui sera numéroté ensuite au 502 dans le catalogue Köchel ?

Bien sûr, toutes les œuvres artistiques et spécialement musicales ne dépendent pas forcément dans leur essence de l’environnement affectif ou social de l’artiste. Mais ici, nous sommes le 18 novembre 1786 et la veille, Mozart et sa femme Constance ont accompagné au cimetière Sankt-Marx de Vienne, où le compositeur sera lui-même enseveli cinq ans plus tard, un petit cercueil contenant le corps de leur fils Johann-Thomas, né un mois auparavant et qui a été emporté en quelques jours

Sa situation personnelle est toujours plus précaire. Ses relations avec son père sont par ailleurs des plus orageuses, son opéra Les Noces de Figaro stagne à Vienne et ne perce pas, alors que ce même jour est créée la Cosa rara de Martin y Soler, qui remporte un succès éclatant, lequel éclipse encore davantage celui des Noces. Mozart dit cependant de son confrère avec quelque malice : « Il y a beaucoup de choses réellement très belles dans ce qu’il fait, mais dans dix ans personne ne parlera plus de lui ! » Bref, il n’y a pas matière à la sérénité chez les Mozart.

C’est dans ce cadre très sombre qu’il achève donc ce nouveau trio, qui a pourtant une tonalité en majeur, censée être plutôt enjouée. C’est une pièce importante de sa production et j’en ai retenu le très poétique larghetto, un peu rêveur et si sensible, ici avec des interprètes idéaux, même si j’aurais pu choisir le Beaux Arts trio, que je trouve néanmoins un brin trop étiré dans cet extrait.

Cédric MANUEL



Un jour… une œuvre musicale !
Rubrique : « Le saviez-vous ? »



 

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